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Enquête TFC

Poil à gratèf – JB Jammes


Temps de lecture 4 min

j-b-jammes - Boudu

Un stade vide et un média de supporters hyperactif. C’est tout le paradoxe du TFC. Malgré les résultats sportifs décevants du Tèf ces dernières saisons, lesviolets.com s’est hissé parmi les sites de fans les plus influents du foot français. Un carton épatant pour ce média amateur alternatif qui bouscule les journalistes professionnels et agace la direction du club.

L’arrivée d’un fonds d’investissement américain aux manettes du TFC ? lesviolets.com. La nomination de Patrice Garande au poste d’entraîneur ? Encore lesviolets.com. La mise à l’écart de Jean-Clair Todibo ou le départ de Stéphane Mbia ? Toujours lesviolets.com. En 13 ans d’existence, ce site de supporters du Toulouse Football Club présente un tableau de chasse impressionnant. Surtout pour un média amateur et indépendant qui se veut la voix des supporters. En 13 ans, malgré la direction du club qui en réfute la légitimité, le site s’est imposé dans le paysage : « Il fait partie de la vie du club, c’est indéniable. Quand je suis arrivé au TFC, j’en ai entendu parler tout de suite. Ce n’était pas un sujet de discussion entre joueurs, mais au club, ça étonnait beaucoup de monde de voir tout ce qu’ils sortaient comme infos » raconte Yannick Cahuzac, milieu du Tèf de 2017 à 2019.
À tel point que lesviolets.com signent des cartons d’audience. « On a plus de visiteurs quotidiens que le TFC n’attire de spectateurs au Stadium les soirs de match », assène un brin provocateur Jean-Baptiste, dit JB, animateur sur Fun Radio. Ces derniers mois, 25 000 personnes ont consulté, en moyenne, chaque jour le site. En juin, il a même enregistré 1,2 million de connexions. Des audiences et des followers (10800 sur Twitter) à opposer à la faible affluence du Stadium. Sur la saison 2018-2019 (dernière disputée en intégralité), le TFC était la seule équipe de l’élite à afficher un taux de remplissage inférieur à 50% (49,11 %, soit 16 224 sur 33 033).
Pour jeter un voile pudique sur ces sièges vides qui dérangent les diffuseurs, une bâche permanente recouvre une partie du virage Est depuis le début de saison dernière. Mise en place par le club afin de commémorer les 10 ans de la mort de Brice Taton (supporter toulousain tué à Belgrade par des hooligans serbes), elle fait, opportunément, office de cache-misère.
Un manque d’engouement sportif presque surprenant pour un club dont l’actualité est activement scrutée par les supporters. « Le Tèf, c’est le club de Toulouse, mais c’est surtout celui d’une région. Et ça, on ne s’en rend pas forcément compte. Il y a certes du rugby, mais dans l’ex-Midi-Pyrénées, il y a aussi des fans de foot, des gens fidèles à ce qui se raconte sur le TFC », analyse Jean Resseguié, journaliste ballon rond pour RMC Sport.
Des adulateurs sevrés de nouvelles, face au défaut d’intérêt de la presse sportive pour l’équipe de la Ville rose. « C’est peut-être parce qu’on n’en parle pas assez au goût des supporters que le site a du succès », suggère le Montalbanais de chez RMC.
Localement, lesviolets.com se hissent parfois au-dessus de La Dépêche du Midi en publiant des infos importantes avant le quotidien. « La Dépêche ne couvre pas que le TFC, et ses journalistes ne s’interressent pas uniquement au football », estiment JB Jammes et Jano Resseguié. « Quand on occupe une niche, ce qui est le cas des Violets, c’est logique d’être mieux informé », affirme la voix foot de RMC Sport.
Discret dans la sphère médiatique, le Téfécé a, de plus, volontairement réduit sa communication. Un facteur important dans la croissance exponentielle du site, selon Enzo Portal, un de ses rédacteurs : « Comme les dirigeants du club communiquent peu, lesviolets.com est finalement le seul lien entre les supporters et le club. Quand on donne une info, elle a forcément plus de valeur. »
C’est justement ce lien de proximité avec les supporters, souvent invités à s’exprimer, qui dérange. Les critiques fusent, et dépeignent le site comme le porte-voix des groupes d’ultras hostiles à Olivier Sadran, l’ex-président du Tèf. « Je ne suis pas un anti-Sadran, coupe JB. Tout ce qu’on écrit, c’est avec le cœur, et ce n’est influencé par personne. On a souhaité se rapprocher de la direction. Mais on sentait qu’il y avait un petit souci. Notre but, c’est quand même de conserver notre indépendance, de pouvoir critiquer si on le souhaite. Ça reste le rôle des supporters, non ? »

Lancé en 2007 à l’adresse alleztfc.com, alors que Toulouse vient de se classer troisième de Ligue 1 et de se qualifier pour le tour préliminaire de la Ligue des champions, le site change rapidement de nom, la direction demandant à bannir le mot « TFC » pour éviter toute confusion avec le club. 13 ans plus tard, lesviolets.com regroupe une dizaine de membres, chapeautés par Jean-Baptiste Jammes. « Il nous fournit une liste d’articles sur une conversation WhatsApp, puis on se partage les infos », explique Enzo Portal. Une équipe active, notamment auprès du centre de formation, qui dégote des infos hors des sentiers battus. Pas de conférences de presse ni de zone mixte, plutôt de l’échange au bord des terrains d’entraînement, et des confidences d’informateurs providentiels : « Un jour, un internaute me contacte. C’est un chauffeur VTC qui me confirme qu’un joueur a été conduit à l’aéroport et qu’il va quitter le club. On est les premiers à donner l’info », relate JB, en référence, sans doute, au départ en catimini de John Bostock à Nottingham Forest en août 2019. « Je ne sais pas comment ils font, des fois, mais ils se démerdent bien, s’amuse Jean Resseguié. Les infos mises en ligne sortent de l’ordinaire, de la routine du TFC. Personnellement, j’y trouve des infos coulisses plutôt sympas. »
Désormais, le site est devenu un concurrent redoutable pour les autres médias. Vincent Villa, qui suit le TFC pour L’Équipe, reconnaît l’influence de ce média amateur sur les journalistes : « Je me rends tous les jours sur le site pour être sûr de n’avoir rien raté. C’est un véritable espace d’information. Mine de rien, c’est de la concurrence. Alors je dis bravo, je ne suis pas jaloux. C’est même stimulant par moments. »
Une reconnaissance qui récompense les efforts fournis par les rédacteurs du site en matière de fiabilité des infos publiées, qualité primordiale pour le fondateur des violets.com : « On s’est trompés par le passé en ne vérifiant pas toujours les infos. On a fait des efforts pour être les plus fiables possible, quitte à rater un scoop. Être crédible, c’est important pour nous. » Il confie avoir obtenu dès le début du mois de mars l’info des négociations avec un groupe sino-américain pour le rachat du club. Faute d’avoir pu recouper ce renseignement, JB a décidé de ne pas le publier. RMC l’annoncera quelques jours plus tard

Qui sommes-nous?

Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.