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LÉGISLATIVES

Élisabeth Toutut-Picard, dans la tribu de Macron

PAR Jean COUDERC | Photographie de Matthieu SARTRE
Temps de lecture 4 min

Début février, Élisabeth Toutut-Picard, conseillère municipale de Jean-Luc Moudenc, décidait, sur un coup de tête, de postuler en ligne pour devenir candidate macroniste aux législatives. Quelques semaines plus tard, la France découvrait son visage derrière Emmanuel Macron, en direct dans l’Émission politique sur France 2. Boudu a rencontré cette ancienne directrice de l’hôpital des enfants, qui veut confisquer le pouvoir aux seniors et aider les quadras à changer la société.

Comment avez-vous appris votre sélection ?

Après avoir rempli le formulaire en ligne,  j’ai reçu un appel d’un membre de la commission d’investiture à qui j’ai répété ce que j’avais écrit dans le formulaire. Puis, plus rien jusqu’au dimanche qui a précédé l’émission politique où j’ai reçu un nouvel appel de quelqu’un me disant que Macron souhaitait m’inviter à l’émission. Sans rien me dire de plus.

Comment s’est déroulée la journée ?

Je me suis retrouvée le matin dans la salle d’attente du QG d’En Marche !. J’ai vu arriver les autres candidats au compte-gouttes. Puis des jeunes de l’équipe sont apparus et nous ont emmenés dans un resto. C’est là que le conseiller politique de Macron, Stéphane Séjourné, nous a annoncé la bonne nouvelle. On a dû se lever, à tour de rôle, pour se présenter. À la fin du repas, Jean-Paul Delevoye, le président de la commission d’investiture, est venu nous féliciter. On a enchaîné toute l’après-midi réunions, séances photos et coaching, avant qu’un mini-bus nous conduise à la Plaine-Saint-Denis pour l’émission.

Le tout sans avoir jamais rencontré Macron ?

Si, dans l’après-midi il est passé nous saluer. C’était la première fois que je le voyais et j’ai été impressionnée par son énergie. Mais ce n’était pas l’énergie animale de Sarkozy, un peu primaire. Chez Macron, il y a quelque chose de jubilatoire. On sent qu’il est heureux de faire ce qu’il fait.

Pourquoi avoir choisi de le soutenir ?

J’avais trouvé courageux qu’il tire sa révérence du gouvernement parce qu’il n’était plus en accord avec ses membres. Je me suis retrouvée dans son caractère libre. Mais je l’ai vraiment découvert au travers de son livre Révolution. Les conclusions qu’il tire du fonctionnement du système politique correspondent complètement à ce que j’ai pu observer à un moindre niveau.

C’est-à-dire ?

Qu’il est très difficile de défendre l’intérêt général quand on est en plein champ de bataille gauche-droite, parce qu’on est toujours rattrapé par le clanisme, même en étant issue de la société civile. La politique est un rapport de force entre des clans qui s’auto-entretiennent et qui se distribuent les postes. Je me retrouve dans l’attitude hors cadre de Macron, qui propose de sortir de cet éternel clivage.

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De quelle sensibilité êtes-vous ?

Plutôt de centre gauche mais tout est relatif. Je suis fonctionnaire, j’ai été directrice de l’hôpital pour enfants et je suis mariée à un ancien chef d’entreprise avec lequel j’ai découvert les problématiques entrepreneuriales. Je considère qu’il faut arrêter de raisonner avec d’un côté les méchants chefs d’entreprise et de l’autre les gentils salariés.

Révolution, c’est donc une révélation ?

Complètement ! En le lisant, je me suis dit que je n’étais pas la seule à penser qu’il fallait renouveler notre approche de la chose politique. Cela passe par une double démarche : se libérer du carcan idéologique, et essayer de faire la synthèse de ce qui marche. Ce qui m’a le plus touchée, c’est l’invitation très forte à faire preuve de bienveillance les uns vis-à-vis des autres. Dans les réunions, il y en a toujours un pour rappeler qu’il faut s’écouter, se respecter. D’ailleurs, dans la campagne, il a réussi à ne pas tomber dans le piège de l’agressivité. C’est un sacré exploit.

Pensez-vous que cela suffira ?

Quand Macron annonce que 50 % des députés viendront de la société civile, tous ceux qui, jusqu’à maintenant, vivaient de ce système s’inquiètent parce que la plupart ne savent pas ce que c’est de se lever le matin pour aller bosser. Ils sont coupés de la réalité. Donc mettre 50 % des gens qui savent ce que c’est que travailler ne peut que changer la vision des choses. C’est ça qui va permettre à la France de redémarrer. Parce que lorsqu’une directrice d’école parlera d’éducation, elle saura de quoi elle parle.

Qu’est ce qui vous a décidé à devenir candidate à la députation ?

Je me suis dit qu’il fallait lui donner les moyens d’avoir une majorité présidentielle. J’ai pris le risque d’aller voir Jean-Luc Moudenc pour lui annoncer ma décision. Je n’étais pas à l’aise, je m’attendais à ce qu’il m’éjecte de son bureau. Mais il a tenu à donner la preuve que son équipe était plurielle et ouverte. Il a surtout compris qu’il y avait une demande de la société de renouvellement et d’ouverture vers des démarches innovantes.

Candidater pour les législatives en un clic, je trouve que c’est extra.

En quoi En marche ! est-il si innovant ?

Vu que ce n’est pas un parti, il n’y avait pas d’argent. Le mouvement a donc fonctionné sur la base du volontariat. Idem pour le programme qui a été construit par les marcheurs. C’est ça qui est assez spectaculaire. Quant à la démarche de pouvoir faire acte de candidature pour les législatives directement en ligne, je trouve que c’est extra.

Pourquoi ?

Actuellement pour accéder à un poste à responsabilités, il faut commencer très tôt, prêter allégeance à ceux qui ont le pouvoir, ça prend des années et des années. Alors que là, d’un seul coup, on peut y accéder simplement parce qu’on a envie de mettre sa compétence et son expertise au service du bien commun.

Qu’a-t-il de plus que Bayrou, qui s’était présenté en 2008 avec un programme similaire ?

Du charisme. C’est vrai qu’il y a des similitudes avec Bayrou. Je suis allée le voir à l’époque à certains de ses meetings. Le discours était intellectuellement bien structuré, mais Macron a peut-être davantage le sens du leadership. Le fait qu’il soit jeune est un atout. Ceux qui le lui reprochent sont des seniors qui n’ont pas envie de lâcher leur bout de gras. Mais ce sont les quadras qui vont changer la société.

Comment ont réagi vos collègues du conseil municipal ?

Ils ont été extrêmement étonnés, mais plus par la manière que par le fond, car ce choix est cohérent avec mon positionnement depuis que je suis en politique. Je n’ai jamais abordé un dossier sur un angle agressif. Quand j’étais dans l’opposition, j’ai toujours été constructive.

N’avez-vous pas ressenti un peu d’incompréhension ?

C’est leur problème et pas le mien. Ce que je souhaite, c’est qu’ils évoluent et qu’ils puissent dépasser ça. Après, c’est la fin d’un système. Donc il y a encore des soubresauts de défense d’intérêts claniques. Mais ce n’est plus ça que les Français attendent.

Et s’il échouait ?

S’il n’est pas élu, cela voudra dire que, sociologiquement, la France n’est pas encore prête pour ce genre de deal. Mais cela ne remettrait nullement en question mon engagement, car je crois vraiment à ce projet de renouvellement. J’adhère au programme et à l’individu. Ça fait beaucoup non ?

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Qui sommes-nous?

Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.