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DANS L'AIR

Ma thèse en 180 secondes : Science top chrono

PAR Julie GUÉRINEAU | Photographie de Matthieu SARTRE
Temps de lecture 4 min

En quelques secondes, ils savent sublimer les bactéries, humaniser un bâtiment ou redonner espoir à un sourire sans dents. Eux, ce sont les trois doctorants toulousains qui ont remporté la sélection régionale de « Ma thèse en 180 secondes ». Ou comment résumer plusieurs années de travail le temps de la cuisson d’un œuf à la coque. En avril, deux d’entre eux tenteront de se qualifier pour la finale nationale qui se déroulera à Toulouse en juin prochain.

LE NETTOYEUR
Clément Fabre
Votre thèse en moins de 18 secondes ?
J’étudie comment les grandes rivières se nettoient naturellement. Et plus particulièrement comment certaines bactéries absorbent les nitrates rejetés par l’agriculture. L’objectif, c’est de comprendre avec des modèles mathématiques quelle quantité de polluants la nature peut recycler d’elle même et évaluer où nous en sommes par rapport à ce potentiel. En gros, j’utilise les maths pour sauver la planète !
Faut-il vulgariser la science ?
C’est indispensable. Il y a un gros problème de communication entre la recherche et le grand public. Les chercheurs ont du mal à expliquer clairement ce qu’il font. Et si des notions comme le réchauffement climatique sont mal comprises par certains, c’est notamment parce qu’on n’utilise pas les bons mots. Nous devons apprendre à utiliser des termes et des images claires pour expliquer ce que l’on fait.
N’est-ce pas frustrant de résumer en 3 minutes le travail de plusieurs années ?
Au contraire, ça permet de prendre du recul sur sa thèse, dont même les intitulés sont souvent incompréhensibles, et de se recentrer sur les retombées concrètes qu’elle pourrait avoir.
Votre rêve scientifique ?Je rêve que tout le monde aime les maths, sache que ça n’a rien à voir avec ce qu’on apprend à l’école, et se rende enfin compte qu’elles peuvent sauver la planète.

 

 

LE BÂTISSEUR
Théo Henriel
Votre thèse en moins de 18 secondes ?
Aujourd’hui, tout est propice à la rénovation des bâtiments : les techniques sont au point, la réglementation favorable, etc. Pourtant, on rénove trop peu. Parce qu’on réfléchit trop en termes de techniques et de matériaux, mais on prend très peu en compte les facteurs humains. Avec des mathématiciens, des ingénieurs, et des sociologues, nous cherchons à comprendre ces leviers sociaux ou économiques, comme l’âge ou les capacités financières des habitants, pour favoriser les programmes de rénovation.
Faut-il vulgariser la science ?
Oui, c’est très important. La vulgarisation permet de valoriser toute la diversité des domaines de recherche et leurs applications, largement méconnues en France. Et de montrer que non, nous n’avons pas tous des blouses blanches et des éprouvettes.
N’est-ce pas frustrant de résumer en 3 minutes le travail de plusieurs années ?
Du point de vue du chercheur, si. On aimerait pouvoir tout raconter en détails. Mais quand on se met dans la peau du public, on se rend compte que 180 secondes, c’est déjà long. Et ça demande tellement de travail de capter et maintenir leur attention pendant 180 secondes que, finalement, il ne faudrait pas que ça dure plus longtemps !
Votre rêve scientifique ?
Qu’on n’étudie plus les bâtiments seulement en tant qu’objets techniques purs et durs, mais en tant que logements, avec un facteur humain.

 

LE CICATRISEUR
Camille Pierre
Votre thèse en moins de 18 secondes ?
Aujourd’hui, avant de pouvoir poser une fausse dent, il faut attendre 3 à 6 mois que l’os de la mâchoire ait cicatrisé autour de l’implant. Je cherche comment fabriquer un revêtement en phosphate de calcium semblable à l’os autour de ces vis. Le matériau, en se dissolvant, diminuerait le temps de cicatrisation de l’os d’environ 50 %. L’idée serait d’y ajouter ensuite un élément antibactérien pour lutter contre les infections post-opératoires.
Faut-il vulgariser la science ?
Oui. Il faut désacraliser l’image du chercheur fou, qui travaille seul dans son laboratoire. Vulgariser, ça permet aussi d’expliquer au public – et à ses proches – ce qu’est une thèse, et ce qu’on fait de notre vie.
N’est-ce pas frustrant de résumer en 3 minutes le travail de plusieurs années ?Non, pas vraiment. C’est largement suffisant. En 10 minutes, on donnerait trop de détails pour un public qui ne connait pas le sujet. C’est bien moins frustrant qu’une conférence de 20 minutes devant des spécialistes à qui on n’aurait pas le temps de tout détailler. Et puis quand on est dans sa thèse, on a la tête dans le guidon. Simplifier le discours, ça nous aide à nous recentrer sur ce qui est le plus important.
Votre rêve scientifique ?
Pouvoir imprimer des organes ou de la peau en 3D. Mais ça poserait des problèmes éthiques, notamment sur l’infinité de la durée de la vie.

 

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Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.