Interview

Michel Batlle, libre comme l’ère

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le 4 mai 2018 Temps de lecture : 7 min.
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Avant de devenir le cinéma qu’on connaît, Le Cratère fut le lieu underground le plus couru de Toulouse. S’y croisaient anars, clochards, et artistes d’avant-garde, sous le regard perçant du maître des lieux, Michel Batlle, jeune artiste protéiforme et non aligné. Nous l’avons retrouvé 50 ans plus tard en pleine préparation de la rétrospective qui lui sera consacrée cet été au château de Laréole, toujours convaincu que la révolution du rock fut plus efficace que celle des pavés.

Pour le jeune artiste que vous étiez, on imagine que 68 a dû être une période exaltante… 

Pas tant que ça finalement. J'avais 22 ans et c'était déjà trop vieux. La révolution, c'était surtout les ouvriers et les étudiants. Je n'étais pas ouvrier et je n'étais plus étudiant depuis qu'on m'avait foutu dehors des Beaux-Arts. Même si j'étais parfaitement en phase avec le refus du travail et de la société de consommation, ça m'agaçait de voir tous ces gens qui se découvraient révolutionnaires du jour au lendemain.

C’est-à-dire ?

Début 67, j'ai passé trois mois au service militaire. On était 40 étudiants. Tous antimilitaristes au début. Et peu à peu les mecs sont devenus fiers de leurs galons et tout aussi militaires que les autres. À mon retour à Toulouse, c'était le même schéma pour la révolution. Des mecs qui n'avaient jamais songé à remettre quoi que ce soit en question et qui pliaient l’échine devant l’État, le patron, les parents, se sont mis à descendre dans la rue le poing levé… Pour moi, les premiers ne valaient pas mieux que les seconds. Ils n'étaient que des suiveurs grégaires. Moi, je ne croyais qu'en la vertu d’un petit nombre.

Vous étiez pourtant déjà très à gauche…

Bien sûr. Quand je suis rentré de l’armée, en octobre 1967, Che Guevara venait d’être tué et j'étais effondré. Mais je n'étais ni maoïste, ni anarchiste, ni rien de tout ça. Plutôt un dadaïste révolutionnaire. Je ne voulais pas être encarté. Je ne voulais pas qu’on vienne me dire quoi penser.

Pourtant, quand on demande aux Toulousains qui ont fait 68, de citer1

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