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ENQUÊTE

Conseil régional, un an après l’arrivée du FN

PAR Julie GUÉRINEAU
Temps de lecture 14 min

Depuis janvier 2016, 40 élus Front national siègent au conseil régional d’Occitanie, ce qui en fait le premier groupe d’opposition à la majorité plurielle de Carole Delga. Une situation inédite pour de nombreux élus régionaux peu habitués à siéger avec des conseillers frontistes. Boudu s’est plongé dans les arcanes du conseil régional pour mesurer l’impact de cette nouvelle donne sur son fonctionnement. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on n’a pas été déçus : invectives en assemblée, refus de participation au vote, militantisme assumé de la présidente Carole Delga… La Région depuis le Front, c’est barrage de principe contre logique de bordélisation… 

Certains en ont déjà la boule au ventre. Le 30 juin prochain, les 158 conseillers régionaux d’Occitanie doivent se réunir au Parc des Expositions de Montpellier pour la 8e plénière du conseil régional. Or, la dernière assemblée de février, marquée par de violentes passes d’armes, a laissé des traces. Symptôme d’une tension qui va crescendo au sein de l’instance régionale depuis un peu plus d’un an.

En décembre 2015, la liste Front national  – Rassemblement bleu Marine (FN-RBM) – arrive deuxième aux élections régionales avec 33,87 % des voix. Elle remporte au passage 40 des 158 sièges de l’assemblée et devient le principal groupe d’opposition à la majorité de gauche de Carole Delga. Une situation inédite pour les élus d’ex-Midi-Pyrénées, peu habitués – voire réfractaires – à une présence si importante des frontistes. La droite, reléguée pour la première fois en troisième position, accuse aussi le coup. Les élus FN, eux, sont amers. Leur liste est arrivée en tête en ex-Languedoc-Roussillon, et ils en sont convaincus : sans la fusion des régions, ils en auraient remporté la présidence. 

front national région occitanie

Les premières tensions apparaissent dès la première assemblée plénière, le 15 avril 2016. Alors que les 158 conseillers régionaux siègent au Parc des Expositions de Montpellier, des élus FN brandissent des pancartes pour renommer la région « Delgastan ». Ils dénoncent le « sectarisme » et le « népotisme en tailleur » de Carole Delga, dont ils contestent la décision d’écarter l’opposition de certains organismes régionaux. Interruptions, invectives, Marseillaise, réactions des autres bancs : l’assemblée ne retrouvera pas son calme.

Pour la présidente de région, « cette première assemblée a été une horreur. Tout le monde en est sorti abasourdi, droite y compris ». La violence des échanges a choqué jusqu’aux élus les plus aguerris d’ex-Languedoc-Roussillon, où le FN siégeait pourtant depuis 1986. « Même à l’époque de Georges Frêche et Alain Jamet (cofondateur du FN et père de l’actuelle présidente du groupe FN-RBM, ndlr.), je n’avais jamais ressenti autant de violence. Il y avait un sentiment inédit que ça pouvait dégénérer », s’étonne encore Didier Codorniou, président du groupe des Radicaux de gauche, ancien frêchiste et conseiller régional en Languedoc-Roussillon pendant plus de 10 ans.

Logique de bordélisation

Le ton est donné. Assemblée après assemblée, les élus FN-RBM multiplient les invectives et les happenings organisés, souvent rejoints par des conseillers régionaux des bancs adverses dans les rôles de sparring partners. Cible privilégiée des frontistes, Carole Delga essuie régulièrement attaques et remarques sexistes. Pour Véronique Vinet, coprésidente du groupe Nouveau monde en commun (NMeC – voir schéma p.48), « le Front national est dans une logique de bordélisation. Quel que soit le sujet, une minorité d’élus frontistes arrive toujours à en tirer une polémique, le relier à l’histoire, ou aux migrants ». Mais elle reconnaît aussi que certains de ses collègues au tempérament chaud se laissent parfois aller à faire fuser « des noms d’oiseaux » …

Pour eux, faire de la politique, c’est avoir des lignes dans les journaux.

front national région occitanie delga

Carole Delga

C’est lors de la plénière du 3 février 2017 que la tension atteint son paroxysme. Implicitement accusé de racisme par des élus de la majorité sur la volonté du FN d’appliquer la « clause Molière » sur les chantiers de la région, le frontiste Emmanuel Crenne rétorque que « ce sont les socialistes qui ont voté les pleins pouvoirs à Pétain ». C’en est trop pour Carole Delga, qui, passant justement à côté de lui, le somme de se taire et tente de s’emparer de son micro. Le geste choque jusque sur les bancs de la droite. La situation s’envenime. Et après une interruption de séance, Carole Delga dénonce « l’incident de trop », et « le comportement inadmissible de certains élus qui cherchent volontairement l’incident comme stratégie politique pour faire le buzz. »

« Cirque », « grand cinéma », « ring de boxe », tous groupes confondus, les élus dénoncent une ambiance délétère qui nuit à la qualité des débats, ralentit les travaux de l’assemblée, et conduit à des formes d’autocensure. Gérard Onesta, élu Nouveau monde en commun et président du bureau de l’assemblée, en est convaincu : « Au sein même de la majorité, on se disait les choses beaucoup plus franchement. Aujourd’hui, on est plus dans la langue de bois pour éviter que le FN puisse s’engouffrer dans la brèche. » 

La tête et les tripes

Dans les rangs mêmes du FN, certains élus prennent leurs distances avec le comportement agité d’une poignée de membres de leur groupe. Écœuré, Jean-François Fons, conseiller régional proche de Louis Aliot et ancien militant Les Républicains vient d’ailleurs d’annoncer son départ du groupe FN et du parti. « J’ai passé l’âge de pavoiser dans l’assemblée plénière, de critiquer sans cesse et sans raison. Je ne veux plus perdre de temps face à des comportements que je comprends pas et que je ne cautionnerai jamais. »

Le Front national est dans une stratégie de bordélisation.

Pour beaucoup d’élus, la stratégie du Front national est pourtant limpide. « Il est évident qu’ils sont dans une stratégie de visibilité médiatique et populiste pour montrer qu’ils sont là et qu’ils ne se laissent pas faire », estime Nadia Pellefigue, vice-présidente socialiste du conseil régional, en soulignant que le FN n’adopte ce comportement « outrancier » que lors des plénières, seules assemblées publiques et filmées. « Pour eux, faire de la politique, c’est avoir des lignes dans les journaux, renchérit Carole Delga. Ils ne font pas de la politique pour défendre leurs électeurs, mais pour qu’on voit leur binette sur les réseaux sociaux. »

Preuve de cette obsession pour l’image, l’habitude prise par une poignée d’élus frontistes de la jeune garde de dégainer leurs portables au moindre incident pour le partager en temps réel sur les réseaux. Peut-être plus parlant encore, l’une des premières demandes de matériel soumises à la Région par le secrétaire général du groupe FN concernait… des logiciels de montage vidéo. Julien Leonardelli, conseiller régional et secrétaire départemental du FN en Haute-Garonne, justifie : « Quand vous êtes dans l’opposition et que vous avez peu de moyens pour vous faire entendre, vous trouvez les moyens pour attirer l’œil des médias. Avec les réseaux sociaux, on a tendance à vouloir réagir trop vite, et il y a eu quelques problèmes au début. Mais le holà a été mis de tous les côtés. »

front national région occitanie

Mais quel intérêt peut bien avoir le FN à mettre en scène un comportement souvent qualifié d’outrancier ? Pour Christian Assaf, président du groupe Socialiste, républicain et citoyen (SRC), les frontistes cherchent – et réussissent – à faire réagir leurs adversaires politiques « avec leurs tripes plutôt qu’avec leur tête, ce qui nourrit ce climat d’hystérie ». Or, pour l’élu socialiste, « l’abaissement de l’image de la politique profite toujours au Front national ».
Piquée au vif, France Jamet, présidente du groupe FN-RBM, réfute toute stratégie politique établie, et estime au contraire que son groupe ne fait que réagir aux attaques récurrentes à son encontre. « L’hystérie n’est pas de notre côté. Carole Delga, qui a réaffirmé dans la presse dès le début de son mandat son positionnement de militante anti-Front national, ne voit et n’entend que d’un côté. Son comportement est anti-démocratique et totalitaire. » Et de mentionner, comme preuve de « l’hémiplégie de Carole Delga », l’absence de réaction de la présidente de région lorsque l’élu du Parti de gauche Jean-Christophe Sellin a ouvertement regretté lors de la dernière plénière certains dispositifs en place sous la Terreur.

Le Front national n’est pas le seul à pointer du doigt la responsabilité de la ligne ouvertement anti-FN menée par la présidente de région. Sacha Briand, avocat et conseiller régional Les Républicains, se dit convaincu que « Carole Delga porte une responsabilité très lourde dans cette tension permanente en ostracisant le Front national. Quand vous avez d’un côté quelques excités, et de l’autre une présidente qui se place en autorité morale, ça ne peut aller qu’au clash ». L’avocat toulousain va même plus loin en estimant que le traitement différent qui est imposé au Front national, « parti démocratiquement élu », lui permet de se positionner en victime et d’en user comme argument électoral.

Si Carole Delga dément être plus permissive avec les auteurs de propos violents issus des autres groupes, elle ne cache pas que la lutte contre le Front national reste « le combat de [sa] vie ». « Je respecte leurs droits d’élus et les fais scrupuleusement respecter. Mais je ne les respecte pas dans leurs idées de haine et d’exclusion et dans leur façon de faire de la politique. Et je ne peux pas entendre que le Front national est une opposition comme les autres. »

La droite, victime collatérale

Dès le début de la mandature, la place à accorder au Front national a d’ailleurs fait l’objet de débats au sein de la majorité. Finalement, quelques aménagements du règlement intérieur ont été adpotés. Désormais, comme la loi l’autorise, l’opposition ne peut plus représenter la région au sein de certains organismes extérieurs comme les conseils d’administration des lycées. Difficile en effet pour la majorité d’imaginer le FN porter et défendre au sein de ces organismes une politique régionale à laquelle elle s’oppose. Autre décision, les commissions permanentes, qui votent sur les affaires courantes, restent fermées au public pour éviter que les tensions de la plénière ne s’y reproduisent. Elles récupèrent aussi au passage certaines prérogatives autrefois réservées aux plénières publiques. Enfin, le dépôt des amendements en cours de séance n’est plus autorisé. Objectif ? Empêcher le FN de faire obstruction en abusant du droit d’amendement.

En revanche, les élus de l’opposition disposent d’un temps de parole ainsi que de crédits pour le matériel (30 380 euros pour le FN en 2016) et les moyens humains (347 278 euros pour le FN en 2016) scrupuleusement proportionnels au nombre d’élus dans leur groupe.

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Assemblée plénière © Antoine Darnaud

Pour les élus socialistes d’ex-Languedoc-Roussillon habitués à la présence du Front national, comme Christian Assaf, les modifications validées par la majorité étaient une nécessité. « On savait par exemple que la présence du FN dans les lycées était une position sur laquelle il fallait tenir. Il y avait un risque, comme en Languedoc-Roussillon, que les lycéens se mobilisent contre le FN, bloquent les établissements et empêchent la tenue des conseils d’administrations. »

Il y a une opposition de principe au fn. Ceux qui vous diront le contraire sont des hypocrites

En revanche, pour d’autres élus de la majorité, ces ajustements ont été plus difficiles à accepter. Mais tous ont fini par plier, jusqu’à Gérard Onesta, pourtant farouche défenseur d’une représentation à la proportionnelle de tous les groupes au sein des différentes instances du conseil régional. « Il y avait trop de risques de blocage. C’est difficile d’être démocrate avec des gens qui ne le sont pas. »

Seulement voilà, pour ne pas être discriminatoires, les nouvelles mesures destinées au Front national doivent s’appliquer à l’ensemble de l’opposition. Résultat : les élus de la droite et du centre, qui bénéficiaient en Midi-Pyrénées de droits similaires à ceux de la majorité, s’en voient eux aussi dépossédés. Une situation que regrette Élisabeth Pouchelon, du groupe des élus de la droite et du centre (UEDC). « Sous prétexte de combattre le FN sont prises des décisions autoritaires qui musèlent toute l’opposition, et nous rendent inaudibles sur les sujets de fond. »
Carole Delga admet que la situation a de quoi interroger les élus de « l’opposition constructive ». Mais entre les risques de blocages et d’obstruction liés à la présence du FN et la restriction des droits des élus de droite, la majorité a tranché.

Autre dommage collatéral de la mise à l’écart de l’opposition, plusieurs élus de la majorité reconnaissent ne pas pouvoir faire face à l’augmentation du nombre de leurs représentations dans les organismes extérieurs, et devoir faire l’impasse sur certaines d’entre elles.

Carole Delga porte une responsabilité très lourde dans cette tension permanente. 

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Sacha Briand, élu UEDC

Un FN plus calme en coulisses

S’ils s’illustrent par leur interventionnisme en public, dans l’ambiance feutrée des hôtels de région, les frontistes se font plus discrets voire même coopératifs. « Dès qu’il y a moins de médias, le FN retrouve la raison », résume Didier Codorniou, président du groupe Radicaux de gauche et vice-président de la commission permanente. Une dualité qui frappe les conseillers régionaux, dont certains vont même jusqu’à reconnaître le professionnalisme d’une partie des élus FN qui siègent avec eux en commission.

C’est notamment le cas de Bernard Keller, président radical de gauche de la commission Industrie, Grands groupes et Services aux entreprises : « Dans la commission que je préside, les élus FN sont plutôt des conseillers régionaux qui connaissent les finances, l’entreprise, sont avocats d’affaires ou experts comptables. Ils peuvent faire des interventions pertinentes très différentes des “vociférations” ou propos d’obstruction et d’exclusion qu’expriment systématiquement leurs représentants en réunion plénière. »

Même son de cloche du côté de Serge Regourd, élu Nouveau monde en commun, professeur de droit, et président de la commission Culture. « Je n’ai jamais entendu d’insultes ou de diatribes en commission. Leurs idées sont aux antipodes des miennes, mais la plupart de leurs questions auraient pu être posées par un autre élu de droite. » Pour Sacha Briand, élu LR, la bonne volonté et l’expérience des frontistes varient autant qu’au sein des autres groupes. « On sent que certains passent des heures sur les dossiers et les maîtrisent. D’autres sont à côté de la plaque et ont une méconnaissance
absolue du fonctionnement des collectivités locales. Mais ce sont des connaissances qui s’acquièrent avec l’expérience. »

Sur le fond, les votes du groupe FN-RBM sont en droite ligne avec les grandes thématiques et les positionnements du parti au niveau national : lutte contre l’immigration et l’assistanat, défense des intérêts des Français, etc. Dans le top 3 des sujets contre lesquels ils votent ou s’abstiennent le plus en commission permanente : l’égalité femme-homme (88 % de vote contre ou d’abstention), et les solidarités, les services publics, la vie associative et le logement (72 %). Ils votent aussi systématiquement contre les subventions accordées aux associations « engagées politiquement ou sectaires » (comme le Secours populaire) et contre une grande majorité d’aides versées à des projets culturels, dénonçant le « clientélisme de la gauche dans ce milieu ». L’opposition leur reproche aussi régulièrement de mettre en débat des sujets nationaux qui ne relèvent pas des compétences régionales, preuve pour eux de la stratégie purement nationale du FN et de son désintérêt pour la matière régionale. D’autres au contraire, comme Carole Delga, dénoncent le tropisme micro-local de certains frontistes comme Julien Sanchez, maire de Beaucaire, qui « siège uniquement pour sa ville et ne s’intéresse pas au reste de la politique régionale ».

Côté amendements, vœux, et délibérations, on retrouve plus nettement encore l’idéologie marquée du Front national, voire la provocation dont il fait preuve en assemblée plénière : ajout du Delgastan à la liste des noms pour la région, suppression de programmes d’aide aux migrants, mise en place de la « clause Molière » sur les chantiers, baptême du nouveau lycée de Villefranche-de-Lauragais au nom d’Alphonse de Poitiers, hostile aux Juifs, arrêt de la féminisation des fonctions dans les textes officiels de la région, etc.

Quand vous avez peu de moyens de vous faire entendre, vous trouvez des moyens pour attirer l’œil des médias.

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Julien Leonardelli, élu FN

Opposition de principe

Si ces positionnements sont à l’opposé des lignes politiques de la droite, du centre et de la majorité de gauche, d’autres amendements déposés par le groupe FN-RBM mettent leurs opposants dans l’embarras. Exemples : la proposition frontiste de rendre les commissions permanentes publiques figurait dans le programme du groupe Nouveau monde en commun ; la suggestion d’organiser les commissions et les plénières en alternance entre Montpellier et Toulouse par soucis d’équité territoriale ressemble, elle, à peu de choses près à un amendement déposé par le groupe de droite. Pourtant, aucun amendement du Front national n’a été voté par la droite et la majorité. Mi-amusé, mi-agacé, Julien Leonardelli souligne ce paradoxe, estimant qu’il « s’agit bien là de la preuve de l’ostracisme dont est victime le Front national ».

Un élu de la majorité reconnaît sans détour « une opposition de principe » : « Il nous est arrivé de nous dire qu’on aurait dû déposer tel ou tel amendement nous-mêmes, ou que l’on aurait pu le voter s’il avait été proposé par un autre groupe. Ceux qui vous disent le contraire sont des hypocrites. L’ennui, c’est que certains de leurs amendements sont tellement répugnants qu’il est compliqué de voter pour ceux qui sont acceptables. »

Si les frontistes sont très prolixes en amendements – 74 discutés en plénière par le Front national, contre 22 pour la droite et le centre – une majorité de conseillers régionaux, comme Sacha Briand, regrettent que le groupe FN-RBM ne soit pas dans une démarche positive de coopération avec les autres groupes. En cause ? Leur habitude, entre autres, de déposer les amendements au tout dernier moment. « S’ils présentaient leurs amendements en commission sectorielle, nous pourrions agir directement sur les textes en amont des votes et peut-être les améliorer », regrette-t-il.

Le groupe FN-RBM d’Occitanie s’est en effet fixé comme ligne de conduite de ne pas donner d’avis ni de voter lors de ces commissions sectorielles. Une position difficile à comprendre pour une majorité de conseillers régionaux qui considèrent ces commissions comme le maillon essentiel de l’élaboration des politiques régionales. Pour beaucoup, il s’agit bien là de la preuve que le Front national n’a aucune intention d’agir sur la politique de la région et préfère garder ses positions secrètes pour ménager l’effet de surprise en plénière.

À la schlague

L’accusation fait sourire France Jamet. La présidente du groupe FN-RBM rétorque que les commissions sectorielles, dont les avis ne sont que consultatifs, sont pour ses élus un moyen de s’informer sur les tenants et les aboutissants des dossiers en posant des questions. « À l’issue de ces commissions, nous nous réunissons au grand complet pour discuter et profiter de l’expertise de chacun avant de nous mettre d’accord sur une position. Il n’y a pas plus démocratique. »

Pourtant, de nombreux conseillers régionaux voient dans cette démarche une preuve du fonctionnement pyramidal du groupe FN-RBM. « Ça marche un peu à la schlague*. Les décisions sont prises par la cheffe, et le doigt sur la couture du pantalon, ils obtempèrent », lâche Christophe Rivenq, président du groupe de droite. Un point de vue partagé par l’ancien élu frontiste Jean-François Fons, qui assure que France Jamet « pense tout savoir sur tout parce qu’elle a passé quelques années dans la politique ». L’attitude de la présidente de groupe aurait d’ailleurs participé à sa décision de quitter les rangs frontistes.

J’ai passé l’âge de pavoiser dans l’assemblée plénière, de critiquer sans cesse et sans raison.

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Jean-François Fons, ancien membre du groupe FN à la Région

Pour illustrer l’influence de France Jamet sur ses élus, Laurent Blondiau, directeur du cabinet de Carole Delga, raconte l’épisode rocambolesque de la discussion sur le choix du nouveau logo de la région en commission Culture. Après un échange auquel participent activement les membres frontistes de la commission, tout le monde, eux compris, tombe d’accord sur un logo. Vient le moment du vote consultatif. Convaincu par le logo soumis au vote, Didier Carette, élu FN et ancien directeur du théâtre Sorano lève la main. Affolée, sa collègue toulousaine Maïthé Carsalade attrape la main de son collègue et la baisse. « On n’a pas le droit de voter ! », le sermonne-t-elle avant d’envoyer un SMS pour demander l’autorisation de prendre part au vote. Au final, les élus FN de la commission s’abstiendront.

Là encore, France Jamet rejette les accusations d’autoritarisme en bloc. « Personne n’est contraint. On est d’accord sur l’essentiel, et même s’il y a quelques sensibilités, il y a une dynamique de groupe qui s’exprime par un vote commun. Mais il n’est absolument pas imposé ! ».

Pourtant, c’est aussi ce mode de fonctionnement très particulier du groupe FN-RBM qui a convaincu Jean-François Fons de jeter l’éponge. « Au fil des mois, j’ai commencé à voir comment ça se passait, et je me suis vite rendu compte que je m’étais lourdement trompé. Que le fonctionnement du groupe ne me correspondait ni sur le fond, ni sur la forme. »  Et le désormais élu divers droit l’assure : d’autres élus frontistes hésitent à suivre son exemple et quitter le groupe FN-RBM. « Après l’annonce de mon départ, certains élus du groupe m’ont insulté par écrit. D’autres, en revanche, m’ont appelé pour me dire qu’ils avaient compris »

*schlague : Châtiment disciplinaire à coups de baguette autrefois en usage dans les armées allemandes et autrichiennes.

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Qui sommes-nous?

Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.