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REGARD

DJ no Breakfast : de la fenêtre d’en haut

PAR Sébastien VAISSIERE
Temps de lecture 4 min

On l’a vu initier les Toulousains à la cumbia, partager ses pépites exotiques à Rio Loco, mixer des sons chinois interdits à la bibliothèque du Patrimoine, trousser des fonds musicaux pour le musée du Quai Branly… Mais depuis le début du confinement, on voit surtout DJ no Breakfast à la fenêtre de son appartement du quartier des Carmes, figeant au smartphone et en noir et blanc la vie quotidienne du Toulouse covidé.

Vous fréquentiez autant votre fenêtre avant le Covid ?
Presque autant, oui. J’aime bien regarder la vie qui passe rue des Filatiers. J’y suis comme au spectacle. Je travaille donc toujours dos à la fenêtre. Sans ça je me mets à regarder les gens et je ne fous plus rien.

Comment vous est venue l’idée de cette série ?
Toute l’année, je poste sur Instagram des photos de passants prises au hasard de mes promenades. Une fois confiné, j’ai fait la même chose depuis ma fenêtre. Dès le deuxième jour j’ai compris que ces passants racontaient un moment important de mon histoire personnelle et de celle de la ville. Je me suis décidé, par jeu, à garder les mêmes contraintes jusqu’au déconfinement : carré, noir et blanc, fenêtre.

Le spectacle de la rue doit être bien différent désormais…
Tout est normal et un jour, la vie s’arrête. On voit son premier passant masqué. Les gens ne flânent plus, ils passent. Il n’y a plus d’insouciance. Que des fronts soucieux. Plus de terrasses blindées. Que des gens flippés qui marchent en regardant leurs chaussures. Certains sombrent dans la parano. D’autres agissent comme si de rien n’était, par inconscience ou par bravade. Le bal des scooter Uber se met à rythmer la vie de la rue. Le pizzaiolo vend plus de pizzas, le resto à sushis plus de sushis, le boucher plus de barbaque. Un peu plus loin les premières pancartes « À vendre » apparaissaient sur des rideaux baissés.

N’est-ce pas lassant de photographier la même chose pendant deux mois ?
C’est un peu comme s’acharner sur un motif, comme peindre mille fois le même paysage sous des lumières différentes. C’est une question de sensibilité. J’aime la singularité, le détail, le grain de sable. J’ai étudié à l’ETPA et fait des photos pour des publicitaires, mais ça ne m’a jamais plu. Les panoramas de rêve qu’on voit sur Instagram, colorés et filtrés à mort, ça n’a pas de sens. La vue depuis nos fenêtres et les gens cabossés qui passent dessous sont bien plus beaux que ces trucs-là. Même quand ça paraît difficile, il vaut mieux préférer le réel.

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Qui sommes-nous?

Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.