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Portrait

Devenir Fanny – intersexuée

PAR ELAU | Photographie de Rémi BENOIT
Temps de lecture 6 min

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Née intersexuée et enfermée toute sa vie dans un corps d’homme, Fanny Embleg est devenue femme à 67 ans, après une opération chirurgicale dite de réassignation de genre. Un combat de longue haleine qu’elle raconte dans un ouvrage autobiographique Le sexe des anges.

« Je ne crois pas au hasard ». Fanny est encore très émue. Lundi 6 janvier, sa mère âgée de 92 ans, décède. Le jour même où le procureur de la République entérine son changement de sexe. Une date qui restera désormais, à double titre, gravée dans sa mémoire : « Ce n’est pas une coïncidence. C’est un symbole magnifique. Il n’y a maintenant plus de raison de garder de secret puisque c’est officiel ». Gontran* est devenu femme. Gontran s’appelle enfin Fanny. Plus seulement pour ses proches mais pour toute la société. La copie de la décision du tribunal, posée sur la table, est là pour en attester. Elle la brandit d’ailleurs fièrement, comme si elle avait du mal à s’en convaincre. Il faut dire que le chemin a été long.
Alors qu’elle est âgée de 68 ans, cela fait seulement six ans que Fanny a entamé sa nouvelle vie de femme. Pendant très longtemps, « j’étais une femme enfermée dans un corps d’homme », résume-t-elle simplement. Dans son ouvrage autobiographique, Le sexe des anges, elle explique qu’elle a été « configurée pour être un garçon ». « Je suis allée dans une école de garçons, j’avais des frères. Je me suis mariée avec une femme, j’ai eu des enfants. J’ai fait toute ma carrière professionnelle comme directeur de centre social. » Grâce à ce livre, c’est tout une vie de mensonges qu’elle laisse derrière elle. « Je savais qu’il y avait quelque chose mais je ne savais pas quoi, et un jour, en faisant des recherches pour préparer une intervention dans le centre social dans lequel je travaillais, j’ai lu sur internet le mot  » transgenre « . J’ai lu la définition, et je me suis dit  » Ah tiens, mais c’est moi  » », se souvient-elle.
C’est sa rencontre avec Noémie, qu’elle considère aujourd’hui comme sa « meilleure amie », qui va faire basculer sa vie.
« Au fil de nos conversations, je me suis rendue compte que tout ce qu’il dégageait était plus féminin que masculin, raconte Noémie. Je lui ai dit qu’elle était une femme ». « Quand elle me l’a dit, ça m’a paru tellement évident. Ça a confirmé ce que je pensais », confirme Fanny. C’est de là qu’est partie son envie d’assumer la femme qui était en elle.
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Ses trois filles accueillent la nouvelle plutôt sereinement : « Quand je leur en ai parlé, elles l’ont toutes les trois très bien acceptées. Je ne serai jamais leur mère, elles en ont déjà une. Je resterai toujours leur père. Mais leur père… Fanny ».
Avec l’aide de Noémie, qui lui offre sa première trousse de maquillage, Fanny apprend à devenir une femme. « Qu’est-ce que j’étais contente ! C’était mon maquillage à moi ».
Puis, en 2013, Fanny prend la décision de quitter la Savoie. Elle débarque dans la Ville rose au début de l’année suivante et abandonne une bonne fois pour toute Gontran. « Je suis venue à Toulouse avec une seule tenue d’homme. Dès mon arrivée, je me suis mise à acheter des vêtements féminins. »
Le changement ne s’apparente cependant pas à une formalité. « Quand on allait dans les magasins, certaines vendeuses m’indiquaient où se trouvaient les cabines pour les hommes », se rappelle Fanny pendant que Noémie se souvient surtout des préjugés : « J’ai vu le regard des gens, les agressions qu’elle a subies ».
En venant à Toulouse, c’est en réalité toute une transition que Fanny entreprend en débutant son hormonothérapie et toutes les démarches nécessaires à sa réassignation de genre. Qui s’accompagnera là aussi de nouvelles épreuves. Entre les chirurgiens qui l’appellent  » monsieur « , ceux qui refusent l’estimant trop âgée, ou encore ceux qui ne peuvent pas opérer avant trois ans, car ils ont une liste d’attente interminable… il aura fallu de la persévérance avant de trouver l’équipe qui accédera à son souhait. « J’ai été très mal, j’aurais pu me foutre en l’air si je n’avais pas eu des amis pour me soutenir. »
Le 26 juin 2018, Fanny a enfin la réponse qu’elle espérait tant. C’est à Bordeaux qu’elle se fera opérer. « Quand j’ai pris le train pour revenir à Toulouse, je pleurais. Je n’arrivais pas m’arrêter tellement j’étais contente ».
Au réveil de son opération, le 22 octobre 2019, elle ne réalise pas encore ce qui s’est passé. « J’ai vraiment réalisé lorsque je suis rentrée chez moi car j’ai dû faire mes soins toute seule. J’ai découvert mon nouveau corps. » Désormais, elle doit aussi faire avec ce nouveau corps. « Je commence à ressentir des choses. Ça peut paraître bête, mais il faut apprendre à aller aux toilettes, à s’essuyer ».
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Avec son changement de genre officialisé par le procureur de la République de Toulouse, Fanny a atteint son but. « Elle est devenue celle qu’elle devait être dès le départ », constate Noémie. Car ce que Fanny a aussi découvert, c’est qu’elle était née intersexe. À l’époque, il a été très vite décidé qu’elle serait un garçon. « C’est une ancienne employée de mes grands-parents qui me l’a expliqué ». Un secret de famille que ses parents eux-mêmes n’ont jamais osé lui avouer.
Qu’importe, elle n’a pas de rancœur envers ses parents, qu’elle qualifie d’« aimants ». « Le plus important, c’est qu’aujourd’hui je suis bien, sereine et heureuse. Et je veux occuper mon temps à témoigner, à apporter mon aide aux personnes qui veulent changer de sexe. »
Aider les autres est donc devenu un leitmotiv pour elle. Elle a décidé, avec son amie Noémie, de créer une association, Cocon31, pour aider les trans à s’assumer. Mais avant de se consacrer entièrement aux autres, elle a un dernier « petit » détail à régler : « Il faut que je fasse changer mon numéro de sécurité sociale, que je refasse faire mes papiers d’identité », et tout un tas de formalités administratives qui ne s’annoncent pas des plus simples. « Ça risque de me prendre un petit peu de temps mais je vais y arriver » sourit-elle.
* Gontran est le nom qu’elle se donne dans son ouvrage autobiographique pour évoquer sa vie d’avant, quand elle était encore un homme.
Le sexe des anges, par Fanny Embleg éditions Book Envol

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Qui sommes-nous?

Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.