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Besto of : Loubaut, le village des irréductibles

PAR Philippe SALVADOR | Photographie de Matthieu SARTRE
Temps de lecture 6 min

Loubaut, le village des anti-Linky

 2016 après Jésus-Christ, la Gaule est sur le point d’être envahie par les nouveaux compteurs électriques intelligents, les Linky… Toute ? Non ! Car en Ariège, Loubaut, un village peuplé d’irréductibles résiste encore et toujours. Et la vie n’est pas facile pour les garnisons d’ERDF…

« La mairie de Loubaut tient à remercier tout le personnel d’ERDF pour sa gentillesse, son savoir-faire et son efficacité. Mais… » Les sept conseillers municipaux – soit un quart des habitants – ont voté à l’unanimité contre la pose des compteurs Linky dans la commune. Les compteurs électriques appartenant aux collectivités, l’assurance de Loubaut ne couvrant pas les risques liés aux radiofréquences, celles-ci étant classées comme potentiellement cancérigènes, etc. Avant un éventuel recours devant le Tribunal administratif, la sous-préfecture de Pamiers a visé le document, qui est retourné sur le bureau de Ramon Bordallo. De permanence à sa mairie comme chaque jeudi après-midi, l’édile de 64 ans s’occupe de la paperasse en attendant la livraison d’un colis. Face à lui, sur un mur de pierre, un compteur électrique des années 1950. « Je ne connais pas vraiment les effets du Linky sur la santé. Ce qui me fait penser que c’est pas bon, c’est les enfants : si les ondes étaient aussi inoffensives que ça, on autoriserait le wifi dans les crèches ».

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Résistance électrique

Toute la vallée de l’Arize a déjà entendu parler de Ramon Bordallo-Abraracourcix. Au début de son premier mandat, en 2008, l’élu Vert – qui a depuis rendu sa carte « parce qu’ils n’étaient pas assez à gauche » – avait très sérieusement réclamé un interrupteur pour éteindre les deux lampadaires du village. « J’étais tout tremblant devant le syndicat d’électrification de l’Ariège, ils se foutaient de ma gueule ». Deux ans plus tard, il obtenait l’installation d’un programmateur qui depuis plonge dès 23 heures Loubaut dans le noir. Cela lui vaut d’être quadruplement étoilé au concours des villes et villages étoilés de France. « J’étais précurseur, puisqu’avec le Grenelle de l’Environnement, l’obligation d’éteindre après minuit est rentrée dans la loi ». Aussi attentifs aux économies d’énergie que peut l’être un Linky, les Loubautois ont pour autres particularités de tous cultiver un jardin potager bio et, de temps en temps, de partager ensemble un grand pâté de sanglier – « ils prolifèrent mais nous ont permis de nous réconcilier avec les chasseurs ! ».

Il manquerait plus qu’ils viennent chez moi me griller les orteils !

Derrière la mairie, Germaine habite le logement communal. À 84 ans, elle ne se déplace plus beaucoup et se fait une joie de recevoir. Le souffle court et la voix chevrotante, elle désigne, près de la fenêtre de sa chambre, « un compteur électrique qui n’a que vingt ans ! J’en ai pris l’habitude. Alors non ! Il manquerait plus qu’ils viennent chez moi me griller les orteils avec leur nouveau truc ! De toute manière, avant qu’ils aient changé les compteurs dans toute la France… ». Causante, elle relate son arrivée à Loubaut, au début des années 1960, quand il n’y avait ni route ni eau courante, et que seules quelques maisons avaient l’électricité. 15 ans plus tard, elle avait vu débarquer les Babas-cool avec leurs chèvres, leurs cheveux longs, leurs pétards et leurs tambourins.

Big Brother en pleine tronche

Parmi eux, Lucas Dédès, installé dans une des deux maisons du « centre du village », non loin de lÉglise (où la messe n’est célébrée qu’une fois par an, sauf décès, et qui fait office de salle polyvalente). À 61 ans, l’homme est directeur d’une école de musique, professeur d’aïkido et lanceur d’alerte. Depuis deux ans, il distribue des prospectus sur les marchés alentours pour informer des dangers de Linky, « le Big Brother par excellence, la mainmise totale du pouvoir qui rentre dans nos maisons. Des souris de laboratoire sont mieux loties ! Déjà que, même éteints, la télé et l’ordinateur nous surveillent, qu’est-ce que ce sera dans cinq ans avec 40 milliards d’objets connectés entre eux ! Tout ça pour faire marcher le complexe militaro-politico-industriel. C’est affolant ce qui se passe ! ». Le barde dénonce aussi la réduction des libertés et les méfaits des pesticides sur la santé, considère le portable comme son pire ennemi et déplore tristement que toute conscience collective ait foutu le camp.

La visite de Loubaut s’achève dans un des champs d’Alain Goldstein. Agriculteur à la retraite, il parcourt ses terres argileuses cheveux au vent, un bâton à la main et « France Cul » dans les écouteurs. Vigilant, il demande à voir une carte de presse et refuse d’être enregistré ou photographié. Conseiller communal, s’il a voté contre Linky, c’est qu’« il y a des doutes et ni information ni débat. Aucune concertation entre les super-progressistes à l’origine du projet et ceux qui vont se le prendre en pleine tronche. Non mais c’est vrai, qu’est-ce qu’ils nous font les biquets là-haut ?! ». La gueule, l’accent et l’humeur de Kersauson, il fixe l’horizon : « Vous savez, Linky, c’est comme les chiottes sèches : des sujets qu’on nous balance pour nous distraire. Et bien sûr, on se jette tous dessus. Pourtant, l’essentiel est ailleurs… ». Au loin, on entend un coup de feu… Sûrement un sanglier, par Toutatis !

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Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.