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TFC-Naples 1986 : « Tout ça, c’est la faute des femmes »

PAR Marine VLAHOVIC | Photographie de Alessandro DI RIENZO
Temps de lecture 6 min

En octobre 1986, le TFC sortait le Napoli de Maradona de la coupe UEFA. Une victoire qui trente ans après sonne encore comme le plus bel exploit de l’histoire du club de foot toulousain. A l’ombre du Vésuve, en revanche, l’issue de cette rencontre est perçue comme un accident de la petite histoire.

Les murs de Naples gardent un souvenir vivace de l’âge d’or du club italien. Près de 25 ans après son départ de la capitale du Mezzogiorno, la tête de « Diego » orne encore les façades d’immeubles et les vitrines des boutiques. Les venelles ombragées des quartiers populaires bruissent de conversations sur le football. C’est la ville entière qui respire encore au rythme de ses passes et de ses buts. Au cœur du centre historique, des tiffosi déçus des performances actuelles du Napoli ont inscrit leur sentiment en toute lettres : Del passato, siamo innamorati, du passé nous sommes amoureux. À quelques encablures du tag mélancolique, un autel a été érigé. Sous l’inscription « Chapelle miraculeuse de Diego Armando Maradona », un portrait angélique du prodige se dresse sous les images pieuses et les offrandes. C’est l’un de ses bars où l’on boit le café d’un trait qui a restauré la chapelle longtemps laissée à l’abandon.R447_01_209

Mercredi 1er octobre 1986. 32es de finale retour de la coupe UEFA au Stadium de Toulouse. Séance de tirs au but. Diego Armando Maradona se plante devant les buts toulousains. Il doit réussir sa tentative sous peine d’éliminer son équipe. À l’instant où le héros de la dernière coupe du monde prend son élan, l’image diffusée par la RAI saute et se strie de parasites. Une clameur jaillit dans le Stadium bouillant tandis qu’El pibe de oro s’éloigne, tête basse, sous une tempête de flashs. Comme ses compatriotes restés en Italie, Massimiliano Gallo a raté ce tir au but manqué : « A cause de la mauvaise transmission, nous avons eu deux ou trois secondes de doute. Avant de comprendre en voyant Maradona s’éclipser les mains sur la tête, que le ballon avait atterri sur le poteau ». Le chroniqueur sportif napolitain se souvient que l’adolescent qu’il était alors est resté immobile de longues minutes sur son canapé, estomaqué.

Un complexe de supériorité

« Ça a été une surprise pour tout le monde », affirme Corrado Ferlaino, encore auréolé du titre pompeux de « Presidente ». Aux manettes du SSC Naples durant 33 ans, l’homme-clef du succès de Naples a déboursé à l’époque plus de 5 millions d’euros pour enrôler Maradona. Il ne peut réprimer un éclat de rire à l’évocation du match du siècle pour les Violets. « Après l’aller où l’on avait gagné 1-0, on pensait au pire faire match nul. Ce devait être une rencontre facile mais on a subi un véritable assaut ». Corrado Ferlaino suit la rencontre depuis les tribunes d’honneur du Stadium, et non sur le banc de touche comme à son habitude. Dès la 15ème minute, Yannick Stopyra marque pour le TFC. Les deux équipes vont devoir s’arracher la qualification pour les 16èmes de finale. Dès la fin des prolongations, le président du SSC Naples file à l’anglaise. Il apprend l’échec de sa mascotte dans le taxi qui le mène à son jet privé. « Je suis parti avant pour conjurer le mauvais sort », explique le vieil homme, superstitieux.

« Il a filé parce que l’ambiance surchauffée du Stadium l’a inquiété. Et pour cause ! Toute la ville était descendue pour voir Maradona en chair et en os et soutenir le TFC », raille Angelo Pompameo de sa voix de commentateur au long cours. L’ancien chef des ultras de Naples a fait ses premières armes de journaliste lors de cette rencontre qualifiée de « mauvais tour ». Un match sans enjeu. Très peu de tiffosi napolitains avaient fait le déplacement. « Nous étions 500 en tout, mais très bruyants, c’est peut-être pour cela que 400 policiers étaient mobilisés » avance Angelo.

 

Diego ne se trompait pas souvent. Mais là, il avait une bonne raison. C’est un être humain  Giuseppe Bruscolotti

 

« Toulouse, le Waterloo de Naples »

Des tiffosi repartis penauds le soir-même à Naples : « On a été surpris par cette équipe française, pas cotée mais très bien organisée. On ne comprenait pas comment ce club faiblard nous avait jeté de la compétition européenne. C’était vraiment un sort cruel ». « Une défaite », ou encore « Toulouse, le Waterloo de Naples » : le lendemain, les Unes des journaux napolitains rivalisaient de titres mélodramatiques.

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Giuseppe Bruscolotti, alias « jambes de fer ».

« Tout ça c’est de la faute des femmes » s’exclame le gérant d’un bar en s’affalant sur sa caisse. En bon napolitain, il conserve un souvenir précis du match maudit et du contexte particulier dans lequel il s’est joué. Déjà connu pour ses frasques, l’Argentin ne se contentait pas de se poudrer le nez et de s’afficher en compagnie des parrains de la mafia locale, il courait aussi les jupons napolitains. De sa liaison avec Cristiana Sinagra naquit un petit Diego Jr. Un fils naturel dont l’existence a été rendue publique quelques jours seulement avant le déplacement à Toulouse. « C’était une semaine spéciale pour Diego » confirme Giuseppe Bruscolotti. L’ex défenseur a joué 16 ans sous le maillot bleu azur de Naples et n’a pas quitté la ville qui somnole au pied du Vésuve. Désormais reconverti dans les paris sportifs, celui qui a hérité du surnom de « jambes de fer » excuse son ancien collègue, visiblement nerveux avant la rencontre : « Quand il arrive quelque chose comme ça, on perd sa sérénité. Diego ne se trompait pas souvent. Mais là, il avait une bonne raison. Il a fait des erreurs. Diego est un être humain » récite-t-il. Le sulfureux n°10 a toujours refusé de reconnaitre son enfant, obligeant un tribunal italien à attester de cette paternité.

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Le point de départ de la reconquête

Cette thèse de l’enfant caché qui aurait gâché la partie, Angelo Pompameo la réfute: « Je ne crois pas que ça ait eu une incidence. Mais tout de même, en sept ans à Naples, Maradona n’a manqué que deux ou trois tirs au but » reconnait le journaliste. Coup du sort ? Nervosité ? Inattention ? Les Napolitains ne cherchent plus les raisons mais s’attachent aux conséquences. « Cette rencontre a une double signification » insiste Massimiliano Gallo. « Il y a d’abord cette image négative de Maradona vaincu les mains sur la tête. Puis le côté positif car à partir de là, Naples a entamé une chevauchée qui lui a permis de tout rafler ». Deux championnats d’Italie en 1987 et 1990 en passant par la fameuse coupe UEFA en 1989, le club italien collectionne les titres, jusqu’à la chute et la lente remontée en haut de tableau. C’est ainsi que Massimilano Gallo, l’année dernière, a ressorti cette défaite du placard en titrant pour Il Napolista : « Nous avons surmonté Toulouse, nous oublierons l’Athletic Bilbao » après l’élimination de l’équipe lors du premier tour de la Champions League. « Avec le recul, ce match nous a porté chance. Mais surtout il est devenu symbolique de notre capacité à sortir des mauvaises passes. »

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