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INTERVIEW

Muriel Paletou : « Les effectifs plombent l’école publique »

PAR Sarah JOURDREN | Photographie de Juliette MAS
Temps de lecture 2 min

Muriel Paletou est présidente de la FCPE 31 depuis juin, et parent-militante depuis bien plus longtemps. Suffisamment pour avoir vu évoluer le rapport des parents à l’école et à leurs enfants, mais pas assez pour observer de vrais changements dans l’école publique.

Qu’est-il arrivé à l’école publique pour que les parents soient tentés d’en retirer leurs enfants ?
L’évolution de la société l’a rendue anxiogène. Avant, quand on faisait des études, on était sûr d’être embauché dans les six mois après la sortie. Mais après les grandes crises des années 2000, on s’est mis à se poser la question du travail. L’école est alors devenue un enjeu majeur pour les parents, qui ont tendance à surinvestir leurs enfants.

Les parents n’ont plus les mêmes attentes ?
Trois « générations » se côtoient actuellement à l’école. Les parents des lycéens, qui ont connu une école sélective (seul 40 % des élèves allaient jusqu’au bac) mais avec du travail à la sortie, sont plus cools et plutôt préoccupés par le post-bac. Ceux des collégiens qui ont connu des difficultés sur le marché du travail, attendent plus de leurs enfants, notamment au niveau des notes. Quant aux plus jeunes, ils voient l’école comme un service dont ils sont les usagers.

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Quelles sont les conséquences ?
Ces parents-là ont un comportement assez contradictoire : d’un côté, ils surprotègent leurs enfants, de l’autre ils aimeraient qu’ils soient autonomes, parce qu’ils n’ont pas forcément le temps de s’en occuper pleinement. Et surtout, ils ne supportent pas les règles de l’école. Ils oublient qu’elle est là avant tout pour apprendre les règles de vie en société. Ils sont beaucoup plus individualistes.

Cet individualisme, ils le reportent sur l’école ?
Oui et surtout sur l’enfant, qui doit réussir. Mais les effectifs plombent l’école publique : elle n’a pas de moyens et trop d’élèves. Or les parents sont dans la consommation, dans la performance. Leur regard est centré sur la note et c’est la course aux cours particuliers.

Comment réagissent les enfants ?
Ils sont aussi devenus des consommateurs. Ils zappent, ils sont dans le besoin et non plus dans le savoir. Ils jettent ce qu’ils ont appris quand l’examen est passé. Ils n’apprennent plus pour se cultiver, ils sont dans l’utilitaire.

Selon vous, le choix de l’école alternative relève-t-il d’un comportement individualiste ?
En partie, mais c’est aussi une manière de ne pas s’inscrire dans le fonctionnement et le rythme de l’école publique. Dans les pédagogies alternatives, on se donne du temps, on s’adapte au rythme de l’enfant. Il y a aussi une volonté de sortir de la verticalité : l’école devient un lieu d’échange vers l’autre, quel que soit son âge. Ces méthodes sont souvent centrées sur l’enfant, sur son épanouissement.

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Ce n’est pas le cas dans l’école publique ?
On est encore très souvent sur un mode du professeur qui dispense le savoir. Or ça ne marche plus, car l’information est partout sur Internet. L’élève a toujours besoin du prof, pas pour transmettre le savoir, mais pour l’expliquer, l’évaluer. Le rôle de l’enseignant est de mener l’élève vers un niveau de compétences.

Y a-t-il une place pour tous les enfants dans l’école publique ?
Elle ne valorise pas les enfants différents. On a l’impression qu’elle boude les créatifs, parce qu’ils ne sont pas en ordre de marche. Or les enfants qui fréquentent les écoles alternatives sont souvent des personnalités riches

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