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Les 5 ans de Boudu

Quelle époque !


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Comme tous nos contemporains, nous autres Toulousains sommes en quête de sens, de privilèges, de catharsis, de nature, de contact, de travail, d’exutoire et de divertissement. Aussi cédons-nous sans résistance à tous les phénomènes de société, qu’il s’agisse de se balancer des coups de masse sur la tête, d’apprendre à faire du feu sans briquet, de vivre chichement malgré un compte en banque fourni, d’échanger ses utopies contre un loyer modéré dans les quartiers populaires, de se frotter au monde paysan ou de transformer son salon en salle de concert. Depuis 5 ans, Boudu observe par le trou de la serrure ces phénomènes aux intitulés ronflants et souvent anglo-saxons, qui donnent parfois à penser et prêtent souvent à rire. Morceaux choisis…

LE BÉHOURD
Ils sont technicien EDF, gardien de prison ou doctorant en mathématiques et ils mènent une double vie. Après le boulot, le mardi et le jeudi, ils se retrouvent dans leur QG, l’entrepôt Fer et Tendances de la Salvetat-Saint-Gilles. Ils quittent leur costume de tous les jours et enfilent une armure médiévale de 30 kilos. Pendant 1h30, ils courent, sautent et frappent, arme à la main. Le béhourd n’est pas le simple passe-temps de fans du Moyen Âge, des reconstitutions et des combats spectacles. C’est du sérieux. Un sport, un vrai : les visages écarlates et les litres de sueur en attestent.

LE BUSHCRAFT 
Dans la forêt de Bouconne, Simon détonne avec son sac militaire vintage. Ce trentenaire toulousain, écologue, étudie l’impact de l’homme sur l’environnement. Il y a deux ans, il s’est découvert une passion dévorante pour le bushcraft, comprenez la remise au goût du jour des techniques de survie en pleine nature, à propos duquel il anime une chaîne Youtube : « J’ai huit ans et demi dans ma tête. C’est le plaisir d’aller dehors, faire une cabane. Je ne me prends pas pour Peter Pan, mais c’est pas loin ».

© Matthieu Sartre

LES KAPS
Dans les Colocations à Projets Solidaires, des étudiants remplis d’espoir et de bonne volonté montent des projets pour et avec les habitants, en contrepartie d’un loyer modeste. À Toulouse, les kapseurs sont 70 et vivent dans un immeuble du Grand Mirail. (…) Sami, 16 ans, habitant du quartier, a déjà arrêté ses études pour des activités moins légales : « Je connais les Kapseurs. Ils sont là mais on est séparés par un mur (un mur a été érigé entre les deux immeubles pour éviter que les étudiants ne soient en contact avec d’éventuels trafiquants de drogue ndlr). Ils sont pas chiants mais je ne vais pas à leurs repas. On n’a rien à partager ».

LE WOOFING 
Le concept : un coup de main dans une ferme en échange du gîte et du couvert. Jusqu’alors réservé aux fermes bio, le principe s’élargit désormais aux éco-villages, sorte d’habitats ruraux participatifs. (…) Une fois les 5 heures de participation aux travaux de la ferme accomplies, les woofers sont libres. Sieste, volley ou baignade dans le lac derrière la forêt. Le soir, on se retrouve autour d’un feu de bois et d’une guitare. (…) Choisir le woofing, c’est un peu opter pour un roadmovie agricole et écolo. Une expérience avec le réel, sorte de mise à l’épreuve sans frais, avec la possibilité de stopper net l’expérience. Et de retourner chez soi, tranquillement, pour reprendre une vie normale.

LES APÉROS INDÉS 
Dans le monde du travail d’aujourd’hui, on réseaute in vivo, verre aux lèvres et verrine à la main, en compagnie de travailleurs qui croient au pouvoir des patatas sur la qualité des conversations, et aux vertus professionnelles de la rencontre physique. (…) La technique pour tirer parti de ces apéro semi-pro consiste à exposer ses qualités humaines et ses centres d’intérêt. La personnalité plus que le CV, en somme. Questionner l’autre, s’intéresser sans se montrer intrusif, et parler de soi de manière tout aussi mesurée.

LES CONCERTS EN APPARTEMENT 
De très branchés concerts à domicile sont organisés depuis 2016 par l’association Jerkov. (…) Dans les yeux, on lit l’émerveillement face à ses musiciens qui jouent à moins d’un mètre du public. On se sent privilégié et on comprend ce qui plaît tant dans ces concerts. (…) Si certains esquissent un pas de danse, le gros de la troupe reste sagement assis, balançant la tête mécaniquement de gauche à droite. Il y a bien cette fille qui se déhanche à 30 centimètres du chanteur. Mais, toute seule, elle est hors sujet.

LES SALLES DE CASSE 
Tout casser sans retenue. On pourrait croire à un dispositif cathartique prescrit par un thérapeute. Il s’agit pourtant bien de divertissement. Ce loisir d’un genre nouveau venu des États-Unis, s’est installé à Toulouse à l’enseigne du Karnage Club. 95% des gens sont là pour rigoler, les 5% qui restent peuvent avoir des motivations plus personnelles. «Comme cette dame qui insistait pour que je mette plusieurs téléphones dans la salle. J’ai compris après coup qu’elle était standardiste. » Guillaume, patron du Karnage Club.

© Rémi Benoit

LES TINY HOUSES 
À l’heure où le statut social se mesure encore à la taille de sa maison, ils sont quelques-uns à s’affranchir de ces conventions et à s’installer dans des tiny houses, ou « minuscules maisons ». Près de Toulouse, la famille Gallepe a lâché son grand pavillon pour emménager dans un 20m2 monté sur essieux. D’abord dubitatifs, collègues et voisins ont progressivement changé de regard sur le projet du couple : « Quand ils voient qu’on est des Français moyens comme eux, que Laurent est patron de deux boîtes, a un gros 4×4, et qu’on ne veut pas se mettre en marge, ça leur pose question. C’est plus facile de rejeter un mode de vie quand il est porté par des hippies » analyse Magali Gallepe.

© Matthieu Sartre

LES STAGES DE SURVIE
Dans les forêts de la région, les stages de survie ne désemplissent plus. On y croise des décroissants, des survivalistes d’humeur post-apocalyptique, des recalés de Koh-Lanta, des fans de Mike Horn, des accros au smartphone en phase de déconnection, et des gens de la ville venus allumer des feux sans briquet. (…) Alexandre retrace les différentes techniques pour allumer un feu, depuis les hommes préhistoriques jusqu’au firestyle de Décathlon. Cécile interrompt le speech, « Bruno est en train de brûler Anne là-bas ! ». Le cancre s’entraîne à créer une étincelle un peu trop près de sa camarade…

LES MEDICS
Tous les samedis de manifs de Gilets Jaunes, les Médics baladent leur barda à travers la ville. Avec pour costume un tee shirt blanc barré d’une croix rouge, un casque, des lunettes de ski et un masque à gaz, ils sont inratables pour qui cherche de l’aide. Dans la vie, ils sont technicien aéro, prof de philo, manager; elles sont étudiante, serveuse, logisticienne. «Dans leur grande majorité, les médics sont des sympathisants et/ou des gilets jaunes. La différence entre les « street medics », qui n’aident pas les policiers, et nous les « médics » vient du fait que nous essayons de rester neutres. Nous portons secours à tout le monde : manifestants, passants, policiers.» Guillaume, Médic.

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Qui sommes-nous?

Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.