retour haut de page

TÉMOIGNAGE

Dans la tête des schizophrènes

PAR Élaine CORDON | Photographie de Juliette MAS
Temps de lecture 5 min

Malades, fous à lier, psychopathes. Les idées reçues sur les schizophrènes sont légion. Les certitudes, plus rares. Ils sont 600 000, en France, et plusieurs milliers à Toulouse, à souffrir de ce mal méconnu. Deux d’entre eux ont accepté de partager un peu de leur quotidien, entre désir ardent de vie normale et abattement chronique.

Plus souvent évoquée dans les pages faits divers qu’à la rubrique Santé, la schizophrénie effraie. Pourtant, la violence des schizophrènes est plus souvent dirigée contre eux-mêmes. Selon l’Inserm, 10 % des personnes atteintes par la maladie mettent fin à leurs jours. Atteinte depuis 20 ans, Diane n’est pas étonnée par la statistique : « On a plus envie de se suicider que de tuer les autres », résume-t-elle. Pour elle, le regard des autres est un problème. Même chose pour Alain : « Quand on parle schizophrénie, les gens pensent à Psychose d’Hitchcock ». Diagnostiqué en 2001, il a appris à faire abstraction des jugements. Loin des clichés, Diane et Alain sont, comme la plupart des schizophrènes, suivis médicalement. Ils prennent un traitement et sont stabilisés. Ni violence, ni coup de folie, ni comportement bizarre. Leur mal est insoupçonnable. C’est tout juste s’ils ont l’air un peu fatigués, un peu dans la lune.
Contrairement à ce qu’on croit, les schizophrènes n’ont pas une double personnalité. La maladie, en revanche, revêt des formes différentes selon les individus. Diane souffre d’une schizophrénie paranoïde. Elle a été diagnostiquée à 40 ans, alors qu’elle travaillait dans le paramédical. Mais depuis ses 30 ans, elle avait des hallucinations visuelles et auditives : « Parfois c’était effrayant, je voyais des trappes et je me disais qu’un piège m’attendait au travail.  Ça pouvait aussi être magnifique : pendant tout un après-midi, j’ai vécu une sorte d’extase mystique. Je vivais dans l’éternité, comme si le temps n’existait plus. Un jour, boulevard Carnot, j’ai vu défiler des animaux. J’avais souvent…

Abonnez vous pour lire la suite
Lire la suite

Partagez

Qui sommes-nous?

Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.