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La revanche des villes moyennes

PAR Jean COUDERC et Julie GUÉRINEAU | Photographie de Matthieu SARTRE
Temps de lecture 15 min

Vingt ans, ou presque, que les gouvernements et les élus locaux appellent à une meilleure répartition de l’activité sur le territoire. Sinon que dans le même temps, le concept de métropolisation a fait irruption dans le paysage. Présentée comme indispensable pour être compétitif dans le concert européen, voire mondial, elle a relégué le sujet au second plan. Reste que l’émergence de ces superpuissances territoriales n’a pas été sans conséquences sur la qualité de vie dans ces nouveaux grands ensembles, en particulier du point de vue de la mobilité et de la pollution. Si bien qu’aujourd’hui, Région, État et Métropoles tirent la sonnette d’alarme et affichent leur détermination à encourager le développement des villes moyennes en Occitanie. Mais n’est-ce pas (déjà) trop tard ?

Il s’agit d’un serpent de mer aussi célèbre que celui de la réduction des gaz à effets de serre ou du trou de la sécu. Vingt ans que les élus de tous bords s’accordent à dire que l’aménagement du territoire ne peut/doit plus se concentrer autour de grands ensembles urbains, sous peine de se retrouver confrontés à de graves problèmes sociaux et environnementaux. Aussi lorsque Carole Delga, dans ses vœux de début d’année, mentionne parmi les chantiers prioritaires le développement des villes moyennes en Occitanie, l’annonce ne fait pas l’effet d’un scoop.

À Narbonne, on mise avant tout sur le tourisme.

Sauf qu’un élément semble désormais mettre tout le monde d’accord : le quotidien dans les métropoles est (presque) devenu invivable. Problèmes de transport, de stationnement, de places en crèches, de logements, de chômage, de pollution : la liste des contraintes liées à la congestion des grandes métropoles ressemble à un inventaire à la Prévert. Si la situation ne date pas d’hier, le seuil critique semble atteint. Pis, le phénomène risque fort de s’accroître vues les prévisions de l’Insee, comme le rappelle l’ancien préfet Pascal Mailhos, qui vient juste d’être nommé préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes : « L’Occitanie deviendra la 3e région sur 13 à la fin du quinquennat (5e aujourd’hui, ndlr). La concentration des habitants et des emplois menace à terme l’avenir même des métropoles qui devront faire face à une thrombose urbaine, à la pollution, au renchérissement du coût du foncier et du logement… ». Il devient donc urgent d’agir. Un avis partagé par la présidente de Région Carole Delga pour qui, à l’exaspération des habitants générée par la congestion des métropoles, s’ajoute l’enjeu environnemental : « Il est nécessaire pour des questions de qualité de vie, mais aussi de transmission d’un patrimoine, de changer de modèle de consommation, notamment en termes de foncier et de ressources naturelles. Sur les 52 000 nouveaux habitants accueillis chaque année en Occitanie, il y a une trop forte concentration sur l’aire urbaine toulousaine ou montpelliéraine ».

Les leçons du passé

Changer de paradigme, cela commence, pour l’ancienne secrétaire d’État au Commerce et à l’Artisanat de François Hollande, par tirer les leçons du passé : « On sait aujourd’hui que l’exode rural, un temps vécu comme une panacée, doit être stoppé. Il faut tout faire pour trouver un équilibre territorial de qualité, c’est-à-dire avoir des relais de croissance et d’équipements sur tout le territoire ». Sans pour autant donner l’impression de faire machine arrière. Un exercice jugé délicat par l’ancien préfet de Région qui estime que ce serait une erreur d’opposer les métropoles aux villes moyennes, même si celles-ci sont souvent présentées comme victimes du phénomène de métropolisation : « Il faut s’assurer que les métropoles demeurent les locomotives du développement des aires urbaines car il est indiscutable qu’elles sont le moteur de l’attractivité de la région ».

Une vision à laquelle souscrit Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse et président de Toulouse Métropole : « La métropolisation est un phénomène mondial. Vouloir le contrarier ou l’arrêter serait une vue de l’esprit. En réalité, et contrairement à une idée reçue, les métropoles ne sont pas en concurrence avec les villes moyennes ou les zones rurales. Quand une entreprise importante hésite sur son lieu d’implantation, elle hésite entre deux métropoles ».

Du côté des principaux intéressés, c’est-à-dire des maires de ces villes moyennes, on partage cet avis, comme Jean-Marc Vayssouze-Faure, le premier magistrat de Cahors : « Toulouse ne peut pas absorber toute la dynamique. Mais on a besoin qu’elle rayonne, qu’il y ait des clubs sportifs de haut niveau, de grands festivals, qu’elle se distingue au niveau national et européen. Parce que derrière, on en bénéficiera ».

En une trentaine d’années, Tarbes a vu disparaître 8 000 emplois industriels et partir 10 000 habitants.

Faire bénéficier de l’attractivité de la Métropole l’ensemble du territoire, tel est l’enjeu. Pour Nadia Pellefigue, vice-présidente de la Région en charge du développement économique, les premiers bénéficiaires d’une meilleure répartition seront les métropoles elles-mêmes : « Si l’on continue d’y concentrer l’ensemble de l’activité, on va se retrouver confrontés à des problématiques de qualité de vie qui finiront par constituer un frein au développement de nos métropoles. Depuis Martin Malvy, on a toujours eu une politique de développement des villes moyennes mais aussi des petites villes. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle on a mis en place les Contrats régionaux uniques (CRU) ».

Régler le problème de main d’œuvre

Des contrats qui ont notamment donné naissance aux schémas régionaux d’enseignement et de recherche, avec la mise en place des sites dits d’équilibre à Cahors, Foix, Rodez ou Albi. Une réussite, de l’avis de tous. « Il y a par exemple une école des Mines à Alès, à Tarbes et à Albi. On voit bien le lien de causalité avec les bassins industriels », argumente l’élue. L’objectif étant de renforcer l’attractivité, la présence d’établissements de formation sur tout le territoire est essentielle, en particulier parce qu’elle constitue une solution aux problématiques d’emploi. Car si l’attrait de la métropole s’érode dans les enquêtes d’opinion auprès des cadres, les chefs d’entreprises, eux, ont encore du mal à trouver de la main d’œuvre. Or comme le rappelle Nadia Pellefigue, une entreprise, avant de s’installer, veut être sûre « d’avoir les compétences et les salariés dont elle aura besoin ». Un problème particulièrement prégnant dans le Gers où « le nombre d’offres d’emploi a crû de 47 % cette année, mais où 50 % d’entre elles sont non pourvues. Si ça continue, les entreprises vont partir ». Pour l’éviter, la Région a entrepris de recenser les besoins des entreprises et d’établir un plan d’accompagnement du recrutement avec les services de Pôle Emploi et les maisons communes. Bernard Ballester, président de la CCI de l’Aude, est lui aussi convaincu que le manque de main d’œuvre qualifiée qui frappe son bassin d’activité est un frein au développement de certaines entreprises. Tout comme Jacques Bascou, président du Grand Narbonne : « Même à l’agglo, quand je lance un appel d’offres, ce sont souvent des gens de l’extérieur qui candidatent. La population n’est pas assez formée ». Autre problème, l’embauche du conjoint. Dans plusieurs villes (Cahors, Albi), des dispositifs spécifiques ont été mis en place pour trouver des solutions.

Car sans activité, point de salut pour ces villes. Et il ne faut pas oublier, comme le rappelle Carole Delga, les circonstances dans lesquelles elles ont été fragilisées : « Lorsque l’industrie s’est cassée la figure, les villes de taille moyenne ont été les principales victimes. Par la suite, elles ont eu du mal à attirer de nouvelles activités économiques : cela a été le cas d’Alès, de Tarbes… ».

Dans le chef-lieu du département des Hautes-Pyrénées, on peut même parler d’hécatombe : en une trentaine d’années, près de 8000 emplois industriels ont été supprimés, entrainant l’exode de 10 000 habitants. Pour autant, Tarbes ne manque pas d’arguments, comme le rappelle le président de la CCI des Hautes-Pyrénées François-XavierBrunet : « Nous sommes toujours dans une dynamique industrielle relativement importante avec des fleurons de l’aéronautique et de la construction ferroviaire comme Daher, Tarmac Aerosave ou 3A. Nous sommes également dans le label French Tech, c’est un atout ». Mais celui qui est également le premier adjoint à la mairie de Tarbes sait que cela ne suffira pas. Et d’en appeler aux subsides régionaux : « Les Hautes-Pyrénées ne représentent que 3 % de la richesse produite en Occitanie. Il ne faut pas qu’on reçoive que 3 % des aides ».

Éviter la gabegie

Consciente du problème, la Région a créé une grande agence de développement économique, Ad’Occ, début 2018, pour répondre plus efficacement aux nombreux défis des territoires. Un maillage a déjà commencé avec l’installation de maisons de la Région. Des outils jugés indispensables pour réussir à faire du cousu main. Car pour Carole Delga, il n’existe pas une seule typologie de ville moyenne : « Le contrat d’agglo sur Narbonne va être différent de celui de Carcassonne, d’Auch ou de Cahors. Je suis très attachée au fait qu’il y ait une adaptabilité des politiques régionales aux situations réelles et vécues ».

Ce qui ne signifie pas qu’il faille financer tous azimuts. Dans un contexte général de maîtrise des dépenses publiques, la Région est confrontée, à l’instar des autres collectivités, à l’impérieuse nécessité de rentabiliser les investissements effectués. Une exigence qui passe, pour Nadia Pellefigue, par un examen critique de ce qui a été réalisé jusqu’alors, comme par exemple dans les zones défiscalisées. Tantôt appelées zones d’intérêt régionales (ZIR) ou parc régionaux d’activité économique (PRAE), elles ont fleuri sur tout le territoire du temps de Midi-Pyrénées. Comme par exemple à Nogaro, dans le Gers, où la pépinière d’entreprises accolée au circuit automobile n’a jamais véritablement donné les fruits escomptés. Sans vouloir accabler personne, la présidente déléguée d’Ad’Occ stigmatise néanmoins des pratiques d’un autre siècle : « Ces zones étaient souvent construites parce qu’il y avait derrière des élus de poids. Les entreprises étaient probablement intéressées par une installation. Mais elles ne signaient aucune lettre d’engagement. Conclusion, de l’argent public a été investi sans qu’il y ait eu de pré-commercialisation ».

Pas question, dès lors, pour l’élue de poursuivre dans cette voie même si tous les territoires rêvent d’avoir leur zone économique : « La priorité va à la commercialisation des zones existantes. Et pour les nouvelles créations, il faut qu’il y ait des projets d’ampleur à la clé. C’est-à-dire avec la création de 50 emplois ou le maintien de 200. Et les 50 emplois, il ne faut pas venir me voir au doigt mouillé ! ». Comme par exemple à Castelnaudary, qui accueillera, sur 60 hectares, dans quelques mois la Socamil, la plate-forme logistique de Leclerc, à l’étroit sur son site actuel de Tournefeuille. Avec à la clé la garantie de voir 600 emplois créés sur la zone. 

Au niveau de la Métropole également, une prise de conscience semble s’être opérée avec la signature des premiers contrats de réciprocité avec le département du Gers puis Lourdes-Tarbes. Contrainte et forcée ? Jean-Luc Moudenc jure de sa bonne foi : « Le rôle d’une métropole est de chercher à diffuser une part de son dynamisme dans son environnement péri-urbain et rural. C’est la raison pour laquelle j’ai multiplié les initiatives de dialogues et de coopération avec les villes moyennes de la région. On a commencé avec les Gersois, on continue avec les Tarbais ». Le président de la Métropole toulousaine ne nie toutefois pas certaines difficultés de compréhension : « Je me suis rendu compte que les élus urbains et les élus ruraux dans notre pays n’ont pratiquement jamais l’occasion de se parler en direct ».

Profiter du spleen des salariés

Et les chefs d’entreprise dans tout cela, qu’en pensent-ils ? Parce qu’au fond, comme le rappelle Martin Malvy à propos de Figeac (voir papier pages suivantes), le volontarisme d’un élu ne suffit pas s’il ne peut pas s’appuyer sur un noyau d’entrepreneurs convaincus. Alain di Crescenzo, président de la CCI d’Occitanie, se veut lucide : « C’est principalement dans les grandes villes de France que se créent le plus d’entreprises. Les exigences de la production en termes de réactivité, compétitivité, ont certes laissé peu de place aux villes qui n’avaient pas la taille « européenne » ni les ressources suffisantes pour s’intégrer dans les échanges internationaux ». Pour autant, le président de la CCI d’Occitanie estime que la société est en train de changer : « La qualité de vie tend à primer sur l’emploi dans les décisions de mobilité des ménages… 200 000 franciliens quittent Paris chaque année ! Aujourd’hui la province est redevenue attractive et les chefs d’entreprise ne s’y trompent pas, attendu que les villes moyennes proposent souvent un accès facilité à l’habitat individuel et une meilleure qualité de vie pour leurs salariés. L’intérêt économique n’est pas absent pour le chef d’entreprise qui bénéficie souvent d’un coût du foncier beaucoup plus attractif, sans parler de la grille des salaires, souvent revue à la baisse compte tenu des niveaux de vie locaux ».

En attendant, les acteurs de ces villes moyennes ne restent pas les bras croisés. Dans l’ancienne région Languedoc-Roussillon, ils ont opté pour la chasse en meute. En 2015, Béziers Méditerranée, le Grand Narbonne, Hérault Méditerranée, la Domitienne et la Région lézignanaise ont créé une association, baptisée Cœur de Languedoc, pour décrocher des fonds européens. Mais aussi pour exister entre les deux mastodontes régionaux. Le 14 décembre 2017, c’est dans l’enceinte du Stade Toulousain, en présence de Carole Delga et devant un parterre de 150 chefs d’entreprises qu’élus et entrepreneurs sont venus prêcher la bonne parole. Un attelage public-privé de plus en plus répandu sur l’ensemble du territoire comme par exemple dans le Lot.
À l’origine, c’est la réussite d’un groupe, Audition Santé, créé sur place en 1999, qui donne l’idée à la CCI de créer la première école d’audioprothèse de France pour répondre à la fois à un besoin local et à un marché national en pleine croissance. Reste désormais à attirer des porteurs de projets. Pour y parvenir, élus et entrepreneurs lotois viennent de lancer un concours de l’innovation dans les secteurs de l’acoustique et de l’audition. L’objectif affiché ? Faire que la Cahors Acoustique Vallée devienne une réalité et que la première prothèse made in France y soit fabriquée au cours de la prochaine décennie. « Si tout le monde se fédère et tire dans le même sens, ça peut marcher, avance Dominique Carol, directeur de la CCI du Lot. Il faut promouvoir le territoire. Mais on s’aperçoit qu’en termes de notoriété, il y a du travail à faire. D’où la nécessité de réunir les différents acteurs publics et privés pour faire du marketing territorial. »

Éviter les pièges de la spécialisation

Pour Nadia Pellefigue, il convient néanmoins de ne pas voir la spécialisation comme LA solution à tous les problèmes : « Les territoires doivent être différenciants. Ce qui ne veut pas dire être exclusivement sur un segment. Regardez le Pays d’Olmes, en Ariège, qui n’était que sur le textile. Lorsqu’il a périclité, à la fin de la chimie française, cela a été un naufrage industriel pour tout le territoire ». Un exemple qui vaut avertissement, selon la vice-présidente du Conseil régional, pour L’Isle-Jourdain : « Le fait que le groupe Cyclelab, 2e distributeur français de vélos, s’y installe, est une bonne chose. On décide donc de faire un pôle vélo pour drainer mais on va le mettre en interaction avec d’autres choses. Sinon vous tuez L’Isle-Jourdain le jour où le vélo se casse la figure ».

Marketing territorial, le maître mot qui revient dans toutes les bouches. Pour Carole Delga, c’est la clé de tout. Il s’agit de prouver que ne pas être basé à Toulouse ou à Montpellier n’est pas un handicap. Pas une mince affaire, même si certaines grosses structures peuvent servir de modèle : « On a la chance d’avoir un groupe comme Pierre Fabre qui joue à fond le jeu de l’aménagement du territoire. Quand il investit sur le secteur de Bédarieux ou sur Banyuls en co-investissement, cela amène des salaires de haut niveau qui permettent de structurer une économie locale ».

Pour Alain di Crescenzo, il n’y a pas de raison que Fabre ne fasse pas des émules. Pour lui, il n’est plus indispensable d’être installé à Montpellier ou Toulouse pour avoir l’ambition d’être un leader mondial : « Regardez Andros qui emploie plus de 5 000 salariés pour un CA supérieur à 1,5 milliard d’euros (dont 40% à l’international) et compte 25 usines à travers le monde. Elle a son siège à Biars-sur-Cère, une petite commune lotoise de 2 000 habitants… ». Pour celui qui est aussi le fondateur de l’éditeur de logiciels IGE+XAO, la révolution numérique bouleverse la donne : « L’industrie du futur et les outils de la digitalisation permettent aux entreprises de s’affranchir des contraintes d’une localisation précise pour produire et échanger. Le numérique supprime les distances physiques et constitue une réelle opportunité de régénérescence pour les villes moyennes ».

Montrer ses biceps

En lien permanent avec des chefs d’entreprise de la région, Nadia Pellefigue partage cet optimisme : « Quand ils ont des salariés qui sont bloqués tous les jours 1h 1/4 dans les bouchons, qui arrivent stressés ou qui ne viennent plus, ils sont plus enclins à réfléchir à s’installer ailleurs ».

Sinon que tous les territoires ne bénéficient pas des mêmes atouts ni du même potentiel d’attractivité. D’où le plan gouvernemental « Action Cœur de villes » lancé à la rentrée, d’un montant de 5 milliards d’euros sur 5 ans, pour permettre de rendre les centre-villes plus attractifs. À Carcassonne, ville éligible au dispositif, on n’a pas attendu pour agir. Gérard Larrat, son maire, explique : « On a obligé les propriétaires à refaire leurs façades qui étaient dans un état de délabrement terrible.En trois ans, on a réussi à stopper l’hémorragie et redonné une forte attractivité esthétique à la ville. Résultat, cette année le nombre d’ouvertures de commerces est bien supérieur aux fermetures. On a également à nouveau un solde positif sur le nombre d’arrivants dans la Bastide pour la première fois depuis 10 ans ». Commerces, services publics, associations, lieux culturels, installations sportives sont autant de paramètres scrutés par les entreprises.

Nadia Pellefigue confirme : « C’est dingue de voir comment les entreprises arrivent à embaucher plus facilement dans les endroits bien équipés, où il y a par exemple une maison pluridisciplinaire de santé. Les gens veulent une qualité de vie et du service au public ». Des atouts dont Stéphanie Guiraud-Chaumeil, maire d’Albi, est convaincue que sa ville dispose : « Le territoire idéal n’existe pas. Mais c’est une chance de vivre dans une ville moyenne : on a une qualité de vie remarquable, des espaces sportifs, un accès à la culture, un musée Toulouse-Lautrec, plus de 400 associations. Et puis on a la chance, dans les villes moyennes, d’avoir ce qui est peut-être en train disparaître dans les grandes villes, à savoir les relations humaines. Quand une entreprise veut s’installer, tout le monde se mobilise pour lui trouver une solution ».

Son homologue de Castres Pascal Bugis abonde : « Chaque fois que l’on reçoit un porteur de projet, il est séduit par les conditions d’accueil, le foncier, l’environnement, la qualité de vie. Le problème c’est que, vu de Toulouse, Castres, c’est le bout du monde ».   

À Auch, on compose avec la proximité de Toulouse

Là où d’autres municipalités ont fait le choix de réduire la voilure sur les centres commerciaux pour redynamiser leur cœur de ville, Auch a opté pour une stratégie différente. Ou plutôt, s’accommode du projet de la zone commerciale du Grand-Chêne, lancé il y a dix ans et qui ouvrira début 2019, pour en faire un atout. « À Auch, ce ne sont pas les zones qui vident le centre-ville, mais l’inadéquation des échoppes de 20-30 m2 avec les commerces actuels, et surtout la proximité avec les zones commerciales toulousaines », explique Christian Laprébende, maire PS de la ville. On estime que 20 % du chiffre d’affaires du bassin de vie auscitain échapperait au commerce local au profit de Toulouse. « L’idée du Grand-Chêne, c’était de mettre un point d’arrêt à cette évasion commerciale. Et, grâce à de grandes enseignes nationales de retenir les Auscitains, mais aussi d’attirer les habitants des communes de la périphérie moyenne jusqu’aux limites des Hautes-Pyrénées et des Landes », précise l’édile. Mieux, la Ville espère bien en profiter pour retenir les chalands et les attirer vers les boutiques, restaurants et lieux culturels du centre-ville.
Mais à Auch, la proximité avec Toulouse n’est pas qu’une fatalité. Sur le plan économique, cela aurait même tendance à devenir une aubaine, bien qu’elle soit la seule préfecture d’ex-Midi-Pyrénées à ne pas être reliée à Toulouse par une deux fois deux voies. Depuis quelques temps, le petit aéroport d’Auch, qui abrite déjà l’un des deux centres de formation de pompiers aéroportuaires de France et une société de réaménagement d’avions privés, intéresse Airbus de très près. L’avionneur y installera prochainement certaines de ses formations, bientôt suivi par l’Apav, qui propose des formations continues dans les métiers de l’aéronautique (mécaniciens, hôtesses, pilotes…) et se trouve confronté à la saturation de l’aéroport de Blagnac. De quoi attirer de nouvelles entreprises et de nouveaux habitants, et redynamiser la ville.

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Qui sommes-nous?

Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.