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RETRO 80

9 avril 1989 : Le jour où Baudis a failli devenir Macron

PAR Sébastien VAISSIERE
Temps de lecture 7 min

Soirées revival dans les cinés et sur les scènes, réédition de maillots d’époque du Téfécé, Baudis au fronton de l’aéroport, carton de la tournée Stars 80 au Zénith… À Toulouse, les années quatre-vingt édulcorent l’air du temps comme le Tang sucrait jadis l’eau du robinet. Profitant de ce parfum libre et doux, Boudu ouvre les archives et les guillemets pour une évocation feuilletonnée de cette décennie toulousaine de succès sans soucis.

Après le professionnalisme à visage humain du Stade Toulousain et du TFC, notre rétro s’achève avec un feuilleton politico-médiatique savoureux. L’histoire de jeunes rénovateurs de la droite et du centre (Bayrou, Barnier, Carginon, Fillon,  Millon, Séguin, de Villiers…) menés par Dominique Baudis, maire de Toulouse, et Michel Noir, maire de Lyon. Douze apôtres (ou 12 salopards, comme s’amusait à les qualifier la presse), qui voulaient ringardiser les partis, prendre leur revanche sur Mitterrand, et mettre Giscard et Chirac à la retraite. Un mois durant, la France fut persuadée qu’ils allaient y parvenir. Surtout le 9 avril 1989 à 20h, quand Dominique Baudis, en direct sur TF1, pria Valéry Giscard d’Estaing, les yeux dans les yeux, de laisser la place aux jeunes. Une allocution restée dans les mémoires, qui fit penser à certains que le maire de Toulouse était en marche vers la présidence de la République. Mais les vieux tinrent bon. Les douze furent renvoyés à leurs chères études, et devinrent vieux à leur tour.

Trente ans plus tard, témoins et acteurs de cet épisode épique en gardent un souvenir ému, un parfum de liberté, et la conviction d’avoir assisté
à la naissance de la politique-spectacle et aux prémices du Macronisme.

Printemps 1989. La France enfiévrée prépare la célébration du bicentenaire de la Révolution pensée par Jack Lang et mise en scène par le publicitaire Jean-Paul Goude. François Mitterrand, réélu 9 mois plus tôt, est à l’Élysée depuis 8 ans. Il a confié à son rival Michel Rocard la conduite d’un gouvernement d’ouverture mêlant vedettes du socialisme triomphant (Jospin, Lang, Dumas, Bérégovoy, Guigou) et ministres de centre droit.

En face, l’opposition est un champ de ruines. La haine que se vouent Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac alimente la machine à perdre comme le charbon la machine à vapeur. Et la chose commence à agacer les jeunes du RPR, de l’UDF et du CDS.

Parmi eux, une bande de quadras provinciaux et antijacobins, pour la plupart triomphalement réélus aux dernières élections municipales sans l’aide des appareils. C’est notamment le cas de Dominique Baudis à Toulouse, de Michel Noir à Lyon, d’Alain Carignon à Grenoble et de Philippe Séguin à Épinal. Gonflés à bloc par ces plébiscites, ces jeunes pyromanes n’attendent qu’une étincelle pour mettre le feu à l’opposition.

Fin mars, c’est Charles Millon, président UDF du conseil régional du Rhône, qui allume la mèche. Il plaide dans Libé pour une liste d’union et de jeunes pour les élections européennes du mois de juin, à la place des listes menées d’un côté par les barbons Giscard-Chirac, et de l’autre par
Simone Veil, l’ancienne présidente du Parlement européen. Cette dernière prendra…

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Qui sommes-nous?

Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.