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ÉTAT DES LIEUX

Allo, la droite ?

PAR Jean COUDERC | Photographie de Matthieu SARTRE
Temps de lecture 6 min

Dix mois après sa débâcle aux élections législatives, la droite haut-garonnaise tente de se reconstruire dans la perspective des prochains scrutins. Dans un contexte incertain où les lignes politiques ont bougé et les alliances d’hier sont fragilisées par l’émergence de La République en Marche, état des lieux à un an des européennes, qui auront lieu en mai 2019.

De toute gueule de bois on finit par se remettre. Certaines sont toutefois plus longues que d’autres…même en politique. Ainsi du côté des Républicains 31, on ne cherche pas à minimiser l’onde de choc de la séquence électorale de 2017. Pierre Esplugas, son porte-parole, ne nie pas que la droite est encore groggy : « Je ne suis pas sûr que l’on soit remis du double choc de l’an dernier. On est en phase d’introspection et de reconstruction. Et elle est loin d’être achevée ! ».
Mais en ce jeudi 25 janvier, salle Barcelone, pour la traditionnelle cérémonie des vœux de la droite départementale, l’heure n’est plus aux pleurs. Requinquée par un déjeuner avec Nicolas Sarkozy l’avant-veille, la patronne de la Fédération des Républicains en Haute-Garonne reçoit ce soir-là la visite de Christian Jacob, le président du groupe LR à l’Assemblée.

« Il faudra élargir au-delà des Républicains pour conserver Toulouse en 2020. »
Pierre Esplugas, porte-parole des LR 31

Dans une salle bien remplie, surtout de cheveux blancs, Laurence Arribagé affiche un large sourire. Face à ses militants, l’adjointe au Capitole veut croire qu’elle a mangé son pain noir. Pour s’en convaincre, elle brandit comme un trophée les « 450 chèques reçus (en guise de renouvellement de cotisation) dans la boite aux lettres des Républicains depuis le 1er janvier », un score jamais atteint en si peu de temps d’après la patronne du parti. Une embellie qu’elle explique par l’élection de Laurent Wauquiez à la tête des LR en décembre : « Beaucoup attendaient un chef pour se remobiliser. Maintenant que c’est le cas, ils ont envie de se projeter vers le futur et de partir à l’assaut de nouvelles conquêtes ». Le discours se veut positif et au fond, quoi de plus normal de la part de la présidente locale qui tient à rappeler le cataclysme subi l’an passé : « Nous avons perdu des élections imperdables. Alors avoir fini l’année avec 2700 adhérents à jour de cotisation, soit le même nombre que fin 2016, je trouve que c’est pas mal. Ça prouve que le parti n’est pas mort ». Pas mort, peut-être, mais un peu déboussolé après le tsunami électoral de juin dernier et l’avènement de La République en Marche, et de son positionnement hybride.
Car si le nombre d’adhérents reste relativement stable, le parti semble ébranlé jusque dans ses fondations. Depuis la victoire d’Emmanuel Macron à l’élection présidentielle en juin 2017, la tentation est grande, dans la grande famille de la droite et du centre, de jouer sa partition individuelle au détriment du collectif.

Des mises en retrait stratégiques
Le maire de Balma Vincent Terrail-Novès, par exemple, a décidé de ne pas renouveler son adhésion dans la foulée du scrutin législatif. Neuf mois plus tard, l’ancien responsable des jeunes UMP de Haute-Garonne ne regrette rien : « Je peux juger les choses plus librement. Aussi bien l’action du gouvernement, lorsque celle-ci est bonne comme avec l’allègement de l’impôt sur les sociétés, que lorsque les propositions de la droite ne vont pas dans le bon sens. J’ai, aujourd’hui, un regard objectif ». L’ancienne étoile montante de la droite haut-garonnaise dresse un constat sévère du fonctionnement des partis traditionnels : « Un parti, c’est étriqué. On y est recroquevillé sur soi, il faut faire attention à ce que l’on dit. J’en avais marre de ce fonctionnement. Sans compter que nos préoccupations, trop centrées sur des querelles de chefs, me paraissaient assez éloignées de celles des Français ».
Une décision que son ancienne présidente dit comprendre dans la perspective du futur scrutin municipal : « Vincent pense avant tout à sa ville. Il essaie d’être le maire de tous les Balmanais. Je respecte son choix ».
Terrail-Novès ne nie pas le calcul politique : « Moi, j’ai un mandat local. Et s’occuper d’une ville de 17 000 habitants avec la contrainte de l’étiquette, c’est réduire son champ d’action ». Pour garder son fauteuil en 2020, le tombeur d’Alain Fillola estime ne pas (plus) avoir besoin de l’appareil politique : « J’aurai un bilan à défendre, point final. Je n’aurai pas besoin de l’appui des Républicains pour être réélu ».
D’autres sont allés plus loin que le maire de Balma en ralliant le nouveau parti majoritaire, comme Jennifer Courtois-Périssé, maire de Rieumes et conseillère régionale LR, ou Dominique Faure, première magistrate de Saint-Orens et vice-présidente de Toulouse Métropole en charge du développement économique. Membre du Parti radical valoisien et candidate sous la bannière UDI lors des élections législatives de juin dernier, l’ancienne championne de tennis justifie son choix : « L’élection d’Emmanuel Macron a mis à mal le traditionnel clivage gauche-droite au profit de nouveaux clivages sur l’Europe, la laïcité, l’immigration, la liberté d’entreprendre ou la protection sociale ». Celle qui dit avoir toujours été de centre droit prophétise même la fin des partis traditionnels : « Cela prendra du temps, mais les exclusions, les clivages, les sifflets n’intéressent qu’une infime minorité de militants ». Une chose est sûre, en 2020, la donne sera différente pour celle qui avait ravi la mairie de Saint-Orens à la gauche en ayant réussi à fédérer l’ensemble de la droite et du centre.
« Je serai une tête de liste LREM avec des LR, des radicaux, des marcheurs, des modems, des personnes de sensibilité écologiste et socialiste s’ils le souhaitent … et puis surtout des personnes issues de la société civile comme en 2014. »

« Beaucoup attendaient un chef pour se remobiliser. Maintenant que c’est le cas, ils ont envie de se projeter vers le futur et de partir à l’assaut de nouvelles conquêtes. »
Laurence Arribagé, présidente de la Fédération LR 31

Un positionnement ambigu vis-à-vis de LREM ?
En tant que gardienne du temple, Laurence Arribagé ne l’entend forcément pas tout à fait de la même oreille : « Aujourd’hui, en tant que présidente de parti, je suis dans l’opposition à Macron, très clairement. Il n’y a pas de sujet là-dessus. Ma mission est de constituer des listes de droite et du centre. Et partout où je pourrai faire des listes face à des marcheurs, je le ferai. Même si je ne peux pas exclure que, marginalement, pour battre les socialistes, il y ait des listes avec des marcheurs ».
L’engouement pour LREM ? Un feu de paille pour l’ancienne députée de la 3e circonscription de Haute-Garonne, fière de ne pas avoir succombé aux sirènes macronistes lors des législatives : « Je ne le regrette pas. Même si parfois, elle fait des choses dont j’ai un peu honte, la droite est ma famille politique et je n’en ai pas d’autre ».
À ceux qui pensent que les partis traditionnels sont moribonds, elle oppose l’extrême fragilité du mouvement présidentiel : « Il a beaucoup de mal à se structurer en Haute-Garonne. LREM est très lié à la chance, au talent et à la personnalité de Macron. Mais l’alignement des planètes n’arrive qu’une fois. Et puis les candidats aux municipales ne vont pas pouvoir mettre la tête de Macron sur les affiches comme pour les législatives ».
Pierre Esplugas reconnaît néanmoins que l’irruption de la République en marche dans le paysage a bouleversé l’équilibre des forces. Et qu’aujourd’hui, il faut apprendre à composer : « À la mairie, dans notre majorité, on travaille avec des LREM et ça se passe plutôt bien. On n’est donc pas dans une logique frontale ». Faudra-t-il s’allier avec le parti présidentiel en 2020 ? L’adjoint en charge des musées au Capitole, qui vient de rejoindre Libres !, le mouvement créé par Valérie Pécresse tout en demeurant chez les LR, s’en sort par une pirouette : « Il faudra élargir au-delà des Républicains pour conserver Toulouse en 2020 ». Une stratégie déjà utilisée par Jean-Luc Moudenc en 2014 pour conquérir le Capitole. Pas question donc, pour le président de la Métropole, de s’immiscer dans la logique des partis. Mais pas question non plus d’opérer un choix aussi radical qu’Alain Juppé, qui a annoncé son départ des LR en janvier. « Je n’oublie pas mes amis des LR », glisse-t-il, soucieux de ne pas froisser ceux dont il était le président il n’y a pas si longtemps. Une logique comprise par l’ensemble des membres de la droite haut-garonnaise… jusqu’à un certain point.
Pour Jean-Marie Belin, référent de François Fillon dans le département lors des primaires, les difficultés traversées par la droite haut-garonnaise doivent beaucoup à l’ambiguïté de ses chefs : « La droite existe bel et bien dans notre département, mais elle n’est pas visible parce qu’elle n’est pas incarnée. Personne n’a la fierté de la porter ! Pourquoi ? Parce que le maire, la 1ère personnalité, a choisi de ne pas l’incarner. C’est pourtant bien le président de l’UMP qui a été élu au Capitole il y a quatre ans ».

Plus de visibilité depuis l’élection de Wauquiez
Maxime Boyer a beau avoir été le président du comité de soutien de Laurent Wauquiez durant l’élection interne au parti, il n’en prend pas moins la défense du maire de Toulouse : « Au sein des LR, il participe au débat, il fait entendre sa voix. Sa position est très claire : il incarne une sensibilité centriste, européenne, avec une priorité donnée aux intérêts de Toulouse, ce qui le conduit à discuter avec les gouvernements en place pour défendre les intérêts locaux. »
Xavier Spanghero, qui a démissionné de son poste de délégué de la 5e circonscription, regrette quant à lui que le calcul électoral occulte tout le reste : « On a une fédération qui penche vers le centre et qui serait même plutôt pour une alliance avec Macron. Mais avant que l’on se dilue dans une grande coalition, je voudrais que l’on existe par nous-même. Tous ces sympathisants qui sont partis chez Macron ou au FN, il faudrait qu’on aille les chercher avant de discuter des alliances ». Pour celui qui se dit très satisfait de l’élection de Laurent Wauquiez à la tête du parti, c’est en assumant ce qu’elle est que la droite se reconstruira : « Pendant longtemps, on a dit tout et son contraire aux LR. Wauquiez nous permet d’avoir un discours plus clair. Et c’est cette ligne qui nous a permis de gagner récemment deux élections partielles et qui nous permettra d’être le premier opposant à Macron ». La critique à l’égard de l’état major de la Fédération 31 est à peine voilée.
Et partagée par Nicolas Bonleux, conseiller national LR et opposant déclaré à Laurence Arribagé, à l’origine de Ligne Droite, sorte de think tank créé pour « élaborer le logiciel politique de la droite nouvelle ». « Macron a donné l’illusion à un certain nombre de gens que l’on pouvait se passer des partis. Mais la défaite de 2017 est un accident dû à sa grande habileté tactique. Les partis centristes courent à leur perte. Et la famille républicaine va finir par les absorber ». Et pour y parvenir, il appelle de ses vœux à un coup de barre à droite : « Notre fédé a beaucoup trop de sympathie pour LREM alors que c’est un

« Un parti, c’est étriqué. On y est recroquevillé sur soi, il faut faire attention à ce que l’on dit. J’en avais marre de ce fonctionnement. Aujourd’hui, je peux juger les choses plus librement. »
Vincent Terrail-Novès,
maire de Balma

parti qui a des valeurs qui ne sont pas les nôtres. On devrait le dire beaucoup plus clairement ».
Pour Xavier Spanghero, comme pour d’autres membres de la droite locale, la nette élection de Wauquiez au scrutin interne aurait dû clore le débat. C’est notamment le cas de Jean-Marie Belin, pour qui les leaders de la droite locale ne sont plus représentatifs de leur propre électorat : « Wauquiez a réalisé 76% des suffrages en Haute-Garonne, un score plus élevé qu’au national, alors qu’aucun leader local ne le soutenait. Cette droite dispersée n’a pas la parole mais exprime, par ses votes, son refus d’alliances pas claires et de ralliements déguisés ». Pas surprise par le score élevé réalisé par celui qui avait pour slogan « La droite est de retour », la chef des Républicains dans le département n’entend pas pour autant céder à une dérive droitière : « C’est vrai qu’en Haute-Garonne, ce sont des adhérents purs et durs, qui se reconnaissent dans une position musclée. J’ai toujours dit que je respectais ceux qui avaient une sensibilité plus à droite que moi, mais qu’en ce qui me concerne, j’étais plus modérée. » Taper sur le gouvernement ? Oui… mais pas tous azimuts. « Ceux qui veulent passer leur temps à le faire, qu’ils se présentent face à moi lors des élections d’octobre prochain », prévient-elle.
Laurence Arribagé peut compter sur des soutiens au sein de la Fédé 31, comme Damien Laborde, conseiller municipal de Colomiers : « On ne peut pas faire comme si rien ne s’était passé : Macron a réussi à créer une attente chez les Français en mettant fin au dogmatisme politique de notre pays. C’est une bonne chose. En tant qu’élu local, on doit avoir un dialogue ouvert et constructif avec le gouvernement. Il faut respecter l’issue du scrutin ».

Des centristes pas convaincus
Soucieuse que les tenants d’une ligne plus proche de celle de Valérie Pécresse, qu’elle a soutenu lors de la fondation de son mouvement, « puissent rester dans la famille », elle ne ferme pas non plus la porte aux alliés historiques comme l’UDI ou le Modem : « Je ne sais pas s’il faut s’allier avec eux, mais nous sommes ensemble dans la majorité à Toulouse. Et notre parti est plus fort quand il a la droite et le centre ». Du côté des centristes, on attend d’avoir quelques gages avant de se positionner. Si Pierre Médevieille, sénateur de Haute-Garonne et président de l’UDI 31, reconnaît que la Fédération 31 est composée « de gens avec lesquels on peut discuter », il n’en demeure pas moins vigilant depuis l’élection de Wauquiez : « Les contenus idéologiques ont bougé à droite. Aux LR, ils sont en train de clarifier leur position. Et il est sûr que je me sens plus proche de LREM que de la droite forte ».
Au Parti radical valoisien, depuis la fusion avec le PRG, on ne veut plus être comptabilisé parmi les partis de droite. « Le centre n’est plus à droite », assure Jean-Jacques Bolzan, référent départemental du mouvement radical avec Pierre-Nicolas Bapt après avoir été à l’UMP dans les années 2000 puis à l’UDI plus récemment. « Cela a vécu. Le changement, c’est que de plus en plus, on raisonne en termes de projet et non plus de parti. » L’homme a beau être adjoint à la mairie de Toulouse et bien s’entendre avec Laurence Arribagé, pas (plus ?) question de faire acte d’allégeance au grand frère. « Notre objectif est de créer un centre indépendant. Il est donc trop tôt pour parler d’alliance. » Un avis partagé au Modem par sa présidente départementale Marthe Marti qui se réjouit de l’avertissement lancé par les Français aux partis politiques traditionnels l’an passé. Et ne boude pas son plaisir d’être, en quelque sorte, dans la position du faiseur de rois : « D’ici 2020, il peut encore se passer beaucoup de choses. La droite se reconstruit, la gauche aussi. Nous, on est indépendants. Et je suis sûre qu’il y aura une option centrale forte… ».

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Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.