Enquête

L’aile ou la crise

Rédaction : Jean COUDERC,
Photo : Rémi BENOIT,
le 13 juillet 2020 Temps de lecture : 19 min.
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La pandémie de Covid-19 a affecté l’économie de notre territoire,  en s’en prenant à son plus beau fleuron : l’industrie aéronautique. Alors que tout un chacun espère, sans trop y croire, que le plan de soutien dévoilé le 9 juin par le gouvernement permettra d’éviter des licenciements massifs dans la filière, se pose, avec encore plus d’acuité, la question de la diversification de l’activité en Occitanie. Condamnée à réussir en quelques mois là où on a (globalement) échoué depuis deux décennies, la région saura-t-elle accomplir sa mue ? Boudu a mené l’enquête.

« L'habituel défaut de l’Homme est de ne pas prévoir l'orage par beau temps. » Comme souvent avec Georges Méric, la référence philosophique fait mouche. Mais si le président du Conseil départemental de la Haute-Garonne s’en remet à Machiavel pour tenter d'expliquer la grande dépendance du territoire qu'il administre à l'égard de l'industrie aéronautique, c'est tout simplement parce que le mal est effectivement dans la nature humaine : « La mono-activité, poursuit-il, c'est un signe de facilité et d'insouciance. Tant que ça marche, tout va bien ».
Président de la CCI d’Occitanie, Alain di Crescenzo plaide coupable : « Quand tout va bien, que tu as le territoire qui croît le plus, il y a moins d'allant pour diversifier. N'oublions pas qu'il y a deux mois, les discussions chez Airbus ne tournaient pas autour de la nécessité de baisser les cadences d'1/3 mais de les augmenter de 10 % ».

Même son de cloche du côté de son collègue de la CCI de Toulouse Philippe Robardey : « Un marché qui croît deux fois plus vite que le PIB mondial, beaucoup en rêveraient ». Pour Joël Echevarria, directeur de la Toulouse School of Economics (TSE), on a tout simplement oublié que l'aéronautique pouvait être en crise : « Depuis 20 ans on est sur des cycles de bonnes nouvelles où l'on bat record sur record. Le problème de Brégier (président d’Airbus de 2007 à 2018, ndlr) était celui de l'industrie automobile, c'est-à-dire d'être en capacité de tenir la cadence ». Et d'enfoncer le clou en adressant une pique aux élus politiques de tout bord : « L'écosystème aéronautique et spatial tient la politique toulousaine, mais aussi la CCI, depuis des années. Il n'y a pas eu une équipe municipale sans un représentant de l'aéronautique. Moudenc a par exemple fait la présentation de son dispositif d'appui aux entreprises au Delivery Center d'Airbus. Symboliquement, c'est intéressant ! Donc c'est un sujet tabou :1

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