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MARATHON DES MOTS

Bébel vs. Pessoa, l’impossible choix

PAR Sébastien VAISSIERE
Temps de lecture 4 min

Dans la programmation du Marathon des mots 2018, qui convoque dans un geste aussi ample que celui du Christ du Corcovado les littératures lusophones portugaise, brésilienne, angolaise et capverdienne, Boudu a élu ses favoris. Projection de L’Homme de Rio en plein air, et lecture de Livre(s) de l’inquiétude de Pessoa. D’un côté un film culte qui met la patate, de l’autre un sommet de la littérature qui fout le bourdon. Deux œuvres majeures opposées et complémentaires, à propos desquelles on vous dit l’essentiel, des fois que vous ne voudriez ni voir, ni lire, mais la ramener quand même.

 

L’histoire
Adrien Dufourquet, conscrit en permission, rejoint sa fiancée à Paris. Elle est enlevée sous ses yeux et embarquée de force dans un avion à destination de Rio. Dufourquet embarque lui aussi, sans arme ni bagage, à la poursuite des ravisseurs.

 

Tintin sans Tintin
Longtemps, de Broca a rêvé d’adapter Tintin au cinéma, avant d’y renoncer pour des questions de droits et parce qu’il trouvait les aventures de Tintin trop pauvres en personnages féminins. L’Homme de Rio est ainsi truffé de références et de plans calqués sur des cases d’Hergé. Pour les tintinophiles éclairés, le film de de Broca est, d’une certaine manière, la meilleure adaptation de Tintin jamais tournée.

 

Neuf fois Steven Spielberg
L’Homme de Rio est un des films préférés de Spielberg. Il a confié l’avoir vu neuf fois et s’être largement inspiré de ses éléments clefs pour écrire Les Aventuriers de l’Arche perdue.

 

Chorando sim
Il faut, à la 23e minute du film, alors que Belmondo erre, hagard, dans les rues animées de Rio, prêter attention à la chanson Chorando sim qui l’accompagne. Œuvre du compositeur de musique populaire brésilienne Almeidinha, elle est un absolu de saudade et un must de bossa nova, dont la reprise en 2016 par Pauline Croze n’atteint pas les sommets de la version originale.

 

Héroïque fantaisie
Le leitmotiv de L’Homme de Rio, c’est la fantaisie. Fantaisie de sa genèse, puisque le film est né d’une bravade de Belmondo et de Philippe de Broca qui, sortis du tournage froid et pluvieux de Cartouche voulaient tourner le film suivant au soleil. Fantaisie de son scénario, invraisemblable fuite en avant où les héros à pied vont plus vite que les méchants en voiture. Fantaisie de l’époque, tellement ces deux heures de cinéma exsudent l’insouciance des 60’s. Fantaisie de Françoise Dorléac qui, entre deux jours de tournage, passait la nuit à bringuer en boîte, et dont le manque de sommeil accroît la démence et le charme. Fantaisie de Belmondo, héros accessible et copain universel, qui est, deux heures durant, ce que tout individu normalement constitué rêve d’être toute sa vie : libre, amoureux et déserteur.

 

L’Homme de Rio de Philippe de Broca (1964).
Scenario Alexandre Mnouchkine.
Avec Jean-Paul Belmondo et Françoise Dorléac. Nommé aux Oscars 1964 dans la catégorie Meilleur scénario.

Au Marathon des Mots :
Projection en plein air le 29 juin à 22h au Parc Duroch (Colomiers),
et le 30 juin à 22h au Port de la Daurade (Toulouse).
Table ronde Boudu Conf’ animée par la rédaction de Boudu, le 30 juin à 16h, avec la présence exceptionnelle du premier assistant réalisateur du film, Olivier Gérard, à l’Ostal d’Occitània, rue Malcousinat.

 


L’histoire
Pessoa, auteur lisboète ignoré de son vivant et mort en 1935, avait abandonné dans une malle des textes épars qu’il destinait peut-être à une gloire posthume. En 1982, on exhuma ces fragments pour en faire un livre. On en lit aujourd’hui une version très proche du dessein initial de l’auteur, signée de trois de ses hétéronymes (sortes de doubles littéraires dotés chacun de biographies, styles et caractères propres). Ni histoire, ni trame narrative, mais une peinture lucide et désespérée du monde, servie par un style d’une classe immense et d’une grande portée philosophique. Pour faire simple, Pessoa, c’est Hermann Melville qui aurait avalé Emmanuel Bove.   

 

Mon nom est personne
En portugais, pessoa signifie « personne », ce qui est tout de même curieux pour un auteur qui a produit des textes sous plus de 70 pseudonymes, hétéronymes et signatures différentes.

 

La touche toulousaine
Si la prose de Pessoa en français divise les savants, les traductions de ses œuvres poétiques mettent tout le monde d’accord. Elles sont l’œuvre du poète et essayiste toulousain Patrick Quillier, professeur de littérature comparée à la fac de Nice. C’est lui, notamment, qui a dirigé et traduit l’édition des poèmes de Pessoa dans la Pléiade en 2001.

 

Pourquoi il faut le lire
Aussi vrai qu’on oublie parfois son numéro de carte bleue à la caisse, il arrive qu’on omette de mentionner Pessoa dans la short-list des auteurs majeurs de la littérature mondiale. C’est d’autant plus navrant que Livre(s) de l’inquiétude n’est pas une somme au génie dilaté comme La Recherche du temps perdu ou Ulysse de Joyce, mais un chef d’œuvre concentré, contracté comme une sangle abdominale soumise aux décharges électriques d’une machine à muscler. On peut l’ouvrir à toute heure et à n’importe quelle page, pour jouir d’un fragment de texte époustouflant à peine plus long qu’une liste d’allergènes sur un paquet de Chocapic.

 

Traddutore, tradditore
La traduction de Pessoa est propice aux querelles de spécialistes. Pendant près de 35 ans, le titre français de ce chef d’œuvre posthume de Pessoa a été « Le livre de l’intranquillité » (interprétation alors très critiquée du portugais Livro do Desassossego). Il ressort cette année revu, augmenté et restructuré par la spécialiste de Pessoa Teresa Rita Lopes, et intitulé : « Livre(s) de l’inquiétude ». Un détail révélateur de la difficulté de saisir à la fois le portugais, le Portugal et l’âme de Pessoa.

 

Livre(s) de l’inquiétude (ou Livre de l’intranquillité) de Fernado Pessoa. Œuvre posthume composée de fragments de textes, pensées et aphorismes.
Publiée en 1982 et traduite en français en 1988. Nouvelle traduction sortie en 2018 chez Christian Bourgois.
Au Marathon des Mots :
Denis Lavant lit Livre(s) de l’inquiétude le 28 juin à 20h30 au Théâtre du Capitole.
Table ronde Boudu Conf’ animée par la rédaction de Boudu le 29 juin à 16h , à l’Ostal d’Occitània, rue Malcousinat.

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Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.