Enquête

Sarragachies, les sarments éternels

Rédaction : ,
le 1 novembre 2017 Temps de lecture : 4 min.
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En 2012, l’État décidait pour la première fois de classer une vigne « Monument historique ». L’argument qui a fait mouche ? L’exceptionnelle longévité des souches plantées sur ce lopin de terre de Sarragachies, en plein cœur de l’appellation Saint-Mont (Gers), couplée à l’étonnante biodiversité qu’on y a trouvé : pas moins de 21 cépages emblématiques du Piémont pyrénéen - dont 7 inconnus - sur à peine 2000 m2 ! Mais à l'époque, cette reconnaissance avait soulevé quelques interrogations, notamment sur la possibilité de protéger un patrimoine vivant. Cinq ans après, Boudu fait le point.

Sa célébrité récente n’a pas eu raison de sa discrétion. Pour rencontrer cette vieille dame fascinante, impossible de s’appuyer sur un parcours fléché depuis l’autoroute A65, qui passe pourtant à proximité. On ne peut la découvrir qu’après avoir trouvé l’antre de ses protecteurs, qui veillent sur elle depuis les années 1830 : les Pédebernade. En ce samedi de la fin septembre, la génération actuelle, menée par Jean-Pascal et son épouse Isabelle, nous guide vers l’arrière de la maison familiale. Derrière une haute haie, à flanc de colline, elle se découvre enfin, juste en-dessous du brouillard : Sarragachies, l’une des plus anciennes parcelles de vignes de France, inscrite à l’inventaire des Monuments historiques en 2012.
Aujourd’hui, certaines de ses souches vont peut-être connaître leur 150e voire leur 200e vendange. Voilà qui impose le respect. Et la douceur. Entourés pour l’occasion de leur famille, amis et voisins, les propriétaires des lieux en ont bien conscience. « Désormais, on fait tout à la main pour préserver ce patrimoine », explique Jean-Pascal, très attaché à ce morceau de terre. « Mon père adorait ses vignes, il avait ça dans le sang. Il m’a transmis sa passion. Aujourd’hui, on sait que c’est une chance de travailler et vendanger cette vigne. »
Pas question pour autant de trop donner dans le solennel. La fantaisie a toute sa place dans ce rite annuel. La vingtaine de vendangeurs a ainsi revêtu toges, sandales et couronnes de laurier pour coller au thème de l’année : les vendanges romaines ! Ambiance colonie de vacances. On s’embrasse, heureux de se retrouver, on se moque gentiment les uns des autres, on prend des photos. Mais quand le soleil perce enfin le brouillard, les choses sérieuses commencent. Tous s’emparent d’un seau et d’un sécateur puis se dispersent le long des premiers rangs de vigne, sous l’œil1

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