Enquête

Les machines à voter et le cadeau empoisonné du maire de Castanet

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le 21 février 2020 Temps de lecture : 5 min.
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Depuis 2007, les électeurs de Castanet ne glissent plus de bulletins dans l’urne. Cette commune de 13 000 habitants est la seule dans le département, à s’être équipée de « machines à voter ». Introduites par Nicolas Sarkozy en 2003, ces machines qui permettent de délivrer instantanément le résultat du scrutin sans passer par le fastidieux dépouillement n’ont cependant pas rencontré le succès escompté. Face aux soupçons de piratage, ce vote électronique fait l’objet d’un moratoire depuis 2008 et quelques communes ont préféré ranger les machines au placard. Ce n’est pas le cas à Castanet, même si le préfet a été saisi d’une demande de retrait en décembre dernier par Patrice Tournon, ancien premier adjoint (sans étiquette) devenu opposant au maire sortant (LR).

Nul besoin toutefois d’agiter le spectre de la fraude électorale pour expliquer les victoires passées d’Arnaud Lafon (photo) aux élections municipales. Avec ses manières de cow-boy, le maire de Castanet a jeté de longue date ses habits de centriste lisse aux orties pour assumer une vision libérale et décomplexée de l’économie et des affaires communales. Le jeune loup de droite, qui avait créé la surprise à 21 ans en profitant de la désunion de la gauche en 2001, a quitté le Modem pour se présenter sous l’étiquette LR aux dernières élections législatives. Il a été éliminé dès le 1er tour (14%), largement distancé par Sébastien Nadot (LREM, 39%) dans sa propre commune. Avant même la vague macroniste, Arnaud Lafon avait senti le vent du boulet. Réélu avec seulement 78 voix d’avance sur une liste de gauche presque unie en 2014, le maire sortant a annoncé urbi et orbi ne pas vouloir briguer un quatrième mandat.

Mais avant de partir, ce maire-bâtisseur a voulu léguer à ses successeurs un dernier projet urbain de grande ampleur : une ZAC de 35 hectares avec 1800 logements et des immeubles de six étages, un gymnase, un groupe scolaire, une crèche, un Ehpad : de quoi continuer à urbaniser Castanet pour les 20 ans à venir. Trois des quatre listes qui briguent la succession sont hostiles à cet « éco-quartier » présenté comme « une ville dans la ville ». Sans surprise, Patrice Tournon dénonce « un urbanisme débridé ». L’ancien adjoint dit avoir toujours chercher à freiner l’expansionnisme revendiqué par Arnaud Lafon. Plus étonnant, le jeune candidat investi par LREM se démarque lui aussi du projet de ZAC. Professeur de philosophie, Thomas Berger, 31 ans, apparaissait pourtant comme le successeur d’Arnaud Lafon, avec 4 anciens élus de l’équipe sortante sur sa liste. Mais trois d’entre-eux viennent de faire défection. « Je ne suis pas du tout dans le prolongement d’Arnaud Lafon », assure Thomas Berger.

« Il veut faire pousser des carottes » se moque Bernard Bagnèris. Opposant de longue date d’Arnaud Lafon qu’il a battu aux élections cantonales, l’élu de gauche est paradoxalement le dernier défenseur du projet du maire de droite. Il soutient la ZAC pour y construire des HLM et faire passer la déviation attendue de longue date afin de soulager la circulation automobile qui traverse la commune. Le parti communiste soutient Bagnéris, mais pas ses anciens camarades du parti socialiste qui ont préféré rallié une liste « citoyenne », un peu à la manière d’Archipel Citoyen à Toulouse. Elle est menée par Xavier Normand, ancien socialiste passé à EELV après un aller-retour professionnel entre Toulouse et Grenoble. Lui aussi dénonce « un urbanisme spéculatif ». Xavier Normand s’étonne surtout d’une clause qui accorderait jusqu’à 1 million d’indemnités aux promoteurs retenus par la municipalité si la nouvelle équipe voulait dénoncer la concession, signée juste avant le scrutin comme un ultime cadeau empoisonné.

Pour sauver les meubles de son projet et barrer la route au candidat écolo, Arnaud Lafon envisage de revenir sur sa décision de quitter la barre de Castanet. Il risque de couler avec le navire, mais la cinquième liste-surprise qu’il a entrepris de concocter en urgence pendant les vacances scolaires de février torpillerait à coup sûr les espoirs macronistes de gagner Castanet, l’une des communes qui pèse le plus lourd au sein du Sicoval (9 délégués/68). Même avec des machines à voter, les résultats d’un scrutin ne sont jamais automatiques.

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