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ANALYSE

Municipales : Le troisième tour

PAR Stéphane THÉPOT | Photographie de Rémi BENOIT
Temps de lecture 5 min

Tout ne sera pas joué au soir du 22 mars. Car le véritable pouvoir sera distribué lors de l’installation des intercommunalités.
En raison du transfert de larges compétences à la métropole, les 37 maires qui la composent ne sont plus en quelque sorte que des « maires de quartier » par rapport au président de Toulouse-Métropole.

Jean-Luc Moudenc, jugeant que les métropoles qui ont séparé les deux fonctions courent le risque de rivalités internes comme à Lyon, estime que la présidence lui revient de plein droit. Candidat centriste dissident, Franck Biasotto promet au contraire de laisser le fauteuil de président de la métropole en cas de victoire au Capitole. Sans dire qui. La petite musique contre un maire-président présenté comme « omnipotent » fait son chemin dans les communes périphériques. Marc Péré, maire sortant de L’Union, plaide pour davantage de considération pour les élus des « petits communes » face à l’ogre toulousain. Il n’a toutefois pas inscrit la dissociation des fonctions dans son « manifeste pour une métropole plus démocratique ». Pour ne pas gêner ses alliés toulousains d’Archipel Citoyen, voire du PS toulousain ?

L’idée d’un binôme a longtemps circulé parmi les socialistes, avant que Nadia Pellefigue n’y mette fin : pas question de laisser le fauteuil de président à Claude Raynal si elle remporte le Capitole. Mais que se passerait-il en cas de fusion entre les deux tours avec la liste conduite par Antoine Maurice ? Le chef de file d’Archipel n’a pas totalement clarifié sa position. Si les « archipellistes » se déclarent en faveur de la dissociation entre le Capitole et la Métropole, personne ne sait vraiment qui sera président(e) en cas de
victoire à Toulouse. 

La question se pose aussi en dehors de la ville-centre. A Blagnac, le maire sortant se déclare lui aussi sensible à l’idée d’une présidence pas forcément toulousaine. « La Métropole ne doit pas être la succursale de Toulouse », assène Joseph Carles. L’élu blagnacais s’est pourtant davantage comporté en fidèle allié qu’en opposant acharné de Jean-Luc Moudenc pendant le mandat écoulé. Il pointe aujourd’hui « la tentation de privilégier la ville-centre depuis la Métropole » en citant l’exemple des nouvelles ramblas, financées par le budget communautaire. C’est aussi l’argument d’Albert Sanchez, candidat (Générations) à Cugnaux : « Pourquoi la Métropole a-t-elle financé les ramblas mais pas la nouvelle place du marché de Cugnaux ? », s’interroge l’un des premiers signataires du manifeste des maires de L’Union et Brax.

En ayant fait le choix de laisser la mairie à son allié centriste, pourtant arrivé derrière lui en 2014, en échange d’un poste de délégué à la métropole, Michel Aujoulat confirme à sa façon que le pouvoir est davantage dans l’immeuble de Marengo que dans les anciens hôtels de ville. « J’ai fait en sorte de placer des élus de Cugnaux dans toutes les commissions parce que c’est là que se trouvent désormais les crédits pour faire avancer nos projets », explique le premier vice-président de la Métropole.

La place prépondérante des structures intercommunales se retrouve également en dehors de la métropole, que ce soit au Sicoval (36 communes), la communauté d’agglomération du Muretain (26 communes) ou la petite communauté de communes de la Save au Touch (7 communes). Les deux candidats en lice à Plaisance-du-Touch reconnaissent volontiers que la question de l’intégration de la commune au sein de Toulouse-Métropole va se poser, « à terme ». Sans l’avoir franchement mis sur la place publique lors de ces élections. Mais si Plaisance-du-Touch et sa voisine de Léguevin rejoignent une métropole élargie, où vont s’arrimer les cinq petites communes restantes ? 

La question se pose à une autre échelle au Sicoval, où les communes urbaines de Ramonville (14 000 habitants) et Castanet (13 000 habitants) sont les véritables « moteurs » d’une communauté urbaine qui s’étend à de nombreux villages encore ruraux du Lauragais. Dans 17 des 38 communes du Sicoval, on vote encore en rayant des noms alors que les habitants de Castanet appuient sur des boutons de machines à voter. L’arrivée annoncée du métro à Labège va encore renforcer l’intégration de fait de la partie la plus urbanisée du Sicoval à la métropole toulousaine. Mais le départ de Saint-Orens, l’une des six communes fondatrices de cette intercommunalité pionnière en 1975, n’a pas été suivie d’autres défections à ce jour. La tentative avortée de Pierre Cohen de faire entrer son ancienne commune de Ramonville dans la métropole n’est plus officiellement d’actualité. Elle est même franchement taboue. 

à Portet-sur-Garonne enfin, Thierry Suaud écarte toute idée de rejoindre la métropole. Mais le maire sortant, qui a commencé sa carrière politique dans l’opposition au conseil municipal de Toulouse, ne dit pas non à des accords de coopération. Il a ainsi renoncé au projet d’une station d’épuration sur la rive droite de la Garonne avec des communes du Sicoval pour se brancher à celle de Cugnaux, avant de rejeter les eaux traitées dans la Garonne, soit environ huit kilomètres de canalisations. Et si les tuyaux des égouts étaient aussi importants que le tunnel du métro pour dessiner le véritable périmètre du Grand Toulouse de demain ? 

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Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.