retour haut de page

INTERVIEW

Intelligence artificielle : « Nous sommes tous remplaçables par des puces à 10$ »

PAR Julie GUÉRINEAU | Photographie de Matthieu SARTRE
Temps de lecture 7 min

Depuis 40 ans, Simon Thorpe étudie le cerveau. En décortiquant les mécanismes qui nous permettent d’analyser les images, il est aussi devenu un pionnier de l’intelligence artificielle. Convaincu que les puces électroniques vont bientôt régner sur le monde du travail, le directeur du Centre de recherche cerveau et cognition (CerCo), rattaché à Paul-Sabatier et implanté à Purpan, alerte sur l’urgence de trouver un nouveau modèle social, et se bat pour un revenu de base inconditionnel.

Comment avez-vous commencé à travailler sur l’intelligence artificielle ?
Depuis 1977, j’étudie la façon dont le cerveau analyse les images. Quand vous voyez un animal, la Joconde, ou la tour Eiffel, vous savez en un dixième de seconde de quoi il s’agit. Et nous sommes capables de le faire avec des centaines de milliers d’éléments emmagasinés depuis l’enfance. En 1989, j’ai pressenti que pour être analysées par le cerveau, les images, transformées en signaux électriques, passaient par une série de neurones de plus en plus spécialisés, comme des filtres. Ces neurones se spécialisent en fonction de ce que vous voyez souvent et de vos besoins. Les singes, par exemple, ont un neurone sélectif dédié à la banane, mais pas au raisin, et un Toulousain en aura sûrement un pour le Capitole. Dans les années 1990, on a trouvé chez un participant à une étude, fan de Friends, un neurone Jennifer Aniston, qui ne servait qu’à la reconnaître.

À quoi a servi cette découverte ?
L’objectif premier était de comprendre le fonctionnement du cerveau. Mais depuis les années 1950, des scientifiques cherchent à créer une machine capable de reconnaître les gens et les objets. Pendant longtemps, ça a très mal marché. Les idées étaient là, mais les ordinateurs n’avaient pas la puissance de calcul nécessaire. Jusqu’en 2012, où un système a balayé tous les autres et enregistré un très faible taux d’erreur lors d’une compétition de reconnaissance d’objets. Il utilisait une série de couches de neurones, comme je l’avais…

Abonnez vous pour lire la suite
Lire la suite

Partagez

Qui sommes-nous?

Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.