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RÉGION

Sète, futur port de Toulouse ?

PAR Jean COUDERC | Photographie de Matthieu SARTRE
Temps de lecture 5 min

Longtemps laissé à l’abandon par l’État, le port de Sète bénéficie depuis 10 ans d’une modernisation de grande envergure sous l’impulsion du Conseil régional. Des investissements qui lui ont permis de chiper des clients à ses prestigieux voisins que sont Toulon, Marseille ou Barcelone, et d’avoir l’ambition de séduire les entreprises toulousaines.

C’est bien connu, l’appétit vient en mangeant. Non content d’avoir assuré sa pérennité depuis qu’il a repris la gouvernance du port de Sète fin 2007 (le port de Sète faisait partie des 23 ports français dits « d’intérêt national » alors propriété de l’État et gérés par les CCI), le Conseil régional nourrit désormais de grandes ambitions pour son infrastructure maritime. Comme celle de réussir à convaincre les entreprises midi-pyrénéennes, et plus particulièrement toulousaines, d’opter pour ce type de transport. Pour Carole Delga, sa présidente, il ne s’agirait même que d’une question de temps : « Les atouts du transport maritime sont indéniables. Que ce soit sur un plan financier – le transport routier coûtant beaucoup plus cher – ou environnemental, il n’y a que des avantages. Il faut désormais faire acte de pédagogie car jusqu’à maintenant, en Midi-Pyrénées, on ne pensait pas maritime ! ».

Dix ans seulement auront suffi pour remettre le port de Sète à flot. Dix ans pour que son bras armé, l’Établissement public régional (EPR) Port de Sète Sud de France, réussisse son pari de changer radicalement son image. Présent depuis le début de l’aventure, son actuel président, Jean-Claude Gayssot, mesure le chemin parcouru : « Alors que le port était en déclin dans tous les domaines (plaisance, pêche, commerce), la décision a été prise dès la loi de décentralisation des ports d’y aller à fond. De Georges Frêche, l’instigateur de ce projet, à Carole Delga, en passant par Christian Bourquin ou Damien Alary, les différents présidents ont tous eu l’obsession de développer cette croissance maritime ! ».
Et pour y parvenir, ils n’ont pas lésiné sur les moyens. Depuis 10 ans, 280 millions d’euros ont déjà été investis dans le port, pour moitié par la Région et son exploitant et l’autre moitié par le secteur privé. 120 millions devraient encore être investis, dont 40 dans la future gare maritime. « L’objectif était de créer les conditions pour que ce port offre des capacités aux acteurs privés, comme les armateurs ou les thoniers, et leur donner envie de s’investir dans la durée sur le port », poursuit l’ancien ministre communiste des Transports du gouvernement Jospin.

Le port de Sète a la réputation d’être plus « tranquille » d’un point de vue syndical que celui de Marseille.

Des investissements très importants qui ont notamment permis l’acquisition de grues, la réalisation de terre-pleins, de zones de stockage, et surtout la création de nouveaux quais dont le plus emblématique est le quai H, qui, avec ses 467 mètres linéaires a incontestablement permis au port de Sète de changer de braquet. « Jusqu’à octobre 2016 (date de livraison du quai H, ndlr), la longueur maximale des bateaux était de 200 mètres. Depuis on n’a plus de limites. On a des infrastructures qui nous permettent d’accueillir des bateaux de plus en plus gros. On reçoit par exemple des navires de 290 mètres », explique Olivier Carmes, le directeur du port. Principal bénéficiaire de ce nouvel équipement : l’activité croisière, puisque le nombre de passagers est passé, en 4 ans, de 8000 à 115 000 ! Et ce n’est pas fini.

Avec l’ouverture, en 2020, de la nouvelle gare maritime, l’objectif affiché est d’atteindre les 200 000 passagers par an, auxquels le staff de l’EPR pense pouvoir adjoindre 250 000 passagers pour l’activité ferry (130 000 aujourd’hui). Soit un total espéré de 450 000 passagers. Rien d’étonnant pour Jean-Claude Gayssot tant l’infrastructure est performante et dispose d’atouts : « Sète étant le deuxième port en eau profonde en Méditerranée, il n’y a pas besoin de dragage pour les navires. C’est un véritable bijou ». Un bijou qu’il réfléchit néanmoins à ne pas développer aveuglement : « On se pose la question de la taille critique. On voit par exemple que l’on est limité par des normes administratives. Pour augmenter les escales, on a besoin de davantage de personnel de police aux frontières. Pour se développer, il faut donc que j’aille taper à la porte de Collomb ». L’activité croisière n’a pas été la seule à être orientée à la hausse. Au global, entre 2013 et 2017, le chiffre d’affaires est passé de 14,4 millions d’euros à 18,9, soit une progression de près de 30% en 4 ans, pour une progression du tonnage de marchandises de 3,3 millions à 4 millions (+ 20%). « C’est la plus grosse croissance hexagonale », s’exclame Jean-Claude Gayssot. Une performance d’autant plus remarquable que la période a été compliquée pour les ports français. Pour Olivier Carmes, son directeur, si Sète a réussi à gagner des parts de marché, c’est paradoxalement grâce à sa… taille. À l’ombre des mastodontes Marseille ou Barcelone, la troisième ville de l’Hérault n’a évidemment pas la puissance de feu d’un grand port. « Mais on est très réactif, complète Olivier Carmes. Quand on intègre une nouvelle filière, le client est souvent seul. Du coup, on peut vraiment le choyer ». Cette dimension « PME des ports », Carole Delga a bien conscience qu’il s’agit d’un atout. « On est d’ores et déjà en discussion avec Pierre Fabre ou Airbus Group. Mais on s’adresse aussi à des entreprises moins importantes. Car être capable de faire du transport à la demande, avec des prestations quasi-personnalisées, sur du transport conteneur, c’est un vrai plus ».


Ekol Logistics en est un parfait exemple. Opérateur méconnu avant son arrivée en France, le groupe turc est en plein essor puisqu’il prévoit un doublement de son CA sous 5 ans et le lancement d’un second navire entre Izmir et Sète. Et si le port héraultais est devenu un hub stratégique, c’est aussi grâce à son intermodalité. « S’ils sont venus alors qu’on était en concurrence avec Marseille et Barcelone, c’est parce qu’on est performant sur les services proposés. En particulier sur notre raccordement ferroviaire qui est excellent », se félicite Jean-Claude Gayssot tout en reconnaissant la nécessité d’entretenir le réseau pour faire face à la croissance. Une crainte rapidement dissipée par Carole Delga : « Vu qu’on est propriétaires des voies, s’il y a des marchés, la Région investira. On peut d’ores et déjà faire face à un accroissement significatif d’activité sans faire de travaux ».

Dernier atout, et non des moindres, pour rassurer les opérateurs privés, le port de Sète, où près de 2000 personnes travaillent, a la réputation d’être beaucoup plus « tranquille » d’un point de vue syndical que d’autres, en particulier sa voisine marseillaise. Et la présence du communiste Gayssot n’y est sans doute pas étrangère : « J’ai toujours été partisan du dialogue, de la recherche du compromis acceptable. La démarche avait été initiée avant mon arrivée. Je l’encourage et l’entretiens ». À Sète, on discute, on négocie, parfois âprement, mais on finit toujours par trouver une solution. Dernièrement, le syndicat des dockers a par exemple obtenu l’embauche de 10 intérimaires. Au final, « ce calme social est incontestablement un élément d’attractivité », reconnaît le président de l’EPR. 

Reste que pour convaincre les entreprises haut-garonnaises, il subsiste néanmoins encore un problème à résoudre, celui du raccordement à un hub de transbordement, condition sine qua non pour que les chargeurs s’engagent : « Si on veut attirer les opérateurs toulousains, il nous faut les conteneurs. Or, on ne les a pas encore. On est actuellement en contact avec plusieurs armateurs. On espère que les choses vont se concrétiser d’ici début 2019 car du côté des gros chargeurs, ils sont prêts à jouer le jeu du patriotisme économique », explique Olivier Carmes. Sète bientôt le port de Toulouse ? On n’en est plus très loin… 

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Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.