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RÉCIT

Toulouse, la cité des têtes étirées

PAR Sarah JOURDREN | Photographie de Juliette MAS
Temps de lecture 5 min

Dans les sous-sols du Muséum reposent de drôles de crânes. Humains sans doute, difformes assurément ; ils appartenaient à des Toulousains et témoignent d’une époque pas si lointaine où l’on étirait volontairement le crâne des enfants. Jusqu’à la première Guerre mondiale, la pratique était si courante dans la région, que les anthropologues l’ont surnommée « déformation toulousaine ». C’est à peu près tout ce qu’on en sait à ce jour… mais ça n’empêche pas d’imaginer le reste.

Des mains gantées viennent de saisir les paquets emmaillotés qui dormaient dans une caisse bleue. Elles les installent sur la table et défont le ruban qui maintient le papier de soie, comme on déballe un œuf de Pâques. Pierre Dalous, le conservateur du Muséum de Toulouse, dévoile ainsi les reliques du passé toulousain, piochées dans ses immenses réserves : quatre crânes jaunis par le temps, allongés sur l’arrière, le front fuyant. On imagine sans peine des extraterrestres venus coloniser la Terre et se mêler aux Hommes. Ces étranges ossements sont pourtant ceux d’hommes et de femmes, récupérés au XIXe siècle dans les morgues des hospices toulousains par des médecins intrigués par leur forme. À cette époque, l’« anomalie » était encore fréquente dans la région. Si répandue que les observateurs la nommèrent « déformation toulousaine ».

 


« Dès le XVIIIe siècle, la physionomie particulière des Toulousains frappe les voyageurs, raconte Bertrand de Viviés, conservateur des musées et du patrimoine de Gaillac. Ils se rendent rapidement compte qu’elle est liée à un usage courant ici et jusqu’au Poitou : la déformation manuelle du crâne des nourrissons. » À la naissance, alors que la formation osseuse est encore malléable, le crâne des bébés est étiré vers l’arrière ou en hauteur, puis maintenu dans cette forme à l’aide d’une coiffe et d’un bandeau fixés par un long fil qui entoure et comprime la tête. En 1871, l’anthropologue Paul Broca présente devant la Société…

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Qui sommes-nous?

Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.