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Diagonale des fous : Le défi insensé

PAR Paul PERIÉ | Photographie de Fred LANCELOT
Temps de lecture 5 min

Incapable de courir dix kilomètres en moins d’une heure il y a quatre ans, Véronique Liévin vient de boucler sa première Diagonale des fous, une des courses les plus difficiles au monde, qui a pour décor l’île de la Réunion. Histoire d’un défi insensé, source de souffrance et de satisfaction, où l’on croise, entre vision et réalité, des coureurs essouflés, des éléphants et même Francis Lalanne.

Quasiment deux jours entiers. Précisément 44 heures 25 minutes 13 secondes. C’est le temps qu’il a fallu à Véronique Liévin, chef de projet informatique à la CPAM de Toulouse, pour boucler sa Réunion Diagonale des fous course saint-denis running trailpremière Diagonale des fous, la course mythique de l’île de La Réunion. Pourtant lorsque cette jeune femme de 36 ans se met ce projet en tête, la course à pied n’est pas son fort. « J’ai commencé à me prendre au jeu un peu par hasard, il y a quatre ans, parce que je connaissais quelqu’un qui faisait du trail. Mais je détestais courir. » Son copain confirme : « Sa phrase, c’était : “Je ne suis pas capable de courir 10 km en moins d’une heure, j’ai de trop petites jambes” ».
Ses jambes l’ont pourtant portée tout au long des 167 km d’une des courses les plus exigeantes au monde, marquée par 9 700 mètres de dénivelé positif. Un combat contre elle-même, contre l’épuisement, contre le terrain…
Après avoir débuté au club de Pechbonnieu, les Zinzins des coteaux, elle participe à son premier trail avant de découvrir qu’elle est enceinte. Trois mois après l’accouchement, elle enchaîne un nouveau trail. Dotée d’un mental d’acier et d’un esprit de compétition féroce, elle se prend au jeu : « Plus ça allait, plus j’augmentais les distances, mieux je me sentais. »
La Diagonale des fous devient une idée fixe. Alors qu’elle s’était fixé l’objectif de participer à un Iron Man en 2019, elle décide, dès le mois de janvier 2016 de s’inscrire au Grand Raid. « Je ne pensais pas le faire aussi vite. Je n’ai commencé l’ultra trail qu’il y a un an. J’ai eu le temps de me tester sur deux courses mais bon… J’ai tout fait en condensé », minimise-t-elle.
Arrivée à la Réunion trois jours avant le départ, elle réalise l’ampleur du défi. « Je me suis dit, “Mais quelle connerie !” » À peine remise d’une blessure au genou, sa Réunion Diagonale des fous course saint-denis running trailpréparation en montagne est quasi-nulle. Sans compter qu’elle n’a pas repéré le terrain. Et même si l’émotion la submerge au moment de prendre le départ, le jeudi 20 octobre, il n’est pas question de se laisser envahir par la peur. « J’y suis, je ne recule pas. »
Entre l’adrénaline du départ et l’euphorie du bain de foule, les 20 premiers kilomètres ressemblent à une promenade de santé. Une fois la foule dispersée, la nuit recouvre le parcours. Avec l’humidité, les concurrents s’éparpillent. « C’est là qu’on commence à réaliser. On prend conscience du terrain, des marches, des racines… », détaille-t-elle. À cet instant précis, Véronique a déjà passé plus de 12 heures et 30 minutes à courir ou marcher. Après une nuit passée dehors, à avancer à la lumière d’une frontale, les premiers signes de fatigue apparaissent le lendemain à 13h, aux abords du sentier du Taibit.
C’est seule qu’elle aborde sa deuxième nuit de course. Pour trouver du réconfort, elle téléphone à Cédric, son copain, en pleine ascension vers Cilaos. Elle craque, pleure, en panne de motivation. La jeune femme a puisé dans toute la gamme des sentiments pour poursuivre son chemin : la joie, l’émotion, la colère… Mais elle n’en peut plus : « Pendant dix heures, je ne savais plus à quoi me raccrocher. Je ne sais pas comment j’ai fait. J’ai tout passé : la famille, ma fille, mon copain, les heures d’entraînement, les amis, les collègues qui m’énervent. »Réunion Diagonale des fous course saint-denis running trail

Dans la nuit noire
Véronique doit aussi faire face aux hallucinations. « Des têtes d’éléphant, rigole-t-elle avec le recul. Cédric avait vu des rastas. Il y en a un qui a vu Francis Lalanne. Tu es conscient mais tu ne contrôles plus. » Avec l’usure de la journée, la fatigue, « tout est décuplé ». « J’ai puisé au fond de moi mentalement et là, le trou noir. Plus rien pour me dire d’avancer. »


Elle s’allonge alors sous sa couverture de survie et met son réveil pour 15 minutes de repos. Un demi-sommeil dans lequel Véronique entrevoit les frontales des autres concurrents en route pour Roche-Plate. Quelqu’un dit que c’est à 30 minutes. Le bout du monde pour la Toulousaine. Pour elle, chaque pas est alors une souffrance.Réunion Diagonale des fous course saint-denis running trail
Après plus de 27 heures d’effort, elle atteint tout de même Roche Plate, comme « un robot ». Le craquage est à la hauteur de l’effort : « J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Personne ne m’a parlé, je l’ai eu dur. Personne n’est venu me voir. » Mais encore une fois, le mental reprend le dessus et lui permet de repartir. L’arrivée au Maido est un soulagement. Mais si le moral revient, c’est le corps qui flanche. Sa blessure au genou la fait souffrir. À Sans-Souci (128 km), elle reçoit les soins des kinés et se laisse gagner par la colère. « J’aurais pu gagner une heure. » 43 heures après le départ de Saint-Pierre, la ligne d’arrivée est enfin en vue, au bout de la descente du Colorado. « Quand tu commences à descendre, tu vois le stade mais c’est traître parce que tu lâches dans la tête, tu te dis que tu y es. Mais il reste encore six bornes ».Réunion Diagonale des fous course saint-denis running trail

La tentation
La ligne droite avant l’arrivée reste gravée dans sa mémoire. « Tu es dans un autre monde, tu te dis : “Je reviens dans le monde réel.” Tout ces efforts pour quelques minutes d’émotions à la fin ! » Une fois la ligne franchie, c’est la confusion des sentiments. Tout remonte : la fierté, l’épuisement. « Je me suis quand même fait chier une partie de la course. C’est pas du trail, c’est de la survie. »
Fière d’avoir été à la hauteur du défi qu’elle s’était fixé quatre ans auparavant, elle se rêve désormais en coach de trail. « Je veux faire partager ma passion, ma maigre expérience avec des gens qui aiment ça. » L’idée est aussi de prouver aux débutants qu’ils peuvent le faire. Au point de repartir à l’assaut de la Diagonale ? « Quand j’y étais, je me disais : “Souviens toi, parce que plus jamais” Maintenant, je me dis : “Pourquoi pas ?”. »

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