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INTERVIEW

Christophe Alévêque : « Je suis un paradoxe sur pattes »

PAR Sébastien VAISSIERE
Temps de lecture 3 min

Ces trois dernières années, Christophe Alévêque a ri de tout, pleuré Charlie, rédigé des centaines de chroniques, écrit sur la dette, soutenu la candidature avortée de Taubira, dit des gros mots, été condamné pour insultes à Zidane, raconté les dérives du web, et conçu Ça ira mieux demain, spectacle purgatif qu’il jouera au Casino Barrière ce 18 janvier. Boudu a rencontré cet exalté réfléchi, qui rêve de s’installer à Toulouse où il a pris l’habitude de rôder ses spectacles au théâtre des 3T.

Sur l’affiche du spectacle, vous apparaissez en Don Quichotte pathétique. Vous arrive-t-il de prendre les paysannes pour des princesses et les moulins pour des géants ?

Pas souvent. Ce qui me plaît chez Don Quichotte, c’est qu’il refuse la réalité et qu’il s’en invente une autre pour être heureux.

Le moteur de Don Quichotte, c’est l’idéal chevaleresque. Quel est le vôtre ?

L’utopie et le dérisoire. Ce sont des réponses efficaces à la folie de l’époque. Après Charlie, je me suis sincèrement demandé ce que je foutais sur scène à raconter des conneries, alors que mes potes étaient morts. Aujourd’hui, je me pose moins de questions.

Pourquoi ?

Parce que j’ai compris que le public avait besoin d’exutoire. Avec les évènements de ces deux dernières années, le spectacle s’est transformé en thérapie de groupe.

Faut-il comprendre que le rire des Français a changé de nature ?

Oui. D’abord ça rit beaucoup plus. Ensuite c’est un rire incontrôlable et profond. Un rire salvateur. Dans ce spectacle, je n’ai aucune limite. Ça permet aux gens de se vider. À la sortie des salles, depuis quelques temps, on me dit plus souvent merci que bravo.

Quel est la trame du spectacle ?

J’y parle de la jeunesse de notre époque vue par un vieux con, c’est-à-dire par moi. Ça se partage entre rêve, réalité, désir et renoncement. Puis je me transforme en Don Quichotte, intellectuel brillant mais fou, flanqué d’un Sancho, un gars du peuple. S’ensuivent des échanges entre le penseur déconnecté et le gars qui connaît la réalité, et pour finir, une revue de presse.

Vous ne faites mystère ni de vos opinions, ni de votre bulletin de vote. Cela ne limite-t-il pas votre public à ceux qui partagent vos points de vue ?

Le public est trop intelligent pour avoir ce genre de réactions. Il connaît ma nature. Dans la salle, les gens viennent d’horizons très divers, et c’est tant mieux. Je m’en amuse, même, dans le spectacle, en imaginant changer de carrière pour m’adapter au couvre-feu moral d’aujourd’hui et me lancer dans le stand-up centriste. Mot d’ordre : consensus. Pas de couilles, pas d’embrouilles !

J’imagine me lancer dans le stand-up centriste : Pas de couilles, pas d’embrouilles !

Couvre-feu moral d’aujourd’hui ? Être humoriste, c’était mieux avant ?

Je n’aime pas trop verser dans le « C’était mieux avant », donc je me garderai bien de dire que la liberté des humoristes s’amenuise. Mais ça ne m’empêche pas de me méfier de cette idée selon laquelle ce qui va dans le sens de l’histoire est forcément bon. Que le progrès est bon par nature. Que la réforme est forcément positive. Qu’hier c’était moins bien qu’aujourd’hui.

C’est d’ailleurs le sens de votre recueil de nouvelles Bienvenue à Webland… 

C’est exact. L’idée du bouquin c’est : « internet, c’est génial, mais… » Je suis parti de cette manie du progrès obligatoire pour analyser, en déconnant mais en me fondant sur les faits, toutes les régressions qu’implique internet.

Votre livre est une sorte d’antithèse comique de Petite Poucette, de Michel Serres, dans lequel le philosophe prédit la libération de l’imagination et de la créativité par le numérique… 

Par principe, Michel Serres considère que le progrès, c’est bien. Son angoisse, comme celle de beaucoup de nos intellectuels, c’est de passer pour un anti-progrès.

À propos d’intellectuel, vous avez récemment confié à un magazine people que vous aimeriez passer une soirée avec le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz. Boudu peut vous arranger un rencard avec le Nobel toulousain Jean Tirole. Ça vous irait ?

Euh… C’est gentil mais, disons que… Jean Tirole c’est pas tout à fait pareil ! La question, c’est simplement de savoir si on veut que l’économie soit au service de l’homme, ou l’homme au service de l’économie. Et là, je préfère les réponses de Stiglitz ! Voilà des années qu’il dit qu’on va dans le mur, que cette économie ne s’autorégule pas, que l’argent est mal utilisé, que les richesses sont mal redistribuées, et qu’on finira par le payer très, très cher.

C’est amusant ce que vous dites, parce que le 18 janvier, à Toulouse, vous jouerez votre spectacle au Casino Barrière. Un lieu qui symbolise assez bien l’argent facile et « mal employé » …

Comme tout le monde, je suis un paradoxe sur pattes. J’adore les casinos. Je joue beaucoup moins qu’avant, mais je suis un fan de poker et de jeux de hasard…

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Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.