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INTERVIEW

« L’autopartage va remettre en question la place de la voiture dans les métropoles. »

PAR Julie GUÉRINEAU
Temps de lecture 4 min

Jean-Pierre Wolff est professeur à Toulouse Jean-Jaurès, spécialiste des questions de transport.

Qu’est ce qui séduit aujourd’hui dans l’autopartage ?

Rapportée à son temps d’utilisation, la voiture individuelle représente un coût considérable dont les automobilistes prennent progressivement conscience, et qui les convainc de changer de comportement, surtout en ville. L’autopartage rassure ceux qui veulent changer de pratique puisqu’ils savent qu’ils peuvent avoir accès à un véhicule individuel en cas de besoin.

Comment se positionne Toulouse ?

À Toulouse, comme dans le reste de la France, on est loin derrière d’autres pays européens. Il y a déjà près de 30 ans que la Suisse a mis en place une grosse coopérative d’autopartage qui détient 3 000 véhicules, et qui est mise, à peu de frais, à disposition des détenteurs du Swiss pass, valable pour tous les transports urbains, ferroviaires, ou lacustres publics.

Pourquoi ce retard français ?

Avec la montée de l’industrie automobile en France dans les années 60-70, les villes se sont transformées pour la voiture. Et tout ce qui pouvait la gêner, comme le vélo ou les transports en commun, a perdu du terrain. On est entré dans une spirale de délitement des transports collectifs, et la voiture individuelle est devenue irremplaçable malgré les problèmes de congestion et de pollution qui se sont vite manifestés. Et puis il y a 40 ans, la voiture était synonyme de liberté pour tous, d’émancipation pour les jeunes, un objet partagé par l’ensemble de la société, quelle que soit la classe sociale. Les propriétaires passaient leur weekend à la nettoyer, la briquer. C’était une projection de soi.

Pourquoi le recul de la voiture survient-il précisément aujourd’hui ?

Petit à petit, l’adhésion à la voiture s’est érodée parce qu’on s’est rendu compte qu’au lieu de résoudre tous les problèmes, elle pouvait en être la source. Elle est devenue synonyme de dysfonctionnement urbain. En ville, on a eu la sensation de devenir esclave de sa voiture. Les politiques ont commencé à la dénoncer, et se sont mis à essayer de rattraper le retard en matière de transports collectifs. Progressivement, les automobilistes ont davantage utilisé les transports en commun, de plus en plus développés, et souvent plus rapides, ou le vélo. Et l’attachement à la voiture s’est déplacé vers d’autres objets.

Et l’argument écologique ?

La prise de conscience environnementale progresse. Mais on préfère quand même que son voisin abandonne sa voiture pour qu’on puisse, nous, aller plus vite, stationner plus facilement. C’est révélateur des égoïsmes de nos sociétés. Si la prise de conscience environnementale ne s’accompagne pas de politiques de restriction de l’usage de la voiture, ça ne suffira pas.

Comment voyez-vous l’avenir de l’autopartage ?

Je crois fermement à son développement rapide. C’est ce qui va remettre en question la place de la voiture dans les métropoles. Malgré tous les investissements qu’on pourra faire dans les transports publics, on ne pourra pas répondre à tous les besoins, notamment en termes de maillage de territoire et d’amplitude horaire. Paradoxalement, l’autopartage est l’une des meilleures alternatives au tout-voiture, et l’une des plus complémentaires avec les autres modes de transport.

Les pouvoirs publics ont-ils intérêt à laisser des entreprises privées s’emparer du sujet ?

Les sociétés de transports publics pourraient avoir une flotte de voitures en autopartage. Mais ce n’est pas leur priorité. La puissance publique, qui regardait cela avec beaucoup de condescendance, commence à prendre au sérieux le développement de l’autopartage, parce que c’est une solution à des problèmes de déplacement qu’une ville ou un réseau auraient du mal à résoudre
sans y mettre des moyens considérables. 

Retrouvez notre article sur l’autopartage ici.

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