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PORTRAIT

Isabelle Hardy : l’adieu à la rose

PAR Jean COUDERC | Photographie de Matthieu SARTRE
Temps de lecture 4 min

Certes, quitter le Parti socialiste ne constitue pas, par les temps qui courent, un immense acte de courage. Rejoindre Génération.s, le parti de Benoît Hamon, est en revanche plus aventureux. C’est pourtant le choix qu’a fait Isabelle Hardy, ancienne adjointe au commerce de Pierre Cohen, au printemps dernier. Cela valait bien une petite explication.

Inutile de les dissimuler, ils se voient comme le nez au milieu de la figure. Quoi ? Les sourires, voire les moqueries à l’évocation du supposé risque pris par Isabelle Hardy en quittant le PS.  Un peu comme choisir le Goncourt comme livre de vacances, aller dîner chez Michel Sarran sans connaître le menu ou bien parier sur une poursuite de la grève de la SNCF après l’été. Soyons honnête, quitter le Parti socialiste ne paraît pas, pour le commun des mortels, relever de la plus grande audace. En apparence. Car si la formation à la rose a touché le fond au printemps 2017 et qu’elle tarde à retrouver de sa superbe, bien malin qui peut dire qu’il ne faudra pas compter sur elle dans les années à venir. En particulier en Haute-Garonne, où elle détient encore, en sus du Conseil départemental, quelques mairies stratégiques.

Ces considérations, Isabelle Hardy n’en a pourtant pas tenu compte à l’heure de tirer sa révérence du PS. L’ancienne adjointe au commerce de Pierre Cohen assure même n’avoir pas hésité avant de prendre sa décision. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’elle dit ne plus se reconnaître dans le parti désormais dirigé par Olivier Faure. « Certains militants nous ont reproché notre décision. Je ne pensais pas quitter le PS. Mais les choses se sont accélérées durant les primaires. Quand j’ai entendu Delanoë dire que le programme de Hamon était dangereux… » Contrairement à d’autres, elle n’a pas cru au redémarrage, notamment après une préparation de congrès qui « s’est faite dans l’entre-soi alors qu’il aurait fallu ouvrir ».

 

Pierre Cohen en mentor

Radicale Isabelle Hardy ? Ce n’est pas, à première vue, ce qui caractérise le mieux celle qui fête ses cinquante ans cette année. Née dans une famille de gauche « non militante », elle s’intéresse à la politique durant sa jeunesse. Sans plus. Son travail, après des études supérieures à l’école de commerce de Toulouse (TBS), puis un master 2 en droit et communication dans les technologies de l’information, l’innovation et la communication au service des collectivités, l’a fait côtoyer de près les élus. De là à imaginer prendre leur place, il y a un pas qu’elle ne s’imagine pas franchir jusqu’à ce que Pierre Cohen lui propose de figurer sur sa liste lors du scrutin municipal de 2008. Une proposition qu’elle accepte tant le challenge est grand : « Personne ne misait sur la réussite de Pierre », rappelle-t-elle.

Propulsée adjointe en charge du commerce et de l’artisanat à l’issue d’une campagne de terrain où elle s’implique autant qu’elle s’épanouit, elle découvre vite l’ampleur de la tâche : « Je n’ai pas vu ces 6 ans passer. Cela a été une passion, le fait d’apporter ma petite pierre à l’édifice m’a beaucoup plu. Mais je n’imaginais pas que ce serait un tel investissement : les attentes des citoyens, les inaugurations, les réunions publiques, on a beau en faire 3 par semaine, ce n’est jamais assez ! Mais j’ai adoré la démocratie locale, le fait de sortir de sa zone de confort, de prendre des risques ». Car pour Isabelle Hardy, le risque est omniprésent dans le quotidien d’un élu : « Quand, au bout du compte, tu décides, tu prends le risque de ne pas satisfaire tout le monde. Moi qui étais un peu consensuelle, ça m’a appris à dire non ».

 Si les valeurs de gauche ne reviennent pas au pouvoir, on court à la catastrophe. Car il y a beaucoup de gens qui souffrent.

En parallèle, elle découvre le militantisme au sein d’un parti, le PS. « J’ai adhéré non par obligation, mais par conviction et par besoin de me nourrir d’idées, de fondamentaux. Parce qu’en tant qu’élu, il faut avoir une vision politique. Je l’ai compris au contact de Pierre Cohen. » Sauf qu’au moment où elle prend sa carte, les murs commencent à se lézarder au sein de la maison socialiste. Légitimiste, elle joue néanmoins le jeu de l’unité et refuse la tentation de la fronde. Le déclic, comme pour beaucoup, sera la loi El Khomri, mais aussi la « non remise en cause de la fin du mandat d’Hollande ». Alors lorsque Benoît Hamon se présente aux primaires, elle n’hésite pas longtemps avant de choisir son camp : « J’ai été très séduite par ses grandes orientations, sa vision du travail, de l’écologie, l’impact du numérique, le revenu universel… Et puis j’ai besoin de gens qui vont au bout de leurs convictions, qui ont du courage politique ». Elle voit d’ailleurs des similitudes évidentes avec son mentor en politique, l’ancien maire de Toulouse, qui a lui aussi rejoint Génération.s. « Peut-être n’aurions-nous pas perdu en 2014 si nous avions pris moins de risques durant le mandat, ose-t-elle. C’est sûr que Moudenc, c’est l’anti-thèse de Cohen : il fait beaucoup de clientélisme. »

 

Besoin d’audace

Une chose est sûre pour la porte-parole du mouvement de Hamon au Conseil municipal de Toulouse, ce n’est pas dans la tiédeur qu’on réconciliera la population avec la politique. Et de déplorer le manque d’audace de ses acteurs : « Le revenu universel, c’est audacieux. Hamon, ça semblait utopique. Mais tout ce qui est visionnaire fait peur. Regardez les congés payés. Si les valeurs de gauche ne reviennent pas au pouvoir, on court à la catastrophe. Car il y a beaucoup de gens qui souffrent ».

Idem au niveau local : « La piétonisa-tion de la rue d’Alsace à Toulouse, c’était pas gagné ! Aujourd’hui, personne ne reviendrait en arrière. Le BHNS, on s’est peut-être trompés sur la méthode, mais il fallait le faire ». Piquée par le virus de la politique, elle n’ignore pas avoir choisi un chemin semé d’embûches pour revenir aux affaires : « On m’a mise en garde mais je ne croyais plus au projet du PS. Alors à quoi bon faire semblant ? ». Convaincue que la reconquête de Toulouse se fera par la gauche, elle ne cache pas son désir d’en être… à condition que le projet tienne la route : « La gauche ne pourra gagner que si elle est rassemblée et que l’accord est politique et non technique ». Sinon, Isabelle Hardy continuera son bonhomme de chemin au sein d’Ad’Occ, l’agence régionale de développement économique. Sans aigreur, c’est promis. « La politique, ce n’est pas une fin en soi », assure-t-elle. 


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