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INTERVIEW

Anglicismes. Alain Borer : « ‘’La langue évolue’’ est un des grands poncifs de l’histoire de la bêtise »

PAR Jean COUDERC et Sébastien VAISSIERE
Temps de lecture 4 min

Le poète et écrivain-voyageur Alain Borer est l’initiateur de la tribune contre le globish publiée dans Le Monde. Spécialiste mondial de Rimbaud et professeur de littérature française à Los Angeles, il voit dans l’usage croissant des anglicismes un phénomène d’autocolonisation qui relève de la soumission et nous réduit à l’état de clients.

Pourquoi l’usage de l’anglais vous paraît-il si grave ?

Il ne s’agit pas de l’anglais, mais de l’invasion dans tous les domaines de mots anglais à la place de mots français existants (« booster ») ainsi que de tournures anglaises (la « positive attitude ») et encore de mots anglais à la place de mots à inventer en langue française (le « hashtag »). La prolifération de ce phénomène, ahurissante, est significative d’un changement de société. Les conséquences de cet effondrement de la langue française sont inimaginables, car il s’agit d’un rapport collectif au Réel, du lien d’une culture à son identité profonde, et d’un enjeu stratégique de civilisation.

Il en va de la langue française comme de l’industrie : on importe et l’on n’exporte plus.

Vous ne rejetez pas l’anglophonie, cependant.

Bien sûr : d’autant d’ailleurs que la langue de Shakespeare, qui offre des trésors, peut être considérée comme une bouture de la langue française, puisqu’elle est constituée de 63% de mots français, soit environ 37.000 mots (ce qu’Américains et Anglais refusent massivement de savoir).

En cela, on va répétant que la langue évolue…

« La langue évolue » est un des grands poncifs de l’histoire de la bêtise. Ce qui est vrai, c’est que la langue est un corps…

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Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.