retour haut de page

Erick Mombaerts : Je ne rentrerai pas !

PAR Jean COUDERC | Photographie de Droits réservés
Temps de lecture 6 min

Erick Mombaerts entraineur du club de foot japonais de Yokohama. Droits réservés

« Fantastique ». L’ancien entraîneur du TFC n’a que ce mot à la bouche pour qualifier l’expérience qu’il vit depuis un peu plus d’un an à Yokohama, au Japon. À plus de 12 000 kilomètres de Toulouse, celui qui avait permis au club, avec les Pitchouns, de remonter dans l’élite au début des années 2000, ne boude pas son plaisir. Voyage au pays du Soleil-Levant avec ce sexagénaire épanoui qui n’est sûr que d’une chose : on ne le reverra plus sur une pelouse de l’hexagone.

Que s’est-il passé pour que l’on vous retrouve au Japon ?

J’ai été contacté il y a un an et demi, alors que j’étais entraîneur au Havre, par une entité, Manchester City Football Group, qui est propriétaire des clubs de Manchester City, New York City, Melbourne City et Yokohama, pour prendre les rênes de leur club japonais. Ils considéraient que mes conceptions et le projet que j’essayais de mettre en place, coïncidait avec leur type de jeu et leur philosophie. Sans que je le sache, ils me suivaient depuis longtemps.

Vous n’aviez jamais entraîné à l’étranger. À l’approche de la soixantaine, vous ressentiez l’envie de parcourir le monde ?

Pas forcément. J’ai eu des contacts avec certains pays du Golfe. Je m’y étais rendu, mais je n’avais pas accroché, même si sur le plan financier, cela pouvait être intéressant. Mais cette fois, le challenge sportif m’a paru intéressant : on me proposait de mettre en place un projet particulier, fondé sur le jeu, ce qui me tient à cœur depuis longtemps. Ce n’est qu’après que je me suis dit que cela pouvait également être intéressant sur un plan humain.

Vous avez été surpris par cette proposition ?

Pour être franc, j’ai d’abord cru à un canular ! Quand on sait ce que représente Manchester City sur la planète football, je me disais qu’on se moquait de moi. Ils ont laissé plusieurs messages avant que je me décide à les rappeler. Quand je me suis rendu compte que c’était sérieux, j’ai été très surpris, et même honoré qu’on s’intéresse à moi. Après il a fallu se décider à quitter la France, à découvrir autre chose.

Quel accueil avez-vous reçu ?

C’est un autre monde. On n’a pas l’impression de vivre sur la même planète. Pour ma présentation, il y avait 70 journalistes, je ne sais combien de télés. C’était la démesure. Les gens veulent savoir ce que vous pensez. C’est impressionnant. C’est un environnement qu’on ne connaît pas en France. Les gens sont amoureux de leur club.

Pour le dernier entraînement de l’année, il y avait plus de 7000 personnes. C’est hallucinant ! 

Comment cette ferveur se traduit-elle ?

Cela commence par la tenue : les supporters sont habillés de la tête aux pieds aux couleurs de leur club. Puis il y a l’affluence, même aux entraînements. Un exemple : pour le dernier entraînement de l’année, il y avait plus de 7000 personnes. C’est hallucinant ! Actuellement on est en stage à pratiquement 2000 km de Tokyo. Eh bien, tous les jours, il y a des centaines de supporters qui peuvent attendre pendant quatre heures, en plein vent, sous la pluie, qu’on vienne signer des autographes.

Vous n’aviez jamais connu un tel engouement ?

En France, ce genre de choses n’existe pas, même pas pour le PSG ! Et puis ici, l’entraîneur est une star. Les gens m’offrent plein de petits cadeaux, des chocolats, tous les jours ! La gentillesse des gens est sans commune mesure. Les petits demandent poliment un autographe, remercient. On est vraiment dans un autre monde. Il y a une forme de respect naturel dû à la fonction. Rien à voir avec la France !

Est-ce à dire que la pression est moins forte qu’en Europe ?

Erick Mombaerts entraineur du club de foot japonais de Yokohama. Droits réservés

Erick Mombaerts entraineur du club de foot japonais de Yokohama. Droits réservés

La pression du résultat est la même : il y a quand même 45 000 personnes minimum à chaque match. C’est un challenge permanent que de donner du plaisir aux spectateurs, d’autant que la qualité du jeu pratiqué est très importante aux yeux des Japonais. Et puis, quand on vient de loin, on a envie d’être à la hauteur des responsabilités qui nous ont été confiées. Malgré tout, pour un entraîneur, le contexte est bien plus favorable ici qu’en Europe.

Vous semblez décrire une expérience idyllique… 

Travailler dans cet environnement, avec des joueurs très disciplinés, qui se réveillent à 6h30 du matin, font du travail individualisé pendant une heure après les séances, c’est fantastique. Je n’ai jamais vu une telle attitude chez mes joueurs : ils sont très motivés pour progresser. Pour donner un exemple : les joueurs ont fait ouvrir les installations une semaine avant la date de reprise de la saison pour s’entraîner. Vous avez déjà vu ça quelque part ? Les entraîneurs ne sont pas là et les gars se prennent en charge !

En dehors du terrain, comment se passe votre expérience japonaise ?

Le problème, c’est la communication spontanée. Il n’y a que très peu de japonais qui parlent anglais. À mon arrivée, le club a mis une personne à ma disposition pour m’aider à me repérer dans la ville. Maintenant je me débrouille tout seul. Je conduis. Mais j’ai toujours un traducteur qui me suit dans les sorties organisées par le club.

Yokohama est-elle une ville agréable ?

Elle est très grande, calme, belle. Et aussi très proche de Tokyo puisque il ne faut que 30 minutes pour se rendre en son centre. Au Japon, il y a beaucoup de choses à faire, la vie est organisée pour consommer, il y a énormément d’endroits pour se cultiver, de musées, de parcs. Il y a tellement de choses à voir. Je suis également frappé par le calme qui y règne, même à Tokyo. Pourtant le Japon est un pays très peuplé. Mais la discipline, la propreté, l’organisation de la vie sociale, sont incroyables. C’est très agréable, à n’importe quel moment du jour ou de la nuit, de se sentir en sécurité.

Avez-vous tissé des relations en dehors du club ?

Le problème, c’est que je n’ai pas beaucoup de temps. Et puis le fait que je ne parle pas japonais ne favorise pas la communication. J’ai pu apprécier la gentillesse des gens. Dès qu’ils vous sentent perdu, ils vous proposent de l’aide. Mais pour aller au-delà… Heureusement que mon épouse est avec moi parce que sinon, ce serait très difficile. On est vraiment à l’opposé au niveau du langage, des signes. Si l’on n’a pas un GPS en anglais, on ne peut pas se repérer. C’est un autre monde.

Le Stade Toulousain connaîtrait la même désaffection que le TFC s’il se retrouvait en milieu de tableau du Top 14.

Certains aspects de la vie française ne vous manquent-ils pas ?

Parenthèse touristique pour Erick Mombaerts. Droits réservés

Parenthèse touristique pour Erick Mombaerts. Droits réservés

En cherchant, je dirais que l’organisation est parfois un peu poussée à l’excès. En tant que latin, on a besoin d’un peu de souplesse et de latitude. Un exemple : à deux heures du matin, sur une grande avenue déserte, les piétons ne vont pas traverser si le feu est rouge. Ça ne viendrait pas à l’idée d’un japonais d’enfreindre une règle de vie collective. Alors que nous, Français, sommes toujours en train d’imaginer comment la contourner.

Comment avez-vous vécu les attentats qui ont endeuillé la France en 2015 ?

Très mal. Comme mon fils habite Paris, je me suis d’abord inquiété. C’est un réflexe idiot mais dans un premier temps on pense d’abord à sa famille. Et puis après on est terriblement français. On aurait envie de rentrer en France pour communier avec ses compatriotes. Ici, ils ont eu une réaction fantastique en déployant une immense banderole, avec une inscription en français, dans le stade, trois jours après le drame.

Vous gardez un œil sur Toulouse ?

Bien sûr. Mes attaches sont et seront toujours à Toulouse. J’y retournerai parce que j’adore cette ville. J’aime sa joie de vivre. La force de Toulouse, c’est sa jeunesse. Ça pétille. Elle est très enthousiasmante. Et puis je n’ai connu que du bonheur à Toulouse. C’est mon expérience footballistique la plus riche en émotions. Quand Olivier Sadran a repris le club, alors que la double rétrogradation avait entraîné le départ de la quasi totalité de l’effectif, il n’y avait pas grand monde pour miser sur nous pour remonter. La montée en Ligue 2 restera gravée dans ma mémoire.

Quel regard vous portez sur la situation du TFC ?

Elle me peine, parce que j’ai bien peur, en regardant le classement, que le club ait du mal à se maintenir. Ça me ferait mal que le club redescende en Ligue 2. Même si je suis très loin, j’ai toujours le TFC dans le cœur. En plus je pense que les Toulousains, qui sont difficiles, vivraient mal une descente.

 

N’y-a-t-il pas une forme d’ingratitude du public toulousain à l’égard d’Olivier Sadran ?

Je ne crois pas que ce soit spécifique à Toulouse. C’est typiquement français le fait de ne pas s’identifier au club de sa ville. Pour une grande ville comme Toulouse, il y a quand même peu d’amoureux du TFC. On est loin de la passion anglaise ou japonaise où les gens sont amoureux de leur club quoiqu’il arrive. Je serais presque tenté de dire que le Stade Toulousain connaîtrait la même désaffection s’il se retrouvait en milieu de tableau du Top 14.

Vous vous voyez rester au Japon ?

Séance dédicace d'Erick Mombaerts entraineur du club de foot japonais de Yokohama. Droits réservés

Séance dédicace d’Erick Mombaerts entraineur du club de foot japonais de Yokohama. Droits réservés

Je vais déjà achever ma deuxième année de contrat et après j’aviserai. Je vois bien la différence entre la 1ère et la 2e année : le temps de l’adaptation, de la mise en place des principes de jeu. Je me régale beaucoup plus aujourd’hui. Donc je pense que le temps idéal, ce devrait être 3-4 ans. Après comme je dépends de City, il peut y avoir d’autres challenges. Je sais que le groupe envisage de s’ouvrir à d’autres horizons. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a 99% de chances pour que je n’exerce plus en France.

Partagez

  • Éditions trente&un

    32 rue Pierre-Paul-Riquet

    31000 Toulouse

    France

  • ABONNEMENT ET DIFFUSION

    abonnement@editions31.com

  • Rédaction

    redaction@editions31.com

     

  • Commercial

    Nadia KHARBAJOU
    Responsable régie publicitaire
    nadia@laboikos.com
    06 51 65 37 11

    Gaelle KREMER
    Commerciale
    gaelle.kremer@laboikos.com
    06 20 03 13 58

     

Qui sommes-nous?

Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.