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Portfolio : Philippe-Gérard Dupuy, Ère de jeu

Cet automne, Toulouse s’abandonne au noir et blanc de Philippe-Gérard Dupuy, avec une rétrospective éclatée aux quatre coins de la ville. Dupuy, c’est une figure de l’image. Né en 1950, tour à tour photographe de mode, artiste expérimental, créateur à Toulouse de « Voir », l’une des premières galeries photo de France, il est connu du public pour son statut de portraitiste pour Libé et Jazz In Marciac. Nous avons fouiné avec lui dans ses archives, pour en exhumer un petit chaos d’histoires et de clichés, témoins d’une carrière passée à prendre la vie et la photo comme un jeu.
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Portfolio : Philippe-Gérard Dupuy, Ère de jeu

  • Salut les clopains
    « Un jour, je tombe sur un portrait des Beatles par Jean-Marie Périer : quatre têtes dans la pénombre, éclairées par la flamme de briquets. Je veux faire pareil. Je donne mon appareil à un copain et j’allume une clope. Le flash part. C’est raté. Je vais demander conseil à un photographe, avenue de l’URSS. Il m’explique comment faire. Je repars de chez lui avec un 24x36 russe en plastique. »

  • Labo aime
    « Au lycée Berthelot, je m’emmerdais pas mal. Comme j’étais attiré par le cinéma, j’ai commencé à fréquenter le ciné-club. Je n’ai pas trop accroché au travail collectif imposé par le cinéma, alors j’ai poussé la porte du club photo. J’ai aimé qu’on puisse tout y faire soi-même, et j’ai adoré la magie du labo et du tirage. C’est comme ça que tout à commencé. Cette photo date de cette époque-là. C’est une famille d’ouvriers agricoles qui travaillaient avec mon oncle. On se croirait à la Nouvelle-Orléans. Pourtant, on n’est pas loin de Muret. »

  • Mickey mouth
    « Ça, c’est un drôle de souvenir. J’avais acheté une souris sans rien dire à personne. J’ai prévenu ma femme : " Attention, je vais prendre une photo. Et surtout, ferme bien la bouche ! " Et juste avant de déclencher, j’ai posé la bête. La souris a vécu quelques temps dans ma poche, et puis un jour, elle est morte d’une overdose de beurre. »

  • Maître carré
    « Le carré, c’est mon truc. Je me sens bien dedans. Je vois en carré. Je commence par cadrer, et puis, tout doucement, je glisse jusqu’à trouver les lignes qui conviennent. Pour le portrait, ça permet d’entrer franchement dans les visages. Ici, c’est un portrait de José Cabanis, pour Libé. Il louait une chambre au centre-ville, dans une cour, pour y écrire. On voit la façade de la bâtisse dans ses lunettes. Cabanis détestait les photos. Il a fallu que je fasse vite. C’est toujours comme ça, la photo. On attend davantage avant et après qu’au moment de la prise de vue. »

  • Rétrospective introspective
    « J’aime le noir et blanc. Le vrai. Pas le noir et blanc qui se perd dans le gris, non, le véritable, contrasté, avec un vrai noir, un vrai blanc. Là, c’est Bebo Valdés, légende du jazz, photographié à Marciac. C’est un bon souvenir.
    Quand je revois mes images, le contexte remonte toujours à la surface. Parfois, comme ici, c’est agréable. D’autres fois c’est désagréable. Me plonger dans tout cela, pour préparer la rétrospective, a été éprouvant. Je suis content que ce soit fini. »

  • Le grand boum et Libé

  • Le grand boum et Libé

  • Le grand boum et Libé
    « Trois rugbymen du début des années 2000 : Jordana, Califano, Esposito. Une expo pour le Stade Toulousain. On a installé l’expo le 21 septembre 2001 à la brasserie du Stade. On accrochait les cadres quand AZF a explosé. Un grand boum. Autour de nous, les vitres ont volé en éclat, et puis mon téléphone a sonné. C’était Libé. Ils voulaient que j’aille faire des photos dans Toulouse. J’ai pas voulu. Le photoreportage, c’est pas mon truc. Ça ne l’a jamais été. »

  • Fab lab
    « J’ai un goût prononcé pour la mise en scène et la photo fabriquée. Je faisais cela même avant l’arrivée des ordinateurs. Soit j’apporte un élément perturbateur à une image existante, soit je retire un élément de son contexte. C’est une façon comme une autre de s’amuser, de jouer avec la réalité, et de s’échapper du quotidien. De composer avec la vie, en quelque sorte. Je fais partie de ces photo-
    graphes qui n’ont jamais voulu prendre des photos de famille, des images de leur vie quotidienne. Et le temps passant, parfois, je le regrette. »

Qui sommes-nous?

Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.