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Arribagé : L’irrésistible ascension

PAR Jean COUDERC | Photographie de Matthieu SARTRE
Temps de lecture 15 min

Apparue en politique à Toulouse il y a moins de 10 ans à l’occasion de la campagne municipale de 2008, elle n’a depuis cessé de gravir les échelons. Seule députée de droite du département, présidente de la puissante fédération des Républicains, adjointe aux sports au Capitole, elle est aujourd’hui la personnalité de droite la plus importante du département après Jean-Luc Moudenc. Et son ascension pourrait bien ne pas s’arrêter là. Membre du bureau national de son parti, Laurence Arribagé côtoie désormais les ténors de la droite nationale qui ne tarissent pas d’éloges à son égard, au point de lui prédire une destinée nationale. Mais comment l’ancienne élève de Jean-Michel Lattes à l’Institut d’études politiques de Toulouse a-t-elle fait pour se hisser si haut, si vite ? Boudu est allé à la rencontre de la femme de l’ancien capitaine du TFC, qui a donné tort à ceux qui pensaient qu’elle ne devait sa place qu’à la notoriété de son mari.

« Elle va beaucoup compter dans notre vie politique. Ministre ou secrétaire d’État ? Elle en a indiscutablement les compétences et l’envergure ». Le propos est pour le moins laudateur. Il prend un relief supplémentaire quand on sait que son auteur n’est autre que Jean-François Copé, ancien président de l’UMP et candidat à la primaire des Républicains pour la prochaine élection présidentielle. Et il

n’est pas le seul, parmi les poids lourds de la droite nationale, à dire le plus grand bien de la députée toulousaine. Nathalie Kosciusko-Morizet, autre prétendante à l’investiture suprême, n’est pas en reste lorsqu’il s’agit de prédire l’avenir politique de Laurence Arribagé : « Cela ne fait aucun doute qu’elle a les qualités pour jouer un rôle important dans les années à venir. Elle a un profil très

Photo Louise Allavoine

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intéressant avec un fort ancrage local et une vraie compétence sur un sujet, le sport, pas très bien traité par la politique. » Mais plus que leur teneur, c’est la rapidité avec laquelle les compliments surviennent, qui surprend. Rares sont ceux, et encore moins celles, à s’être fait une place aussi vite dans le cénacle politique. En quelques années, celles dont beaucoup disaient qu’elle avait été choisie pour son patronyme, a su déjouer les pronostics.

Fille d’enseignants, elle s’éveille à la politique dès son plus jeune âge, du côté de Labastide-Gabausse, petite commune tarnaise située entre Albi et Carmaux, au contact d’un grand-père gaulliste « au physique de Chirac ». Biberonnée, avec sa sœur Karine, de 11 mois sa cadette, à Sept sur Sept, la célèbre émission politique, elle tombe littéralement sous le charme de ce spectacle singulier où la joute verbale est érigée au rang d’art : « Mon goût pour la politique vient de là. J’étais impressionnée de voir les Hommes politiques réussir à convaincre par la parole. » Bien qu’admirative des qualités d’intervieweuse d’Anne Sinclair, c’est bien en femme politique qu’elle s’imagine plus grande. « Parce que petite, j’avais déjà de la tchatche ».

L’IEP (presque) par hasard

Sauf que chez les Lample (son nom de jeune fille) c’est le sport, sous toutes ses formes, qui fait vibrer la famille. Difficile il est vrai d’y échapper, entre une mère handballeuse et un père footballeur. Entre 4 et 18 ans, c’est donc à la gymnastique, à raison de quatre entraînements par semaine, qu’elle s’adonne. Aussi, lorsque sonne l’heure du choix, après le bac, le professorat de sport apparaît _MG_2170comme une évidence : « Il y en avait beaucoup parmi les amis de mes parents. Je les trouvais sympas, assez équilibrés, plutôt heureux de vivre. » Un concours de circonstance va en décider autrement. Elle se laisse convaincre par sa sœur de se présenter avec elle au concours de l’IEP à Toulouse. Particulièrement inspirée par le sujet « Faut-il fêter les anniversaires politiques ? » (on est en 1989, ndlr), elle est admise, à sa grande surprise. Elle ne va pas regretter longtemps les poutres et les barres asymétriques.

Passionnée par ce qu’elle étudie, elle enchaîne un DESS administration, après une licence Pro, qui la conduit à faire un stage à Bercy, au ministère du Budget, alors occupé par un certain Nicolas Sarkozy. Après des expériences au service de presse de la Région, sous la présidence de Marc Censi, puis au Ceser sous la tutelle de Jean-Louis Chauzy, elle se met en tête de présenter l’ENA. Mais un coup de foudre va mettre un coup d’arrêt à ses rêves les plus fous. Elle rencontre Dominique Arribagé, le capitaine du TFC. Un choix de cœur pas sans conséquence sur sa propre carrière puisqu’un an après son mariage, elle s’envole pour Rennes où son mari est transféré. Un exil douloureux tant elle est attachée à sa famille. Mais très vite, elle reprend le dessus : « Je vois qu’il y a des liaisons régulières Rennes-Toulouse et que je pourrai rentrer quand je voudrai. Et puis je me doutais bien, en épousant un footballeur, que j’allais déménager. »

Une fois que j’y suis, je ne pleurniche pas. S’il pleut, j’achète un parapluie. Et je mets tout en œuvre pour que cela se passe bien.

En Bretagne, elle rencontre celle qui va devenir sa meilleure amie, Gaëlle Echouafni, la femme de l’un des coéquipiers de Dominique, et ne se contente pas d’être femme de joueur. Elle est chargée de la communication de la mairie de Le Rhieu, petite commune d’Ille-et-Vilaine, au contact de Gérard Pourchet, un maire « formidable ». En parallèle, la famille s’agrandit avec l’arrivée d’un premier enfant, suivi d’un second. Finalement, l’adaptation à sa nouvelle vie est une réussite. Rien de surprenant pour celle qui dit ne jamais regarder en arrière : « Une fois que j’y suis, je ne pleurniche pas. S’il pleut,_MG_2174 j’achète un parapluie. Et je mets tout en œuvre pour que cela se passe bien. » Elle s’accommode tellement bien du crachin breton qu’elle ne saute pas au plafond lorsque l’opportunité d’effectuer le trajet en sens inverse se présente en 2004 : « J’avais créé du lien à Rennes, on avait des amis, nos enfants y étaient scolarisés. J’ai eu plus de mal que mon mari à en partir ».

Moudenc par hasard

À leur retour à Toulouse, elle repart de zéro, professionnellement parlant. Elle décide alors de mettre sa carrière entre parenthèses et de se consacrer exclusivement à sa vie de famille et à la construction de sa maison. Mais la perspective de travailler à nouveau dans une collectivité la taraude. Aussi lorsque le hasard met sur sa route, en 2006, Jean-Luc Moudenc lors d’un dîner en ville, elle saute sur l’occasion et lui fait part de son souhait de s’impliquer dans la vie politique locale. Cette candidature spontanée ne laisse pas indifférent le maire de Toulouse alors à la recherche de nouvelles femmes pour rajeunir son image. « J’ai tout de suite repéré qu’elle avait beaucoup de potentiel et qu’elle était douée pour les relations humaines », se souvient-il.

L’attraction est réciproque. Un rendez-vous dans son bureau au Capitole, quelques jours plus tard, suffit à Laurence Arribagé pour tomber sous le charme. « Brillantissime, drôle, à l’écoute », elle est convaincue par l’homme : «  Je me suis dis que j’allais vivre une aventure humaine au-delà de l’aventure politique. Très vite, j’ai senti qu’il allait me donner une chance. » Ce qui est effectivement le cas deux ans plus tard lorsqu’il lui offre une place sur sa liste pour l’élection municipale. Une campagne qu’elle vit comme une révélation, enchaînant marchés, opérations de porte-à-porte et réunions publiques : « J’ai tout adoré, la construction du projet, le contact avec les gens, l’élaboration de la stratégie. » Même les mauvaises langues qui raillent son parachutage ne semblent pas l’atteindre : « J’attirais les médias parce que j’étais la femme du joueur de foot. Mais c’était le jeu. Le fait que je ne sois pas trop moche et mariée au capitaine du TFC a dû jouer en ma faveur. Mais connaissant Jean-Luc, si je n’avais pas eu de plus-value, je n’aurais pas été sur une liste municipale ».

Elle pourrait passer ses journées à écouter la terre entière. Elle n’est pas clivante : il faut vraiment en vouloir pour se la mettre à dos.Yoann Rault-Wita, assistant parlementaire.

Cette première aventure électorale se solde néanmoins par une défaite, qu’elle encaisse avec amertume. D’abord parce que chez les Arribagé, on ne participe pas à une compétition pour perdre. Ensuite parce qu’elle a la désagréable impression que tout le monde n’a pas tiré dans le même sens. Pas question toutefois de lâcher celui à qui elle voue une véritable admiration : « Je suis alors extrêmement malheureuse pour lui. Cette défaite est violente : il y en a qui arrêtent tout, d’autres qui lui tournent le dos. Très vite, je sais qu’il va rebondir et que je ne vais pas le lâcher. Parce que Moudenc, c’est un formidable accélérateur d’apprentissage. Aussi, à la minute où il décide de reconstruire, j’ai la conviction que mon parcours politique va être lié au sien ».

Conseillère régionale par hasard

Ce n’est pourtant pas au sein de Toulouse Avenir, l’association de soutien créée par le noyau dur de proches de JLM (Brigitte Micouleau, Arnaud Mounier, Sabine Rodriguez, etc.) qu’elle va tout de suite militer, mais à l’UMP où elle s’encarte. Et c’est à Brigitte Barèges, « qui a su m’imposer face aux apparatchiks parisiens » qu’elle doit son premier mandat électif de conseillère régionale l’année suivante. Reste que lorsque son mentor lui propose, à l’été 2010, de faire équipe avec lui pour prendre les commandes du parti, elle n’hésite pas une seconde.

Une fois l’élection gagnée, à l’issue d’une lutte acharnée face à Christine de Veyrac, elle se voit proposer le poste de secrétaire départementale. Tout sauf une sinécure tant le parti est en lambeaux : « Il Laurence Arribagé-0038y avait des villes où l’on ne présentait même pas de candidat », rappelle-t-elle. Elle accepte de mettre les mains dans le cambouis et de relever le défi. Parce que c’est «  Jean-Luc qui me le demande ». Pour ramener de la sérénité dans un parti miné par les querelles intestines et les batailles de clochers, et redonner envie aux militants de militer, elle ne ménage pas sa peine. Sa recette ? Un perpétuel sourire aux lèvres, beaucoup d’écoute, et une grande capacité « à éteindre les incendies » selon Xavier Spanghero qui a travaillé en étroite collaboration avec elle à la direction de l’UMP. Pour son assistant parlementaire Yoann Rault-Wita, l’explication tient en une phrase : Laurence Arribagé aime tout le monde. « Elle pourrait passer ses journées à écouter la terre entière. Elle n’est pas clivante : il faut vraiment en vouloir pour se la mettre à dos. » Un avis partagé par Marion Lalane de Laubadère, sa collègue en charge des affaires scolaires au Capitole : « Elle dégage de la sympathie. Elle n’est pas dans la posture. Elle aime les gens, sincèrement, et les gens le sentent ».

On dit souvent que l’on passe par des cheminements différents mais qu’on arrive toujours aux mêmes conclusions.Jean-Luc Moudenc maire de Toulouse.

Difficile, en effet, de lui trouver des ennemis. Même chez ses adversaires politiques. « Elle est humainement sympathique », concède volontiers Pierre Cohen. « Ce n’est pas une intrigante. Elle est plutôt chaleureuse », poursuit Isabelle Hardy. « Elle est ouverte à la discussion », reconnaît François Briançon. Si la méthode n’a rien de révolutionnaire, elle s’avère bigrement efficace. Les dissensions d’antan au sein de l’UMP 31 ? (Presque) oubliées. L’ambiance ? Retrouvée. Le nombre d’adhérents ? Reparti à la hausse. Comme par enchantement, elle semble avoir fait consensus. « Elle comprend les choses, elle est à l’écoute. Elle a su créer un climat de transparence dans un contexte compliqué », approuve Sacha Briand. « C’est une femme très accessible qui a su garder le contact humain », complète Damien Laborde. Même Vincent Terrail-Novès, à qui l’on a, un temps prêté l’intention de se présenter face à elle à la présidence des Républicains 31, se rend à l’évidence : « Elle fait très bien le job. Il y a toujours des gens qui veulent être calife à la place du calife, mais il y en a moins qu’à l’époque du RPR. Elle ne souffre d’aucune contestation, surtout avec l’appui de Moudenc ».

Un tandem redoutable avec JLM

Le tandem qu’elle forme avec le maire de Toulouse depuis l’élection interne au parti en 2010, mélange d’expérience et d’enthousiasme, est en effet au cœur de son ascension politique. À lui la stratégie, à elle le management et l’opérationnel. Le tout dans une entente parfaite comme tient à souligner l’homme fort du Capitole : « Même si nous avons des styles très différents, il y a un accord profond sur notre vision des choses. On dit souvent qu’on passe par des cheminements différents mais qu’on arrive toujours aux mêmes conclusions. On forme un vrai couple politique ». Fort de cette complémentarité, le duo s’avère une redoutable machine à gagner. Comme par exemple aux législatives de 2012 lorsque, en pleine vague rose, il parvient, en raflant la troisième circonscription, à empêcher la gauche de faire le grand chelem dans le département.

Une victoire fondatrice pour celui que sa famille politique avait enterré depuis 2008, mais aussi pour sa lieutenante qui y gagne une vraie légitimité tant son investissement, sur le terrain, est visible : « Cette circo, on est allé la chercher avec les dents. Pendant un an, on n’a pas raté une manifestation, une fête de village, une cérémonie. On était partout. En plus, on a pris du plaisir. On a eu de vrais grands moments de complicité ».

Je ne suis plus la femme d’Arribagé ou la suppléante de Moudenc. Pour la première fois, je suis élue sur mon nom.

Avec cette victoire, qu’elle goûte comme une revanche «  tant certains me répétaient que j’allais m’enterrer en suivant ce looser », elle se positionne idéalement dans la perspective de l’élection municipale de 2014 où, elle en est convaincue, plus rien ne peut empêcher JLM d’être le candidat unique de la droite. Le principal intéressé saura se souvenir de cette loyauté le moment venu, en lui

Photo Louise Allavoine

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confiant la deuxième place sur sa liste. « Entre 2011 et 2014, elle a énormément appris, justifie-t-il. Elle a gagné en assurance, notamment dans ses prises de parole en public. Elle a pris confiance dans sa capacité à jouer les premiers rôles ».

Une place de choix accueillie sans fausse modestie par la principale intéressée : « N°2 sur la liste de la 4e ville de France, c’était beaucoup d’honneur. En même temps, j’étais secrétaire départemental, j’avais remis le parti en ordre de marche, on avait gagné la législative. Je me sentais légitime ».

Et la prise du Capitole va finir de l’installer comme une figure incontournable de la droite locale. D’autant que dans la foulée, et comme il s’y était engagé durant la campagne municipale, Jean-Luc Moudenc démissionne de son mandat de député pour se consacrer exclusivement à celui de maire. C’est donc désormais l’Assemblée Nationale qui lui tend les bras. Une perspective vertigineuse. Pour la première fois, c’est en première ligne qu’elle va aborder une élection, elle qui angoisse à l’idée de prendre la parole en public. Mais une nouvelle fois, JLM va savoir trouver les mots pour la rassurer et la convaincre de se jeter à l’eau.

Portée par la dynamique de la victoire municipale, soutenue activement par le maire de Toulouse, elle emporte ce nouveau scrutin et fait son entrée au Palais Bourbon. Le plus beau moment de sa vie politique : « Je ne suis plus la femme d’Arribagé ou la suppléante de Moudenc. Pour la première fois, je suis élue sur mon nom ».

Et comme si 2014 n’avait pas été suffisamment faste, elle achève l’année en apothéose en intégrant le bureau national de l’UMP.

Repérée par Paris

Une ascension qui bluffe Pierre Espluglas, adjoint à la mairie et fin observateur de la vie politique : « Très sincèrement, au début, je pensais que c’était un coup médiatique de prendre la femme de l’ancien capitaine du TFC. La suite m’a fait changer d’avis : politiquement, elle s’est affirmée. En plus d’être conviviale et bosseuse, elle a développé un vrai sens politique. »

Car Laurence Arribagé ne peut être réduite à l’image de « la bonne copine » qu’elle peut parfois renvoyer. Une élue de l’opposition raconte : « Elle manie plusieurs registres. Elle peut être cassante quand elle veut. » Pierre Lacaze, qui a ferraillé sec avec elle sur le dossier de la piscine d’Ancely, peut en témoigner : « Elle donne une image ouverte et sympathique. Mais en réalité, elle est fermée et dogmatique ».

Elle est en train de mettre en expérimentation le projet UMP à Toulouse. Il faut la prendre très au sérieux.Pierre Lacaze, secrétaire départemental PCF.

Sa promotion au sein des Républicains n’en reste pas moins remarquable dans un parti pas vraiment réputé pour favoriser l’émergence des nouvelles têtes. Mais à Paris, son travail au sein de la Fédération haut-garonnaise a été remarqué. Virginie Duby-Muller, députée de Haute-Savoie, se souvient parfaitement de ses premiers pas dans l’Hémicycle : « Elle s’est tout de suite impliquée en faisant preuve de motivation mais aussi d’assurance et de convivialité. Et puis l’accent du sud, c’est un atout indéniable ».

Par ailleurs, les temps ont changé et le besoin de féminiser le personnel politique est désormais une réalité, y compris à droite comme l’admet Jean-François Copé, le prédécesseur de Sarkozy à la tête

de l’UMP : « Des femmes de son niveau, c’est précieux. Elle fait partie de cette nouvelle génération d’élus qui ne manient pas la langue de bois. C’est quelqu’un de très courageux et déterminé qui ne recule jamais devant l’obstacle. Elle incarne l’avenir ».

Un avis partagé par l’un de ses rivaux pour la prochaine primaire aux Républicains, Bruno Le Maire : « On attend aujourd’hui des élus de la simplicité. C’est son cas. Elle apporte beaucoup de fraîcheur et d’enthousiasme à notre famille politique ».

Des propos d’autant plus élogieux que la discipline du parti n’a pas toujours été la ligne de conduite de Laurence Arribagé, comme lors de l’épisode du mariage pour tous. « Je ne me soucie pas du

Laurence Arribagé avec le député Christian Jacob, président du groupe LR à l'Assemblée.

Laurence Arribagé avec le député Christian Jacob, président du groupe LR à l’Assemblée.

protocole. À partir du moment où je peux faire comme je veux avec ma sensibilité, je me sens bien dans ce parti. Si on m’avait imposé quoi que ce soit, je n’y serais plus. Localement, on a fait un parti qui nous ressemble ».

Elle est ouverte sur des sujets de société et très ferme sur des questions de sécurité. Il y a une certaine cohérence chez elle.Jean-François Copé, candidat à la primaire des Républicains.

Un parti que certains, dans son camp, jugent cependant trop morphotypé « Sarko-Copé ». Du côté de l’opposition, on trouve aussi qu’elle penche bien à droite. Pour Pierre Lacaze, le secrétaire départemental du PCF, elle est ni plus ni moins qu’une des femmes de droite les plus idéologues : « Elle est en train de mettre en expérimentation le projet UMP à Toulouse. Il faut la prendre très au sérieux. » Mais le procès en droitisation n’est pas quelque chose qui la perturbe. Son appartenance à la droite, elle la revendique sans sourciller.

« Même si je ne suis pas toujours d’accord avec la ligne officielle, je suis bien dans ce parti. Être de droite, pour moi ça veut dire être courageux, assumer de vraies réformes libérales, ne pas avoir peur de s’exprimer sur la sécurité, là où la gauche se cache derrière son petit doigt ».

À l’aise à droite

Ce franc-parler plait dans les plus hautes instances, notamment chez Jean-François Copé qui apprécie son côté très droite décomplexée : « Elle est ouverte sur des sujets de société et très ferme sur des questions de sécurité. Il y a une certaine cohérence chez elle ».

Arrivée aux responsabilités sans crier gare, elle fait désormais l’objet de critiques de la part de ses adversaires politiques qui la prennent très au sérieux. François Briançon explique : « C’est faux de dire qu’elle fait de la politique autrement : elle utilise des méthodes clientélistes très classiques dont le but est d’avoir des mandats et de contrôler l’appareil politique. » Pierre Lacaze enfonce le clou : « Elle fait de la politique à l’ancienne : sans prendre de gants et en cumulant les mandats ».

Au départ, personne ne lui a fait de cadeaux. Mais elle a vite compris les codes du milieu.Xavier Spanghero, ancien secrétaire départemental adjoint de l’UMP 31

Même du côté de ses « amis », elle commence à faire grincer des dents. Ces derniers mois, certaines voix se sont faites entendre pour lui reprocher le fiasco régional de Dominique Reynié ou bien son autoritarisme à la tête des Républicains. De (timides) remises en cause qu’elle appréhende avec philosophie, tant elle a conscience d’être devenue une cible en accédant au rang de figure de proue de la droite haute-garonnaise. Mais les épreuves traversées ces dernières années lui ont tanné le cuir. « Quand vous perdez une élection, même ceux qui ne sont pas capables de mettre un tract dans une boîte aux lettres viennent vous expliquer ce qu’il aurait fallu faire. Les attaques dont j’ai fait l’objet ne m’ont pas fait plaisir. Mais autant il y a quelques années, elles m’auraient rendue malade, autant maintenant j’ai intégré que cela faisait partie du jeu politique. Je commence à me blinder ».

Surtout Laurence Arribagé apprend vite. Xavier Spanghero témoigne : « Au départ, personne ne lui a fait de cadeaux. Mais elle a vite compris les codes du milieu. Elle a beau être dans l’empathie, elle sait aussi ne pas tourner autour du pot. » Un avis partagé par son mari, Dominique Arribagé : « Elle ne laisse jamais traîner un dossier pourri : dès qu’il y a quelque chose qui ne va pas, elle le règle. » Maxime Boyer abonde dans le même sens : « Elle n’est pas là pour se faire des amis mais pour mener le parti à la victoire ».

Car si Laurence Arribagé a toujours le mot pour rire, elle n’est pas du genre à se laisser marcher sur les pieds comme le précise Yoann Rault-Wita : « Certains ont pensé qu’elle était naïve. Mais ce n’est pas parce qu’elle est gentille qu’elle n’est pas capable de taper du poing sur la table. Sous ses airs doux, elle ne se laisse pas faire. » Ce trait de caractère n’a pas échappé à NKM : « La politique demeure un monde d’hommes. Du coup, quand on voit une femme qui ne se laisse pas intimider et qui a des choses à dire, ce qui est son cas, ça se remarque ».

La capacité qu’elle démontre à encaisser les coups, inévitables quand on gravit les échelons, surprend, jusqu’à son propre mari : « Comme c’est quelqu’un qui est dans l’affectif, je pensais qu’elle allait davantage souffrir. Mais elle a un très fort tempérament : elle ne subit pas les situations. Elle va plus mordre que se laisser mordre. » L’analyse de sa sœur, Karine Layani, dont elle est très proche, converge : « C’est une femme très solide. Elle a confiance en elle et beaucoup de répartie. Et s’il peut lui arriver d’avoir des moments de faiblesse, elle se ressaisit très vite ».

Jusqu’où son ascension la conduira-t-elle, alors que certains considèrent qu’elle en fait (déjà) trop ? La principale intéressée assure n’être concentrée que sur l’organisation de la primaire. Et jure ne pas avoir de plan de carrière. Reste que l’appétit vient en mangeant. « Je perçois de l’ambition chez elle. Mais c’est dans la nature des choses », observe Jean-Luc Moudenc lui-même. Au point, de vouloir un jour le concurrencer ? « Je ne pense pas que le risque existe parce que nous avons, elle et moi, au début de notre cheminement commun, subi les affres de la division ».

Et si c’était son mari qui avait la clef ? « Elle n’a pas d’ambition en terme de pouvoir mais elle prend tout parce qu’elle a envie de progresser. Parfois, j’ai envie de lui dire de faire attention à ne pas se laisser bouffer. Il faudra qu’elle définisse ses priorités. Sinon elle risque d’y perde sa force qui est son énergie… »

Photo Louise Allavoine

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Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.