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MAIS...POURQUOI ?

Toulouse, territoire perdu de la poésie

PAR Sébastien VAISSIERE et Irina MAZUET | Photographie de Matthieu SARTRE
Temps de lecture 5 min

Comme la saucisse, le bel Canto, la violette et les gros avions, la poésie est une vieille spécialité toulousaine. Pourtant, ici, tout le monde s’en fout. En mars, le printemps des poètes est passé inaperçu. En mai, la remise des prix de l’Académie des jeux floraux a subi le même sort. Et il y a quelques jours, l’attribution au poète toulousain iconique Serge Pey, du grand prix de poésie de la Société des gens de lettres (honorable institution fondée par Balzac, Dumas, Sand et Hugo) n’a ému personne. D’où ce tour d’horizon lacunaire de lieux et de gens qui s’emploient à faire vivre la poésie à Toulouse, en vers et contre tout.

Arrêtez un Toulousain au hasard place Wilson. Demandez-lui quel personnage est représenté par la statue recouverte de pigeons qui trône au centre de la place. Immanquablement, il répondra : le président Wilson. Mancat ! Il s’agit de Pierre Goudouli, le plus grand poète toulousain de langue occitane. Bien qu’anecdotique, la chose est révélatrice de l’étendue de notre ignorance en matière de tradition poétique toulousaine. Pourtant, la prédisposition des locaux pour la poésie ne date pas d’hier. On la fait généralement remonter à 1323, date de la création de l’Académie des jeux floraux, même si les joutes verbales sont une tradition plus ancienne encore. Depuis le XIVe siècle, cette institution (la plus ancienne société savante d’Europe) distingue des poètes d’expression française ou occitane, en leur remettant des fleurs, chaque année au printemps. Une distinction dont Victor-Hugo fut, à 17 ans, l’heureux récipiendaire.

Le mot poésie fait peur. De nos jours, pour être entendue, la poésie a besoin de se cacher et de ne pas dire son nom. Pour la promouvoir, on est obligés de biaiser.

Aujourd’hui, ses membres siègent à l’hôtel d’Assézat, dans un salon renaissance tapissé de portraits peints. Là, dans le tic-tac des pendules et le craquement du parquet, son secrétaire perpétuel, Philippe Dazet-Brun, Béarnais au costume étriqué et à l’esprit large, nous a conté l’histoire de l’Académie : « Les Jeux floraux ont été créés par sept Toulousains, marchands, banquiers, damoiseaux ou hommes de loi. Ce sont des gens qui, après l’humiliation de la croisade…

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Qui sommes-nous?

Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.