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INTERVIEW

Garorock, spring break du Sud-Ouest

PAR Jean COUDERC
Temps de lecture 3 min

Depuis 20 ans, ils sont des centaines (voire des milliers) de Toulousains à planter leur tente sur la plaine de la Filhole à Marmande, le temps d’un week-end, pour Garorock. Boudu a profité de la venue à Toulouse de son fondateur, Ludovic Larbodie, pour tenter de comprendre le succès du troisième plus grand festival de musique de France.

Pourquoi ça marche depuis 20 ans ?

Parce qu’on a toujours su s’adapter à la musique du moment. Avant il n’y avait pas de musique électro. Maintenant, il y en a, et c’est logique. Un festival, c’est générationnel. Ce n’est pas un concert. D’ailleurs, on vend encore plus de billets que l’année dernière. Il y a vraiment une génération Garorock.

Quel est l’ADN de Garorock ?

La fête, le Sud-Ouest, la musique, l’art de vivre, les copains. C’est un vrai festival avec des bandas le matin, du yoga, des concours de pétanque. C’est une sorte de spring break géant, mais dans le Sud-Ouest avec des étudiants et des jeunes cadres qui sont à fond tout le temps.

À vous entendre, on a l’impression que l’identité rock s’est quelque peu diluée, non ?

La définition du rock a évolué avec son temps mais ce qui n’a pas changé, c’est qu’il s’agit avant tout d’un état d’esprit. Le rock, c’est être libre et faire partie d’une aventure collective qui peut changer la vie. Mais ce n’est pas que de la musique. C’est pour ça qu’à un moment, on a complètement cassé les barrières musicales.

Ce qui se traduit, du coup, par une programmation très éclectique ?

Oui, dans les mouvances rock, électro, pop et hip-hop. Ce qui me désole c’est de voir que maintenant la musique est portée par des multinationales dont l’objectif est de faire de l’argent et d’abrutir les gens.
Il y a de moins en moins de bons groupes et de plus en plus de faux chanteurs jetables créés de toute pièce. C’est pourquoi nous nous refusons de faire venir des artistes comme par exemple Julien Doré. À Garorock, nous sommes en manque de groupes de rock. C’est un problème pour la programmation. Les maisons de disques qui permettaient à de jeunes artistes d’exister ont disparu.

En quoi le festival a-t-il changé en 20 ans ?

C’était beaucoup plus roots au début. Les jeunes sont plus exigeants en matière de confort. Mais c’est à l’image de l’évolution de la société. Sinon, l’état d’esprit n’a pas trop changé même si c’était plus punk il y a 20 ans.

Êtes-vous nostalgique des débuts ?

Rien n’était mieux avant. C’est beaucoup mieux aujourd’hui, à tout point de vue. Les premières années, c’était bien mais c’était naze en terme d’organisation. Aujourd’hui, grâce à notre data de 180 000 personnes, on connaît les goûts des festivaliers, on peut discuter en direct avec eux, on peut adapter les choses. Ça rend l’évènement plus attractif.

Quels étaient vos rêves il y a 20 ans ?

Les mêmes qu’aujourd’hui. C’est-à-dire de faire du mieux possible avec les moyens du bord parce que nous sommes totalement indépendants. Donc ça prend un peu plus de temps mais on y arrive puisque nous sommes aujourd’hui le troisième festival de France. Et à terme, on vise la première place.

De quoi êtes-vous le plus fier en 20 ans ?

D’avoir fait le choix de passer du RFID au numérique il y a trois ans avant tout le monde. Au moment où on s’y est mis, personne ne comprenait alors que maintenant, tous les festivals y sont.

Et les plus beaux moments sur scène ?

Il y a plein de shows qui m’ont marqué. Si je devais en citer trois, je dirais Skrillex, Alt-J et Paul Kalkbrenner. Skrilex, c’est l’année où on a annulé le samedi car il y avait soi-disant une tempête. On a donc offert le concert du dimanche à tous ceux qui avaient le billet du samedi. Du coup, ça a été une fête mémorable, il est venu avec son vaisseau spatial 3D, les gens étaient dingues, ça a été une des plus grosses ambiances.

Quel est le pire souvenir ?

L’annulation du samedi alors que l’on savait qu’il n’allait rien se passer, et que j’avais 35 000 personnes frustrées sur les bras.

Y-a-t-il un artiste que vous auriez aimé avoir ?

Je ne vis pas dans le passé. Je peux en revanche vous dire quel groupe on aimerait vraiment avoir : Queen of the Stone Age.

Et cette année, qui attendez-vous particulièrement ?

Il y a Solomun, Beth Ditto, Mac Miller, Justice, Royal Blood. Et M.I.A. que je veux voir devant un vrai public. Parce qu’à Rock en Seine, c’était un peu mou. Le public parisien est cool. Alors qu’ici, ça va lui faire bizarre. Dès le premier morceau, ça va être la guerre ! Il va falloir qu’elle bouge son cul ! Cela peut être soit une catastrophe, soit très bien. Et c’est ça qui me plaît.

Festival Garorock : du 30 juin au 2 juillet 2017 – plaine de la Filhole – Marmande

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Qui sommes-nous?

Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.