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A Cugnaux, les maires valsent à l’ombre de Francazal


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Cugnaux aura un(e) nouveau maire en mars. Alain Chaléon, le maire centriste sortant, a en effet été contraint de renoncer en janvier à briguer un nouveau mandat par sa propre majorité municipale. Ce « putsh » interne a été orchestré de main de maître par Michel Aujoulat, l’ancien maire (LR) avec qui il s’était allié entre les deux tours en 2014. L’unique maire MoDEM de la métropole, qui bénéficiait pourtant du soutien de La République en Marche, semble avoir été la victime collatérale du soutien de son parti à la liste dissidente présentée contre Jean-Luc Moudenc à Toulouse. Michel Aujoulat, premier vice-président de Toulouse Métropole, nie formellement tout lien de causalité avec le contexte toulousain. Alain Chaléon dénonce « les vieilles méthodes de style Pasqua » de son ancien adjoint. Il est en réalité tombé sur une alliance inédite de l’ancien maire RPR avec Philippe Guérin, l’ex-maire PRG. Les deux meilleurs ennemis de Cugnaux se sont entendus sur son dos pour épingler l’adjoint à l’urbanisme d’Alain Chaléon, suspecté d’affairisme immobilier. Isolé politiquement, le maire sortant s’est aussi vu reprocher de ne plus habiter dans la commune par ses prédécesseurs.
A Cugnaux, comme dans de nombreuses communes de la première couronne, les questions d’urbanisme sont sensibles. L’ancienne bourgade pavillonnaire, qui a dépassé la barre des 10 000 habitants dans les années 80, s’approchent désormais des 20 000 habitants. L’ancienne base aérienne de Francazal (200 hectares) est la véritable clé pour déverrouiller de nouveaux terrains à bâtir, inconstructibles à cause du bruit des avions. L’ancien maire, Philippe Guérin, est tombé pour son soutien affiché au projet abracadabrantesque de studios de cinéma américain présenté par un architecte de la commune. Un nouveau projet tout aussi fou, soutenu par l’État, la région et Toulouse Métropole, lui a succédé. Il s’agit cette fois de construire une piste d’essai pour Hyperloop, une capsule « supersonique » qui circulerait sous vides dans des tubes d’acier. Michel Aujoulat confie qu’il ne croit pas un instant à un tel projet pour relier Toulouse à Montpellier en quelques minutes. Il rêve secrètement d’attirer le constructeur d’avions ATR, à l’étroit dans ses bureaux de Blagnac, vers la piste de Francazal. Hyperloop est juste une tête d’affiche pour lancer pour de bon la reconversion économique de l’ancienne base militaire.
Marie-Hélène Roure, l’adjointe choisie par Michel Aujoulat pour mener la liste de la municipalité sortante qui s’est déchirée, promet la création de 1200 emplois à Francazal autour des « transports du futur », nouvelle vocation affichée par Toulouse Métropole pour le deuxième aéroport de l’agglomération qui peine à décoller. La vente d’une parcelle de 38 hectares par l’Etat s’est miraculeusement débloquée fin janvier pour un peu plus de 4 millions d’euros. L’État, qui en demandait plus de 9 millions, a consenti un rabais à cause des bombes héritées de la deuxième guerre mondiale qui trufferaient le sous-sol que Toulouse-Métropole s’engage à déminer à ses frais. « C’est du cinéma » réagit Albert Sanchez. A la tête d’une liste cousine d’Archipel Citoyen à Toulouse, l’ancien élu socialiste a fait sensation en réunissant Pierre Cohen et Antoine Maurice lors de l’inauguration de son local de campagne. Adhérent de Génération.s, le parti de Benoît Hamon, il compte bien devancer la liste officielle du PS conduite par Isabelle Rolland, conseillère départementale. L’élue socialiste a fait le choix de ne pas ouvrir de local de campagne. Elle s’est alliée avec le parti communiste. Martine Croquette, ancienne adjointe (PCF) de Pierre Cohen à Toulouse, figure sur sa liste. Isabelle Rolland compte sur le soutien du maire (PS) de Tournefeuille, son binôme depuis les dernières élections cantonales, et promet de ne pas briguer un nouveau mandat au département en cas de victoire.
Philippe Guérin n’a pas voulu choisir entre les deux listes de gauche qui s’affronteront au premier tour. L’ex- maire PRG a choisi d’apporter son soutien à Marie-Laure Burtin, une ancienne adjointe d’Alain Chaléon qui a quitté la majorité municipale en cours de mandat. Une liste d’extrême-gauche conduite par Lutte Ouvrière est également annoncée à Cugnaux. Anne-Marie Laflorentie, aujourd’hui décédée, avait frôlé la barre des 5% en 2014. La véritable nouveauté sera la présence d’une liste d’extrême-droite. Le Rassemblement National peut compter sur un matelas d’un millier de voix aux précédents scrutins. La liste conduite par Yoann Escabasse, un ancien militaire, peut ainsi espérer franchir les 10% et se qualifier pour le second tour.

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