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Elle est candidate, mais vous ne le saviez pas

Malena Adrada : Ça passe ou ça classe

PAR Mathieu BELLISARIO | Photographie de Rémi BENOIT
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Professeure des écoles et militante communiste, Malena Adrada, 45 ans, a fait de la lutte des classes son quotidien. Tête de liste de Lutte Ouvrière aux municipales à Toulouse, elle entend mener dans les urnes une « guerre contre le système capitaliste », bien loin des enjeux d’un scrutin à dimension locale.

« On a encore du boulot ». Petit sourire en coin, Malena Adrada sait déjà que le match des municipales est joué d’avance. La victoire dans les urnes ? Pas pour cette fois-ci. Pas plus qu’il y a six ans lorsque Lutte Ouvrière avait terminé en queue de classement avec seulement 0,63% des voix recueillis au 1er tour de l’élection à Toulouse. A l’époque, la tête de liste du parti d’extrême gauche avait mené campagne dans sa ville de résidence, Muret (elle habite aujourd’hui le quartier Saint-Michel). Avec un peu plus de réussite à l’arrivée, frôlant la barre des 2%. Des chiffres, encore des chiffres. Mais l’enjeu est ailleurs. Lunettes noires chevauchant un regard foncé, la candidate de LO prévient d’emblée ses futurs électeurs : « Je m’adresse à ceux qui ne croient plus au Père NoëlJe ne fais aucune promesse. » Son programme en témoigne. Aucun chiffrage quand la proposition de la gratuité des transports en commun est mise sur la table. Pas de parti pris environnemental, de pistes cyclables à tout-va ou de végétalisation du centre-ville, mesures qui fleurissent sur les tracts de ses adversaires. « Des tartes à la crème » pour Malena Adrada qui préfère s’attaquer aux « véritables responsables de la catastrophe écologique », à savoir « les industriels ». Et de citer Airbus, et cette grève qui a touché l’an passé l’un des sous-traitants toulousains du mastodonte aéronautique. Un mouvement pour dénoncer des systèmes de ventilation insuffisants, incapables de filtrer certains composés chimiques contenus notamment dans la peinture au chromate de zinc, réputée cancérigène. Une substance interdite au niveau européen et pourtant tolérée dans l’aéronautique, sur dérogation. « Un véritable scandale » avec comme premières victimes « les salariés », qui ont finalement obtenu gain de cause après des travaux de mise aux normes. Un exemple qui doit en appeler beaucoup d’autres pour Malena Andrada. « Pour moi, l’élection n’est qu’un prétexte. Ce que je veux, c’est changer le système en profondeur, réorganiser la société » affirme celle qui a défilé plusieurs week-ends aux côtés des gilets jaunes, sans pour autant revendiquer son appartenance au mouvement.

Marx attaque
Pas encore autour du cou, l’écharpe tricolore fait déjà grise mine. « La mairie, c’est le point d’appui de la bourgeoise locale qui ne sert qu’à entretenir les notables », dénonce Malena Adrada qui épingle au passage l’usine Liebherr-Aerospace, dont les aides publiques cumulées « dépassent la masse salariale de l’entreprise, payée en réalité par nos impôts. » Sans tergiverser, elle assume : le changement ne se fera pas dans les urnes. Tiens donc. A quoi bon se présenter alors ? Pour la bagarre. « Aujourd’hui, la guerre est plus que jamais déclarée contre le monde de la finance et tous ces grands patrons qui possèdent les richesses au détriment des plus pauvres. » Le discours est bien rodé. Attendu et déjà entendu dans la bouche de celle qui occupe également les fonctions de porte-parole régionale de LO. Marxiste revendiquée, elle défend la cause des travailleurs depuis que ses parents communistes lui ont transmis le goût de la révolte, de l’autre côté des Pyrénées. « Je suis né à Madrid puis j’ai grandi en Andalousie où j’ai étudié dans un lycée français ». Un père architecte, une mère avocate d’un syndicat, « une famille aisée » avec le cœur plutôt très à gauche. « Dans les années 80, les réfugiés chiliens et argentins qui fuyaient la dictature passaient souvent à la maison. J’écoutais leurs histoires et c’est ce qui, je pense, a forgé en partie ma conscience politique » se souvient avec une légère pointe d’accent espagnol dans la voix, celle qui a milité plus jeune contre la guerre du Golfe ou la famine en Afrique avant d’arriver en France à l’âge de 18 ans. Point de chute : Toulouse. Après un diplôme d’économie obtenu à l’université de l’Arsenal, un peu perdue et sans but professionnel précis, la jeune étudiante d’alors décide de passer le concours d’institutrice. Faute de mieux. « J’ai découvert le monde de l’éducation, assez difficile au début. J’ai travaillé pendant quinze ans au Mirail où j’ai été rapidement confrontée à l’injustice, aux difficultés de ces quartiers, de ces enfants. Pour moi, l’école est tout sauf un ascenseur social. Ça ne marche pas. » L’établissement Calvinhac où elle enseigne aujourd’hui à des élèves de CM1 et CM2 a beau se situer à quelques encablures de la fastueuse Halle aux Grains, la situation n’a pas beaucoup changé. Elle a même empiré. Classes surchargées, locaux vétustes, postes supprimés… Le quotidien de Malena Adrada, combattu jour après jour avec des livres, beaucoup de livres, comme cette anthologie publiée il y a quelques années avec d’autres auteurs chez Belin Education. Son titre : « 30 chansons et poèmes engagés ». À l’intérieur, Arthur Rimbaud, Victor Hugo, Louis Aragon, Maxime Le Forestier ou Louise Michel. Pas de chance, ils ne votent pas à Toulouse.

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Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.