retour haut de page

CONVERSATION

Jean-Claude Sensemat, américain sans filtre

PAR Charles MATHIEU-DESSAY | Photographie de Matthieu SARTRE
Temps de lecture 15 min

Il ne s’est fait ni à la poutine, ni au hamburger. C’est Chez Alexandre, brasserie parisienne de la rue Peel, en plein Downtown montréalais, qu’il y a le plus de probabilité de croiser Jean-Claude Sensemat à l’heure du déjeuner. Ici, tout le monde l’appelle Jean-Claude. Son prénom est d’ailleurs gravé sur le couteau glissé dans sa serviette de table, un privilège réservé aux plus respectables des habitués de cette institution de la principale ville du Québec.
En prenant place, il souffle, irrité : « Le type au fond à droite est un ancien prêtre, il a été poursuivi en justice pour avoir violé des enfants ». Plus tard pendant le repas, les lumières s’éteignent et la salle entonne un timide « Bon anniversaire, nos vœux les plus sincères ». Constatant que c’est l’ancien prêtre qu’on célèbre, le Gascon siffle dans ses deux doigts à s’en décoller les poumons, et le conspue : « Ordure ! Connard ! ». Il sera le seul à élever la voix.
Dix ans après avoir quitté la Ville rose, l’ex-entrepreneur gersois, ancien consul d’Albanie à Toulouse, porte désormais passeport canadien mais n’a rien perdu de son franc-parler légendaire. Pour Boudu, il revient sur ses déboires avec la justice, l’aventure LIP, ses voyages de jeunesse en Asie ou ses médailles. Bref sur son passé sur les rives de la Garonne et sur son présent au bord du Saint-Laurent.

Vous ne faites plus parler de vous à Toulouse. Comment se porte Jean-Claude Sensemat ?

À merveille ! Je suis l’acteur de ma propre vie. J’ai la pêche. Je fais 3-4 heures de piscine par semaine et les affaires marchent bien. Mon fils est marié à une Québécoise et j’ai la chance d’être aujourd’hui grand-père de trois petits Québécois. Arrivé ici, j’ai investi dans l’immobilier à travers mon trust, Gestion Geneen. À partir de cette société, nous opérons en bourse exclusivement sur le marché nord-américain. Les rendements aux États-Unis montent à +11% en ce moment. En somme, nous avons réussi notre immigration, je suis content d’avoir quitté la France.

Vous n’avez plus d’affaires en France ?

Voilà presque deux ans, j’ai vendu la marque de montres LIP, que j’avais achetée en 1990. En France, j’ai encore de l’immobilier qui sert juste à me faire payer l’ISF. Mais je suis en train de vendre. Ça va représenter plus de dix actes notariés à Toulouse. En juin dernier, j’ai pris cette décision parce que je me suis rendu compte que je n’avais pas d’affect sur ces bâtiments. Je ne vais pas payer des impôts pour rien. Sans parler des coûts de succession qui sont immenses. Ces ventes vont me permettre de faire des investissements ici. Pour le business, la France, c’est trop compliqué.

Est-ce plus facile de faire des affaires ici ?

Non. L’Amérique du Nord c’est très dur. Si je n’avais pas eu les capitaux que j’ai amenés, que…

Abonnez vous pour lire la suite
Lire la suite

Partagez

Qui sommes-nous?

Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.