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Marceau Hego : Le dernier des élégants

PAR Philippe SALVADOR
Temps de lecture 3 min

Marceau Hego est le dernier véritable tailleur en exercice de Toulouse. Depuis un demi-siècle, il promène ses vestes à carreaux dans les rues de la ville, cultive le chic, traque les modes et prescrit le bon goût. À défaut de se faire tailler un costard, Boudu a taillé le bout de gras avec cet arbitre des élégances qui bade les costumes de Mika et abhorre le rouge parce que ça grossit.

« Je n’arriverais pas à citer un seul homme élégant à Toulouse ! » Dans son atelier de l’avenue Jean-Rieux, Marceau Hego place la barre haut. Ici, les laines viennent d’Ecosse ou d’Australie, les tissus d’Angleterre ou d’Italie, en qualité Super 100 ou Super 120 (nombre de fibres au cm2). Son premier prix pour un costume sur-mesure : 3000 euros. « Aussi cher que du beau prêt-à-porter, mais avec l’assurance que cela vous ira comme un gant ». Même s’il retirait la pelote d’épingles de son avant-bras et le centimètre autour de son cou, on n’aurait pas grand mal à deviner sa profession. L’homme arbore un costume à carreaux assorti à son gilet, un pantalon très ajusté – il peut passer dix minutes à l’enfiler – et des chaussures de cuir noir impeccables. Le tout agrémenté d’accessoires indispensables : nœud papillon, boutons de manchette Vivienne Westwood, bracelets et montre de luxe. « Aujourd’hui, je suis habillé en Anglais. Ce que je porte, vous ne le verrez pas ailleurs. Le costume noir et chemise blanche, c’est pas mon truc. Je suis original, depuis tout petit ». Pour garder sa ligne élancée, il marche une dizaine de kilomètres par jour et surveille de près son alimentation. Il lui arrive tout de même de commettre des écarts dans les dîners en ville : « Je connais et suis connu dans tous les milieux. Il faut faire partie des réseaux à Toulouse, sinon, vous êtes sûr de couler. Et ça me va bien : je suis très convivial, vous ne me trouverez jamais sur une île déserte ! ».couture couturier toulouse

Milan, Milan !
Né à Caudry, dans le Nord, ville de dentelles et de broderie, Marceau Hego a l’élégance dans la peau. Petit-fils de tailleur, il se fait un devoir, enfant, de porter la cravate sous sa blouse d’écolier, comme ses instituteurs. Il faudra cependant qu’il échoue au concours d’opticien pour entrer dans l’atelier d’un grand couturier parisien. À l’époque, les années 1960, on compte encore 5 000 tailleurs en France (100 fois plus qu’aujourd’hui). Le souvenir des défilés de mode dans la cour du Louvre, des créateurs de la place Vendôme ou de Saint-Germain-des-Prés le rend nostalgique. L’époque n’est plus, à son grand regret, à l’élégance : « Aujourd’hui les hommes veulent aller vite, achètent des marques sans avoir le souci de savoir si ça leur tombe bien. En plus, ils s’habillent tous de la même façon. J’ai l’impression de les voir en uniforme ! ». Il y a bien quelques stars qui relèvent le flambeau. À commencer par le chanteur Mika, habillé par Valentino (où travaille sa mère) : « Les tissus de ses costumes sortent de l’ordinaire. J’ai essayé de les obtenir pour un client, mais ils sont exclusivement réservés à Mika. C’est un des rares qui s’habillent encore avec originalité et élégance. En plus, avec son 36 de tour de taille et son mètre 98, il a le physique idéal ». Marceau Hego doit décidément passer du temps devant The Voice, puisqu’on lui réclame également les chemises de Kendji Girac.
La retraite ? Marceau Hego n’y pense pas. Son regret ? Ne pas avoir embrassé une carrière en Italie : « Milan ! Payez-vous Milan ! Il y a là-bas des Champs-Élysées entièrement consacrés à la confection masculine ! ». Son travail quotidien ? Beaucoup de costumes de mariage. Ses ennemis ? Les auto-entrepreneurs, « qui n’ont pas besoin de diplômes pour faire n’importe quoi ». Son conseil pour demeurer chic et décontracté ? « Un smoking, cassé avec un jean. Et pas de rouge, ça grossit »

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Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.