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REPORTAGE

Télétravail : En pantoufles mais productif

PAR Paul PERIÉ | Photographie de Rémi BENOIT
Temps de lecture 6 min

Quatre jours par semaine, Patrice Clerc travaille depuis son domicile. Ce dessinateur de charpente métallique, employé par une entreprise de Grenade-sur-Garonne, évite ainsi les bouchons du périphérique toulousain, et jouit d’une vue imprenable sur le Mont Valier. Une organisation idéale, à condition de ne pas laisser le travail empiéter sur la vie de famille.

En ce matin d’automne, le soleil inonde le Couserans et, en admirant la vue sur les Pyrénées, on comprend mieux pourquoi Patrice Clerc a fait le choix de travailler chez lui. « Lorsqu’il fait beau, je finis mon café sur la terrasse en regardant le mont Valier, la nature, les animaux…  Il y a souvent beaucoup de brouillard dans la plaine mais nous sommes privilégiés ici », s’enthousiasme ce dessinateur de charpente métallique installé à Mercenac, en surplomb du Salat. Ce qui lui plait dans le télétravail, c’est de profiter d’un tel cadre de vie.

Après son petit-déjeuner, pantoufles aux pieds, il prend possession de son espace, un bureau fermé sur la mezzanine. Une pièce destinée dès le départ à cet usage dans une maison dont il a dessiné tous les plans, même si une partie sert de lieu de stockage. « Ici, je ne suis pas dérangé par les bruits d’un open space, et ma famille respecte cet espace », indique ce père de deux enfants, dont l’épouse, comptable, travaille à Saint-Girons, à quelques kilomètres de là. « Elle aimerait parfois que je fasse certaines choses à la maison mais je suis en mode travail », insiste Patrice, dont les journées de télétravail commencent à 7h30 pour s’achever vers 18 heures. Une discipline qu’il n’a pas de mal à tenir. « En été, je peux bosser en short mais je reste productif. » À 53 ans, son corps affuté témoigne des séances de crossfit qu’il s’inflige entre midi et deux, « une chose que je ne pourrais pas faire en travaillant dans l’entreprise ».

Il se rend simplement une fois par semaine à Grenade, au sein de la société Labedan. L’occasion pour lui de récupérer les dossiers et de garder un lien avec l’entreprise. « Tous les lundis, précise-t-il. Maintenant que ma fille est au lycée Bellevue (à Toulouse), j’en profite pour dormir chez elle le dimanche soir, ça me fait gagner du temps le matin. Avant, je partais à 6h30 et je rentrais à 21h30.  Je ne suis pas à cheval sur les horaires. »

Dans son secteur, les dessinateurs comme lui sont très recherchés. C’est justement à la rareté de son profil que Patrice, qui avait très envie de revenir s’installer au pied des Pyrénées, doit d’avoir pu commencer le télétravail il y a 15 ans de cela. « À l’époque, je travaillais pour la société Sopocome. Un chasseur de tête m’a proposé de travailler chez moi pour une entreprise située à Nay, dans les Pyrénées-Atlantiques. J’en ai alors parlé à mon patron, qui n’était pas très chaud au départ, avant de me dire : “ Si ça marche pour les autres, pourquoi pas pour nous. ” », se souvient-il, alors qu’il s’installe devant son ordinateur. La lumière du matin jaillit du velux, juste au-dessus de son bureau. Un livre sur l’AS Saint-Étienne montre pour qui bat le cœur de ce Savoyard d’origine. Concentré, il prend connaissance des plans d’architecte et commence à naviguer sur son logiciel de dessin. Patrice modifie les éléments de structure d’un bâtiment comme s’il s’agissait d’un Meccano ou d’un Lego. « Je fais cela depuis 30 ans. C’est naturel pour moi. »

Confiance et haut-débit

Mais comment diable peut-il faire du télétravail dans ce coin de l’Ariège ? « Il me fallait absolument du débit », admet Patrice, qui bénéficie de 15 Mo depuis le village de Mercenac, alimenté par la fibre. « C’est une des clés, insiste-t-il. Cela me permet d’être en réseau avec l’entreprise. Les appels téléphoniques sont renvoyés chez moi. La seconde chose essentielle, c’est la confiance. »

Il se réjouit donc qu’à l’époque, son patron ait joué le jeu. C’est également le cas chez Labedan, pour qui il travaille depuis 2013. « Dans mon domaine, tout le monde propose le télétravail. Avec moi, c’est assez simple car je parle beaucoup, je suis direct. Et puis le travail est fait. »

Aujourd’hui, Patrice a trouvé son équilibre et ne reviendrait en arrière pour rien au monde. Avant d’expérimenter cette méthode de travail, il avait testé les transports en commun pour se rendre au boulot, à Portet-sur-Garonne. Il prenait le train à Boussens jusqu’à Portet, avant de rejoindre l’entreprise à vélo. Un rythme intenable qui l’avait poussé à déménager à Lagardelle-sur-Lèze pour se rapprocher de son lieu de travail, avant de revenir dans les Pyrénées. « La vie toulousaine ne me plaisait pas. »

S’il est heureux de s’éviter deux heures de transport, il reconnaît que tout le monde ne peut pas s’adapter au télétravail. « Il y a deux solutions. Soit on fonctionne comme si on était indépendant et c’est la porte ouverte au travail le soir et les week-ends. Soit on se cale sur les heures de l’entreprise, ce qui est aussi plus facile dans la relation avec les gens sur le chantier. Si on joue sur les heures, ça dérape. » Sans chercher à défendre son choix mais plutôt à rappeler l’intérêt du télétravail, Patrice glisse au détour d’une conversation que « les études montrent que l’on a grosso modo 20 % de rentabilité en plus ».

La flexibilité inhérente à ce mode de travail est un atout. Il reconnait qu’il est facile de prendre une demi-heure par ci par là en cas de besoin. Le seul impératif étant de prévenir son patron. Toujours cette histoire de confiance… Deux fois par semaine, il commence ses journées un peu plus tôt pour se donner le temps d’aller entraîner les moins de 13 ans du club de handball de Saint-Girons. Des moments importants dont il peut profiter sereinement.

Et pour plus de sérénité et un confort de travail idéal, son employeur lui a fourni l’ensemble de son équipement informatique. Un ordinateur et une imprimante. En début de semaine, il a d’ailleurs reçu un deuxième écran, pour faciliter ses missions. « En plus du dessin en lui-même, je travaille aussi sur la préparation de commande », explique Patrice, dont le quotidien est aujourd’hui adapté à son rythme et à son activité.

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Qui sommes-nous?

Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.