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Cinémathèque : étoiles et toile

PAR Olivier GAU
Temps de lecture 5 min

Dans À bout de souffle, Jean-Paul Belmondo prodigue le conseil suivant : « Si vous n’aimez pas la mer, si vous n’aimez pas la montagne, si vous n’aimez pas la ville, allez vous faire foutre ! ». C’est pas qu’on veuille désobéir à Bébel, mais nous, on préfèrerait aller au cinéma. Ça tombe bien, la Cinémathèque tend ses beaux draps blancs dans sa cour pour des projections en plein air, à vivre les doigts de pieds en éventail et la langue enroulée autour d’un cône glacé. Parmi la trentaine de films programmée, voici ceux que nous ne manquerons pour rien au monde.

The Host, pour la bêtethe-host

L’actualité nous donnant des raisons légitimes d’avoir la pétoche, commençons cet été à la cinémathèque par de la peur pour de faux. The Host, film coréen de son état, œuvre hybride entre la comédie grotesque, le film d’horreur glaçant et le pamphlet écolo bon teint. Passée la scène d’exposition qui voit une immonde créature, tout droit sortie des égouts de Séoul, semer le chaos en ville et enlever une innocente jeune fille, on comprend qu’on a fait le bon choix. La bête répugnante s’en donne à cœur joie, les gens courent partout et la caméra suit sans ciller avec un sens du mouvement sidérant. Rarement séquence de désolation ne fut si bien menée. Elle vaut à elle seule l’achat du ticket. Tout comme Godzilla incarnait la menace nucléaire dans un Japon traumatisé par les bombardements de 1945, cette créature mutante fait resurgir le danger de la nature qui pèse sur nos petites têtes occidentales.

Péché Mortel, pour le technicolor noirpeche_mortel_3_tdt_mqthfd

À un moment, il faudra bien se taper un classique. Sur l’affiche, l’actrice Gene Tierney accroche le regard… Moins connue qu’Ava, mais tout aussi belle. Banco ! Sous son feuillage coloré, voilà un film noir comme du charbon. Le Technicolor flamboie comme au bon vieux temps de l’Universal, et le mélodrame qui se joue entre les protagonistes se meut en un sommet de cruauté. Un plan suffit pour comprendre que Gene Tierney incarne ici l’une des plus belles femmes fatales du 7e Art. Le regard clair et profond, une beauté aux traits délicatement dessinés, elle cache sous ses airs dociles un amour sans mesure pour l’homme qu’elle a choisi. Un amour exclusif, possessif, passionnel, destructeur. Il est des moments fugaces qui marquent durablement : des lunettes en forme de cœur sur le bout du nez, elle regarde, impassible, la noyade d’un jeune handicapé. Sans le moindre mouvement, sans la moindre expression, juste le lourd regard de la mort. Vue l’audace de certaines scènes, on sort en pensant que la censure hollywoodienne des années 1940 n’était pas si terrible que ça.

La Soif du mal, pour le plan qui tuesoif_du_mal_4_tdt_a0ve5k

On connaît tous ce monument. Parfois de nom, comme de nombreux Welles. Ou dans un vague souvenir. D’urgence réagir ! Remettre sa mémoire en place, faire émerger les moments fugaces du dessus, rouvrir les portes du Xanadu de notre enfance… La Soif du Mal ? Charlton Heston en policier mexicain, Welles himself en flic pourri dégoulinant de vices, des ombres, des lumières, du baroque pur jus. Et puis Le plan ! Celui qui tue ! Le plus beau. Trois minutes mythiques au bout d’une grue pour la séquence d’ouverture. Il n’en faut pas plus de cinq pour acheter le ticket.

La Planète des Singes, pour l’enfant qu’on étaitplanete_singes_2_swash_wzmv9h

Vu et revu. L’original, la suite et les trois ou quatre ersatz qui ont suivi. Mais quelque chose nous attire inexorablement. Pourtant on sait bien quelle tête ils ont ces singes, toutes narines dehors, le cuir rugueux et les oreilles flottantes. Enfant, Charlton Heston vêtu de sa peau de bête trop étroite nous a suivi, du primaire au lycée, au gré des rediffusions télé. En y repensant, des images nous hantent : l’arrivée des trois astronautes sur la planète désertique, Roddy Mcdowall maladroitement grimé derrière le masque du Dr Cornelius, le plan final qui clôt le roman de Pierre Boulle à merveille. Ce film renvoie à l’enfance et à ses interrogations sur la condition humaine. On revoit La machine à explorer le temps balayer l’Histoire jusqu’à l’ère des Morlocks, aujourd’hui ridicules avec leur peau verte et leur longue chevelure blonde. Ou toujours le même Charlton Heston (décidemment !) qui s’extasie devant une fraise, lui qui ne s’est jamais nourri que de Soleil Vert. C’est avec un brin de nostalgie qu’on prendra place une 10e fois pour ce voyage futuriste, en désespérant de ne pas avoir amené les enfants, eux qui n’ont connu dans les récentes versions, que des singes sans intelligence et des hommes dépourvus de rêve.

Sabrina, pour la longueur en bouchesabrina_2_cinesorbonne_ns5tsq

Ce n’est peut-être pas le meilleur film de Wilder, mais un petit Billy vaudra toujours un grand de beaucoup d’autres. Ses comédies ont les mêmes qualités qu’un grand cru de Bordeaux : de la matière, de l’élégance, de la longueur en bouche. Et recèlent quelque chose qu’on ne comprend qu’après y avoir goûté… Chez BW les schémas propres au genre débouchent sur un examen plus ample des relations qu’entretiennent nos contemporains les uns avec les autres. Ici, ce sont les rapports de classe qui gangrènent la classique comédie romantique. Audrey Hepburn est moins fatale que Gene Tierney, mais infiniment plus jolie qu’une armée de singes. Et bien plus chic. Le grand Humphrey sur talonnettes lui fait les yeux doux ; William Holden joue le parfait bellâtre sans consistance. Et Billy Wilder fait danser toute cette tribu avec sa maestria habituelle. Alors qui aura la belle ?

L’homme qui en savait trop, pour le meurtre aux cymbaleshomme_qui_en_savait_trop__l___1956_003_ygilv3

Mazette, quel été ! On se sentirait presque soulagé d’en venir à bout. On a échappé à une créature mutante des bas-fonds séouliens, à une bombe mortelle prête à tout pour vous posséder, à des singes qui parlent, à la colère de Humphrey et de William et même à la petite culotte de Charlton ! On est le 20 août, la 12e édition d’ À ciel ouvert s’achève ce soir. Quoi de mieux qu’un Hitchcock pour finir en beauté ? Les mains de James Stewart tachées par le meurtre d’un Daniel Gélin espion, la musique du génial Bernard Hermann, la scène finale du meurtre aux cymbales et Doris Day (mouais !). Efficace bien qu’un peu daté. On découvre sans peine que le film est sorti en 1956. 60 ans tout juste ! Célébrons ce film et ce bon vieil Alfred sans qui le cinéma ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui.

Carrie au bal du diable, pour l’horreur en split screencarrie_3_tcvslk 11.35.53

Cela fait plus de dix ans que l’on n’a plus de si bonnes nouvelles de De Palma. Pas l’obscur chanteur itinérant entraperçu le jour de la fête de la musique sur la route d’une grande place toulousaine. Non ! Là on parle du digne héritier d’Hitchcock, le  frère « de sang »  de Dario le Baroque,  le maître du suspense et des frissons, nourri au lait des pulsions surnaturelles. À la simple évocation de son nom, les vieux amateurs de genre crient au génie. Le nouveau millénaire l’a hélas quelque peu mené dans l’impasse. Raison de plus pour revoir la vengeance de la terrifiante Carrie, jeune fille spéciale et télékinésiste, élevée dans une dévotion extrême par sa « boutinesque » de mère. Tout y est, comme dans un de ses meilleurs films… la séquence d’horreur en split screen, du suspense au ralenti, un final éprouvant, des yeux exorbités faisant tournoyer des couteaux affutés, les stridences du violon de Pino Donaggio (empruntées à Psychose), l’inquiétante Sissi Spacek qui n’a rien d’une princesse et l’affreuse mère incarnée par Piper Laurie qui donne raison à Alfred : « Plus le méchant est réussi, plus le film l’est aussi ».

http://www.lacinemathequedetoulouse.com/programmation/agenda?from=2016-07-04&to=2016-08-04

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