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INTERVIEW

Parlement de la montagne : positive altitude

PAR Julie GUÉRINEAU | Photographie de Matthieu SARTRE
Temps de lecture 3 min

Depuis des décennies, les populations montagnardes se sentent abandonnées au profit des métropoles et des littoraux. Aujourd’hui, le Conseil régional d’Occitanie veut dynamiser ses massifs et mettre en avant ses pépites. Aux manettes, la Lozérienne Aurélie Maillols, vice-présidente de la Région chargée de la montagne, présentera en octobre une feuille de route pour la création d’un parlement dédié aux massifs.

Pourquoi un parlement de la montagne ?
En Occitanie, 50 % du territoire est en zone de montagne, soit 1,3 millions d’habitants dans les Pyrénées et le Massif central. Ces massifs ont des atouts, mais l’attractivité des métropoles crée un déséquilibre démographique. C’est un enjeu majeur d’aménagement du territoire. Or, une politique publique qui fonctionne à Toulouse ne marchera pas forcément en montagne. Nous voulons donc nous appuyer sur les atouts des massifs, leurs projets, leurs énergies, pour créer des politiques de développement sur-mesure. Pour y arriver, nous allons mettre en place un parlement dédié, qui co-écrira avec la Région le Plan montagne. Un plan d’action concret qui définira les grandes priorités sur 20 à 30 ans.

Comment identifier les atouts et les handicaps des territoires de montagne ?
En s’appuyant sur ceux qui y vivent toute l’année. Nous avons organisé des ateliers de concertation dans de petites communes de montagne pour faire remonter les besoins, les projets, et les défis à relever.

Que révèlent ces consultations ?
La question des mobilités et du désenclavement revient régulièrement. Sur le Massif central, les deux grosses problématiques sont le maintien des services publics et l’attractivité de ces territoires qui perdent des habitants. En Lozère, la première chose que veulent savoir les jeunes, c’est s’il y a un médecin généraliste. Et un « non » n’est pas recevable. Sur le plan économique, les petites TPE et PME, même très rentables, ont du mal à trouver un repreneur.

Et dans les Pyrénées ?
Les Pyrénées ont déjà connu un regain d’attractivité, et de nouvelles populations s’y installent. En Ariège, l’Insee avait prévu 130 000 habitants en 2017. Ils sont 158 000. Les jeunes et les retraités reviennent dans les Pyrénées parce qu’il y a eu des efforts en matière d’aménagement du territoire et de désenclavement, notamment avec l’autoroute en Ariège. Il y a de l’industrie, des entreprises de taille moyenne, et de l’emploi. Dans ces massifs, on travaillera davantage sur les nouveaux modèles de développement économique, le tourisme quatre saisons, la diversification des activités des stations de ski avec le changement climatique, ou encore la montée en gamme dans l’hôtellerie.

Comment les montagnards accueillent-ils votre initiative ?
On sent une vraie attente. Il y a eu entre 100 et 150 participants de milieux très variés à chaque atelier : des chefs d’entreprises, des citoyens, des présidents d’associations, des chasseurs, des agriculteurs… Les montagnards paraissent reconnaissants de voir qu’une institution perçoit leur potentiel, et pas seulement le relief, le froid et les routes sinueuses. Mais on sait qu’on est attendus au tournant, que les gens veulent une politique concrète pour la montagne.

Parce que la montagne a été délaissée ?
Oui. Ces dernières décennies, il y a eu un changement de paradigme : l’économie française s’appuie sur les métropoles, et les montagnards ont un sentiment d’abandon. Ils ont la sensation que les politiques publiques sont faites pour les métropoles et que la République ne leur accorde
pas assez d’attention.

À qui la faute ?
Ce n’est ni la responsabilité de la Région, ni celle des départements. Les départements sont les plus proches des territoires, mais le développement économique ne relève plus de leurs compétences, et ils n’ont plus les moyens d’agir. Sans compter que l’État se désengage en faisant peser sur eux les dépenses sociales…

Seront-ils associés au Plan montagne ?
Oui, c’est un axe très important. On veut que ce soit une stratégie partagée par tous les échelons : État, départements, intercommunalités. Leur accord sera essentiel pour mener à bien certains projets, comme sur les énergies renouvelables.

Les montagnards se sentent abandonnés.

Quelle forme prendra le parlement ?
C’est encore flou. Nous cherchons un modèle innovant qui permettra à tous de s’exprimer, et pas seulement aux élus, pour garder le lien qu’on a établi avec les citoyens pendant les concertations. On peut imaginer un parlement avec une composante numérique, et/ou des réunions physiques. Le format définitif et la feuille de route seront arrêtés en octobre pour une installation du parlement à la fin de l’année.
Certains élus craignent que ce ne soit qu’une énième strate administrative…
Ce ne sera pas une assemblée régionale à côté de l’assemblée régionale. Le parlement guidera la région dans l’écriture du Plan montagne. Ça paraît abstrait quand on ne participe pas aux ateliers de concertation, mais ce qu’expriment les montagnards est très concret.

Des solutions se dessinent-elles déjà ?
Le développement des montagnes passe inévitablement par un désenclavement routier et numérique, et par le maintien ou le retour des services publics. On peut aussi faire échanger les territoires sur leurs bonnes pratiques et leurs success stories qui s’appuient souvent sur les savoir-faire artisanaux. Comme Tuffery, un atelier de jeans en Lozère qui fait vivre toute une économie locale, ou de jeunes aveyronnais qui veulent moderniser le vieux pull en laine qui gratte. Le développement des énergies nouvelles est une autre piste. On doit aussi créer de nouveaux modes de collaboration économique entre les entreprises en périphérie de métropoles et celles des massifs. Il faudrait aussi créer des formations universitaires aux métiers de la montagne sur place. Sinon, les jeunes s’en vont étudier ailleurs, et ne reviennent plus.

 

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