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REPORTAGE

La revanche des Zoulouzen

PAR Marie DESRUMAUX | Photographie de Juliette MAS
Temps de lecture 4 min

On les appelle les Zoulouzen. Ce sont les filles du Toulouse Ovalie XIII. Elles se retrouvent trois fois par semaine au stade Struxiano, par goût du placage, du cadrage-débord et de l’adrénaline. Mais le plaisir n’est pas leur seul moteur. Depuis le début de l’année, elles travaillent dur pour mettre un terme à la suprématie des Girondines de Biganos, qui les privent de titre depuis quatre ans. Boudu a assisté à leur préparation… et savouré leur revanche.

La nuit tombe sur le stade Struxiano. Il est 19h30, l’heure où l’on rentre habituellement chez soi après une journée de travail.

Sur le gazon, une quinzaine de femmes s’étirent et se passent un ballon ovale. Certaines sont en survêt’, jogging et baskets, d’autres combinent crampons, legging et thermolactyl. Ici, les débutantes côtoient licenciées et sportives de haut niveau. Entre sept et dix joueuses du Toulouse Ovalie XIII sont régulièrement appelées en équipe de France, mais aucune ne vit du rugby. « Elles viennent après le boulot. Même quand il fait froid elles sont une bonne vingtaine », observe le père d’Inès. Sa fille de 16 ans a intégré l’équipe l’an dernier, après une dizaine d’années en équipe mixte. C’est lui qui lui a refilé le virus du XIII. Le goût de la vitesse, de la fluidité, du contact, de la technique.

zoulouzen rugby feminin toulouse

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La section féminine de Toulouse Ovalie a été fondée en 2000, mais le club est devenu exclusivement féminin en 2009. « Il y avait de gros soucis financiers », explique Jean-Paul, le waterboy de l’équipe, pas encore au club au moment des faits. « Les joueuses se sont serré les coudes et se sont mises au bureau. Stéphanie Bras, l’ancienne présidente, a tout repris, même les dettes. »

Voilà pourquoi depuis, il n’y a qu’une seule équipe, féminine, les Zoulouzen. Un nom qui reflète la diversité des origines des membres de l’équipe. « Nouvelle-Calédonie, Réunion, Brésil… On vient d’un peu partout », résume Nathalie, 42 ans et actuelle coprésidente du club. Dernière recrue en date : Kamila, une Néo-Zélandaise arrivée il y a trois semaines et déjà très à l’aise dans ses crampons. L’équipe l’a très vite adoptée et baptisée « Mila ». Ici, chaque joueuse est affublée d’un surnom inscrit en toutes lettres sur les vestes imperméables du club.

Nez cassé pour Cyndia et épaule déplacée pour Truba.

Les exercices de mobilité s’enchaînent sous le regard de Vincent et Guilhem. La semaine est décisive. Dimanche, les filles affrontent leurs meilleures ennemies, les Girondines de Biganos, championnes de France depuis 4 ans au nez et à la barbe des Zoulouzen. Mais cette année, le rapport de force pourrait bien changer puisque ces dernières sont premières du classement. Et donc favorites.

Nattes et baume

Les deux entraîneurs sont bientôt rejoints par Sonia, une cascade de boucles brunes et une silhouette longue et fine. Étudiante en première année de thèse à l’Oncopole, elle joue depuis ses 11 ans. Dans son escarcelle, deux titres de championne de France avec les Zoulouzen et deux coupes du monde. Elle fait partie, avec sa sœur Nabila, du petit groupe de filles d’Empalot qui a intégré l’équipe à ses débuts, sous l’impulsion de la CPE de leur collège.  À force de passion et de caractère, elle a petit à petit tracé son chemin sur les terrains et dans les vestiaires, jusqu’à cumuler les postes de joueuse et d’entraîneuse.

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Ce soir, les Zoulouzen travaillent la vitesse et l’enchaînement des tenus. Les trois entraîneurs s’époumonent autour des joueuses. Cyndia, qui joue à la place essentielle de talonneuse, se plaint de ses genoux. « Quoi qu’il arrive je joue dimanche, peste-t-elle, c’est obligé ! ». La fin de l’entraînement approche, les filles commencent à discuter. « Attendez je fais le debrief’ et après vous pourrez parler », gronde Sonia. « Il faut rester dans le jus ! Plus on va travailler plus on saura le faire pendant le match, d’accord ? Restez positives et continuez à bosser ». Il est 21h, les filles ne traînent pas et s’entassent dans les voitures.

Jour J. Porte du vestiaire n°8. Les filles se préparent. Concentrées, tendues, impatientes. Elles s’enduisent le corps de baume pour chauffer les muscles, et se massent les épaules ou les jambes. Elles se tressent et se nouent les cheveux en nattes, comme des guerrières. Chacune leur tour, elles passent sur la table de Mathilde, l’ostéopathe. « L’envie, on l’a, assène Vincent lors de la causerie d’avant-match. Mettez-vous bien dans la tête que c’est ensemble que vous allez gagner ! »zoulouzen rugby feminin toulouse

Boue et progrès

Les joueuses envahissent le terrain sous un ciel nuageux et humide. Déterminées à écraser cette équipe qui les prive de titre depuis 4 ans. Dès le coup de sifflet elles ferraillent. La tension est palpable. Les Zoulouzen prennent confiance, le jeu se fluidifie et les essais s’enchaînent. Elles déroulent leurs tenus et leurs passes, montent en vagues rapides vers les poteaux adverses, comme des boulets de canon, perçant à de nombreuses reprises la ligne de Biganos. Cyndia est là, malgré ses problèmes de genoux. Au bout de quelques minutes, elle reçoit un coup dans le nez. Une courte sortie mais elle continue à jouer.

Alors qu’elles mènent largement au score, les Zoulouzen se font peur à la moitié de la deuxième mi-temps en encaissant deux essais. Sonia et Vincent interviennent pour remobiliser tout le monde. Mais le résultat au bout de 80 minutes de jeu est sans appel : Toulouse Ovalie XIII remporte le match 34 à 16. Plus le nez cassé de Cyndia et une épaule déplacée pour Truba. Soulagement et explosion de joie. Les filles tombent dans les bras de leurs coéquipières et de leur famille.

Dans les vestiaires c’est l’euphorie. Sous la douche, ça crie, ça danse et ça chante. Les maillots mouchetés de boue finissent entassés sur le sol. Le titre semble ne plus pouvoir leur échapper. Dehors, Raphaëlle et Aimée savourent, cigarette à la main, les progrès accomplis : « Quand je pense qu’au début de l’année, on n’arrivait même pas à faire des passes de plus de 5 mètres ! »

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Qui sommes-nous?

Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.