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ENQUÊTE

Anglicismes, bientôt l’overdose ?

PAR Jean COUDERC, Sébastien VAISSIERE et Charlotte CAUSIT | Photographie de Rémi BENOIT
Temps de lecture 10 min

Nul besoin d’être un académicien vétilleux, un gentil Québécois ou un vilain réactionnaire pour constater l’emprise croissante des anglicismes sur la société. Vivre à Toulouse suffit. On y bâtit le Meett et la ligne Toulouse Aerospace Express, on y instagrame la skyline du dôme de La Grave, on s’y rue aux events by La Tribune autour de la Smart City,on y est fier de la Toulouse School of Economics et de son Prix Nobel, on y trouve un job sur le hub régional Digitalskills, on s’y cultive avec le Pass culture Yummy, on y déjeune au Foodstore de l’Alimentation, on y paie son bus avec Pass Easy, on y visite l’expo Age of Classics ! au musée des antiques, on y fonce au ski dès que le site web de l’office régional du tourisme annonce « Big Snow sur les Pyrénées ! », on y fait, comme ailleurs, des brainsto, des briefs, des slides, on y save the date par email et on s’y engage par sms à se rappeler asap… bref, on y parle la langue de l’époque, et on ne voit pas où est le problème.

Les signataires d’une tribune assassine publiée sur le sujet dans Le Monde voilà quelques semaines (parmi lesquels des locaux dont Serge Pey et Michel Serres), voient pourtant dans ce recours systématique aux anglicismes un phénomène de substitution irréversible, et qualifient en substance ceux qui s’en rendent coupables de frimeurs, de délinquants et de collabos. Du Capitole à la BBC, de Pau à Lavelanet, Boudu a recueilli sur ce sujet le sentiment général des enseignants, politiques, intellectuels, citoyens, entrepreneurs et communicants. Voici le résultat de ce tour d’horizon, étrange forum de papier où s’amalgament les résistants, les fatalistes, les révoltés et les indifférents.

C’était le 7 décembre 2016 au petit matin, les kiosquiers installaient à peine en rayon le treizième numéro de Boudu (une rétrospective de l’année écoulée avec en couverture les mots « Best of » en lettres d’or) quand un message de Michel Serres est arrivé à la rédaction. Le philosophe et académicien français né à Agen d’un père pêcheur de sable, nous y reprochait durement d’avoir imprimé « Best of » plutôt que « florilège », et se disait déçu qu’un magazine toulousain dont le nom est une référence occitane, participe à l’invasion du globish. Deux ans plus tard, l’épistémologue gascon n’a pas changé d’avis : « Vous êtes des ramenards ! raille-t-il par téléphone. En écrivant Best of, vous voulez montrer que vous ne parlez pas la langue du peuple, mais celle de la classe dominante. » Nous serions donc coupables, avec notre petit « Best of » de rien du tout, d’offense à la langue et de mépris de classe ? Honteux et confus, nous sommes partis en quête de rachat, à la recherche de plus fautifs que nous…

Premier coupable tout désigné : le monde de l’innovation, un milieu où les anglicismes règnent en maître, comme le constate quotidiennement Joël Echevarria, directeur général des services à la Toulouse School of Economics : « Les modèles de développement en provenance du monde anglo-saxon arrivent chez nous dans leur langage d’origine, et on ne s’embarrasse pas à chercher un équivalent français. Dans le monde de l’innovation, cela permet aussi de parader : en montrant qu’on connaît le mot, on fait croire qu’on maîtrise le concept ».

Postulat différent mais conséquences identiques à Futurapolis, le forum des innovations organisé chaque année à Toulouse par l’hebdomadaire Le Point. Sophie Iborra, sa directrice de la communication et des partenariats, balance entre détachement… « Est-ce si grave de parler anglais si cela permet aux gens de mieux communiquer ? Après tout, si les mots anglais n’ont pas d’équivalent en français, pourquoi les remplacer ? » … et confrontation au réel : « Futurapolis n’a pas vocation à être international. Mais, dès que les conférences démarrent, ça jargonne. Notre objectif est pourtant de vulgariser l’innovation. Dans les briefs, on insiste, surtout auprès des spécialistes en intelligence artificielle, sur la nécessité d’éviter les anglicismes. Sinon, le grand public ne comprend rien ».

Le grand public, justement, a parfois l’impression que s’il ne comprend rien, c’est un peu fait exprès. Ce fut le cas l’an passé avec la 8e édition de l’EuroScience Open Forum (Esof). Ce rendez-vous organisé à Toulouse et initié par un organisme européen dont le siège est alsacien et le président américain, était annoncé comme une belle rencontre entre le monde de la science et la population.  Mais surprise, tous les débats y étaient proposés en anglais. Le paradoxe n’a pas échappé à Isabelle Hardy, conseillère municipale de l’opposition à Toulouse et responsable communication à l’agence de développement économique d’Occitanie (AD’OCC) : « L’anglais est très présent dans le monde de l’innovation, mais là, c’était exagéré : l’Esof était en anglais sans traduction ! Certaines entreprises ont même refusé d’y participer car elles refusaient de pitcher en anglais ! ».

Autre exemple du même tonneau, la Smart City, dont tout le monde entend parler mais que personne ne semble comprendre. Bertrand Serp, adjoint au maire en charge du numérique et de l’innovation, et principal promoteur de la Smart City à Toulouse, est le témoin privilégié de ces embarras sémantiques : « La complexité de la langue française n’est pas un atout pour l’innovation. L’avantage de l’anglais, c’est qu’il est beaucoup moins précis et qu’on peut facilement s’en servir. Pourquoi la Smart City s’appelle ainsi ? Parce que ce concept existe ailleurs dans le monde. Et pour s’imposer dans l’innovation, être reconnu, il faut tout faire en anglais ».

Finalement, cette atteinte collective et par petites touches à la langue française est-elle si grave ? s’interroge-t-on en paraphrasant Sophie Iborra. « Oui ! » répondent en chœur les signataires de la tribune du Monde : « À ceux qui la prennent à la légère, nous demandons au moins de méditer ce que pensait Victor Hugo de toute innovation contraire au génie de notre langue : un “attentat aux premiers principes du goût” ».

Cette rhétorique n’émeut pas Alain Costes, ancien directeur du LAAS-CNRS et ancien président de l’Institut National Polytechnique de Toulouse, aujourd’hui directeur associé de Mapping Conseils (anciennement Mapping Consulting…) : « On ne résoudra pas ces problèmes avec les solutions préconisées par les signataires de la tribune du Monde. Mieux vaut réfléchir à la manière de dialoguer avec le monde entier plutôt que de penser à Hugo ou Stendhal. Car les jeunes, ce n’est plus leur monde ! La poésie aujourd’hui, c’est Bigflo et Oli ». Et après avoir fait un sort aux vieux, Alain Costes étrille les jeunes : « Le vrai problème aujourd’hui, c’est le triomphe du mot sur la phrase, et celui du réel sur la réflexion. Or, ce qui fait la valeur du français, c’est sa capacité à démontrer, à expliquer. Mais aujourd’hui nos contemporains n’ont pas le temps, ne réfléchissent plus. Ils sont dans l’immédiateté ».

« Le vrai problème aujourd’hui, c’est le triomphe du mot sur la phrase, et celui du réel sur la réflexion. »

L’immédiateté, le Toulousain Benjamin Guibert et son associée Inès Bazillier savent bien ce que c’est. Passés par NRJ et Microsoft, ils viennent de créer un site internet qui sauve de la poubelle en temps réel les surplus de production de jardins potagers familiaux. Projet 100% français né à Cugnaux et baptisé… Fruit and Food : « Rien à voir avec un refus du français. Au départ, on avait pensé à Petit potager, mais Fruit and Food, c’est plus sexy, plus clair, et plus facile à développer, comme on ambitionne de le faire en Espagne et en Italie », expliquent-ils. Ces jeunes entrepreneurs de la Foodtech sont pourtant conscients de l’impérialisme linguistique des Gafam (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft). Inès : « C’est un sujet qui me tient à cœur. Quand j’ai quitté NRJ pour Microsoft, je me suis mise à parler d’une façon bizarre, à utiliser tout un tas d’anglicismes. Si bien que mes amis ne me comprenaient plus. Les Gafam sont arrivées avec ce vocabulaire anglais du digital. L’adopter, c’est une façon “d’en être”, comme on dit, et ça cache toujours un désir de ne pas se faire comprendre pour paraître supérieur aux autres… ».

Voilà qui nous mène naturellement vers le monde de la communication, l’autre coupable idéal. Interrogée sur le sujet, Carole Maurage, directrice de l’agence toulousaine MyneedMySolution, ne refuse pas l’obstacle :
« Le langage est porteur d’autre chose que des mots. L’anglais est plus pratique, plus opérationnel, plus actif et crée plus facilement des images. Dans brainstorming, on met plus de choses que dans tempête de cerveau. En revanche, le français est utile pour les argumentaires car plus précis. On a besoin des deux ». Et quand on demande à cette ancienne professeure d’anglais pourquoi le mouvement visant à « booster la mixité dans le secteur de l’innovation digital data » dont elle est cofondatrice, s’appelle Les digital Girls, son answer est très clear : « On a fait un atelier de créativité et choisi Girls pour avoir un plus large spectre générationnel ».

Si nombre d’acteurs du secteur partagent ce point de vue (voir l’entretien avec Steve Gallais en p. 31) d’autres sont moins catégoriques. C’est le cas des directeurs de l’agence Natys à Lavelanet (voir encadré p. 33) et de Paul Monnier, président du Club de la Com 31, qui se fait un devoir de dire mot dièse et pas hashtag. « Le risque, c’est l’entre-soi, mais c’est aussi l’appauvrissement du sens par la standardisation » résume-t-il. « On a certains clients qui, parce que leurs concurrents s’y sont mis, nous demandent de nous fondre dans le moule des anglicismes », se désole Laurence Got-Villier, créatrice de l’agence LGV et directrice de Denbora Communication. « Dans nos métiers, il faut avoir l’exigence de chercher des accroches percutantes en français. Sinon, les mots anglais entrent dans le langage courant, et c’est grave. C’est le cas de check-list, crowdfunding et bien d’autres. »

Christopher Bockman, lui, ne voit pas ce qu’il y a de grave. Correspondant de la BBC et de France 24 installé à Toulouse, il a du mal à comprendre ces querelles de froggies.

Depuis 20 ans qu’il sillonne le sud de la France à la recherche de sujets insolites, il dit ne pas constater de surenchère dans l’usage des anglicismes. Si une disparition l’attriste, ce n’est pas celle de la langue, mais celle de l’atmosphère qui régnait encore dans les villages du Sud-Ouest il y a 20 ans : « Chacun avait son esprit, son boucher, son bistrot, son plat du jour, ses figures, sa singularité. Aujourd’hui tout ferme, et ce charme tellement français s’évanouit ». Un charme qui nourrit abondamment son livre « Are you the foie gras correspondant ? », récit de ses meilleurs reportages… disponible en anglais seulement.

L’anglais est plus pratique, plus opérationnel, plus actif et crée plus facilement des images. 

Ce Londonien pur jus qui avoue rester à Toulouse pour la culture, les femmes, les villes à taille humaine, le grand air et le ski de fond, a une idée précise de l’origine de cette inquiétude française : « Après des années de folie des grandeurs et de rôle capital joué dans la diplomatie, la France vit un retour douloureux à la réalité. Le résultat c’est une perte de confiance. Malaise des signataires de la tribune du Monde, malaise des Gilets Jaunes :  les deux ont en commun la peur de la mondialisation ». Et le reporter de faire remarquer que les Anglais, eux, n’ont pas peur d’employer des mots français, avant de conclure, taquin : « Avec le Brexit, la France a au moins une chance de redonner de l’influence à sa langue en Europe ! ».

En attendant le Brexit, l’anglais garde sa puissance évocatrice. Quand il s’agit de communiquer le dynamisme, la jeunesse et la contemporanéité, rares sont ceux qui ne cèdent pas à ses attraits. C’est certainement ce qui conduit le Crous Toulouse Occitanie à proposer un Pass Yummy aux étudiants, ou à généraliser le paiement des repas via l’application nationale Izly by Crous. Et c’est assurément en vertu des mêmes principes que la journée d’accueil des étudiants de l’université Paul-Valéry de Montpellier a été baptisée Dont panic ! Le monde de l’enseignement supérieur (autre grand fautif désigné) semble donc, lui aussi, avoir basculé dans le globish. Une simple promenade au centre-ville suffit à le vérifier, qui mène de Compans-Caffarelli à la rue Valade en passant par le Bazacle, autrement dit de la Toulouse Business School à la Toulouse School of Management en passant par la Toulouse School of Economics. « On a fait le choix du nom TSE par facilité d’insertion, résume Joël Echevarria. La langue maternelle de l’économie, c’est l’anglais. La puissance financière des États-Unis est telle que les meilleurs jeunes vont là-bas. Pourtant, quand on y pense, il est vrai que la renommée et l’originalité de l’école sont suffisantes pour ne pas avoir à adopter un nom anglais. On a peut-être cédé à une forme de facilité. » « Nous avons une proximité très forte avec TSE. On recherche donc l’homogénéité », justifie quant à lui Hervé Pénan, le directeur de l’ex-IAE devenu Toulouse School of Management en 2017. Alain Costes, qui occupe le poste de président du comité d’orientation de TBS, enfonce le clou : « Avant, les écoles de commerce attiraient du régional, elles étaient faites pour des commerçants. Aujourd’hui, elles sont internationales. Notre clientèle n’est plus la même. Et Business, c’est beaucoup plus dynamique que commerce ».

Commerce franchouillard contre business américain… dans les têtes, le combat semble perdu d’avance : « La terminologie Business school, c’est une promesse, une garantie. Ça rassure les gosses, les parents et certaines entreprises qui y trouvent une plus grande crédibilité » souffle Sophie Iborra.

Et si l’Institut Supérieur Européen de Gestion (Iseg), présent dans 7 villes de France dont Toulouse, conserve son nom français, c’est pour mieux afficher sa signature Marketing communication and digital school : « Ce n’est pas par branchitude, mais pour bien se faire comprendre. Dans nos métiers, si vous n’allez pas vers l’anglais, ce n’est même pas la peine d’y penser », assène son directeur Laurent Martel.

Pour l’universitaire palois Camille Chamard, directeur de l’IAE Pau-Bayonne et vice-président d’IAE France (qui regroupe 33 écoles universitaires de management) utiliser l’anglais dans le nom d’une école en érode la singularité : « Les IAE sont des universités publiques. On y propose des approches du management et de l’étudiant différentes de celles des écoles privées. Le nom français permet de valoriser ces singularités du management et de l’université à la française ». Par ailleurs chercheur en développement territorial et consultant pour les collectivités locales et les institutions, Camille Chamard constate dans ce secteur la même tendance à l’anglicisation. Les exemples récents de slogans en anglais à destination de touristes ou d’investisseurs (pourtant minoritairement anglophones) sont légion : Just Dijon en Bourgogne, Inspire Metz en Lorraine Be yourself be Béarn à Pau, et en Occitanie les fameux SoToulouse, SoGers, OpeNîmes et Let’s Grau. Let’s Grau, c’est la nouvelle signature (ou marque ombrelle) de la commune héraultaise du Grau-de-Roi, conçue par une agence de communication de Mauguio, près de Montpellier. Cet à-peu-près bilingue a fâché tout rouge l’association Francophonie Avenir, qui a porté l’affaire devant les tribunaux. Le tribunal administratif de Nîmes a d’abord condamné la mairie à retirer sa marque, avant que le Cour de Marseille ne le désavoue en vertu d’une exception de la loi Toubon protégeant les calembours et jeux de mots dans une langue étrangère, dès lors qu’ils sont intraduisibles. Camille Chamard voit dans cette histoire l’illustration du manque d’imagination des agences de com’ et du désarroi des politiques : « Les élus sont démunis face à ces problèmes. Ils se tournent vers des agences qui ont une vision graphique des choses, et suivent leurs recommandations sans aucun recul ». Régis Ravat, président de Francophonie Avenir, y lit pour sa part un terrible présage : « Ils ne se rendent pas compte qu’avec leur Let’s Grau, ils dénaturent la langue française. Leur argumentaire international n’est pas valable : il s’agit d’un jeu de mot franco-français. Les Anglais ne le comprennent pas !  Certains prennent ça à la légère, mais nous, Occitans, savons bien qu’une langue peut disparaître ».

Jean-Michel Lattes, premier adjoint à la Ville de Toulouse en charge de la langue et de la culture occitanes, n’est pas loin de penser la même chose : « Si la digue de l’occitan cède, le français sera le prochain sur la liste. On me reproche souvent les annonces en occitan dans le métro, arguant du fait que ce serait tout de même plus moderne de les faire en anglais. C’est prendre le problème à l’envers. Ce n’est pas une question d’information, mais d’oreille. Entendre l’occitan permet aux Toulousains d’en garder l’oreille et aux gens de passage de découvrir qu’ici on est en France mais aussi en Occitanie, un territoire avec une culture et une langue propres. Et c’est exactement ce que cherchent les étrangers. Quand je reçois des délégations étrangères pour Tisséo (Jean-Michel Lattes est président de Tisséo-Collectivités, ndlr) par exemple, si je les emmène déjeuner au Hilton, ils s’en fichent. Si on va dans un resto gascon, ils sont ravis ! Les étrangers veulent du français… et du local ! ». A priori, avec un tel discours, on a un peu de mal à comprendre comment le président de Tisséo a pu valider le nom de la nouvelle application de paiement du transport toulousain : Pass Easy. « Je n’aurais jamais accepté ça si j’en avais eu la possibilité ! Hélas c’est un brevet national déposé, et on ne peut rien y faire. »

Quand on y pense, il est vrai que la renommée et l’originalité de l’école sont suffisantes pour ne pas avoir à adopter un nom anglais. On a peut-être cédé à une forme de facilité.

Si Pass Easy est passé en force, So Toulouse elle, vient de trépasser. À cette marque créée sous Pierre Cohen pour « valoriser Toulouse en France et à l’étranger » pour le tourisme d’affaires, la municipalité actuelle a substitué une agence d’attractivité baptisée Toulouse a tout. Plus francophile et, d’après l’adjointe en charge du tourisme Sylvie Rouillon-Valdiguié, plus efficace : « On a fait une enquête auprès de 4000 personnes dans toute l’Europe. Elle a montré que So Toulouse ne parlait ni aux Toulousains ni à notre clientèle de tourisme de loisirs, y compris étrangère. On a donc retravaillé pour aboutir à « Toulouse a tout, il ne manque que vous », qui est beaucoup plus explicite ».

Entre identification des populations locales et attractivité internationale, il arrive donc que les cœurs des élus et de la société civile balancent. Ce fut le cas pour le nom du nouveau parc des expositions, comme le révèle François Carbonnel, responsable de la communication citoyenne à la Région Occitanie, qui faisait partie de la commission qui a opté pour Meett Toulouse : « Il y a eu débat, mais on a choisi Meett parce que l’objectif est de le rentabiliser, de créer des évènements suffisamment importants pour que l’investissement en vaille la peine. L’anglais est intéressant pour ses mots courts ». Celui qui, du temps où il occupait un poste à la communication du Conseil départemental, avait imposé une infolettre à la place de la newsletter en place, reste malgré tout attaché au français : « À la Région, il n’y a pas de doctrine, mais on est très attentifs. Dans le domaine économique, l’usage de l’anglais ne porte pas à conséquence, mais dans les autres, le social notamment, il faut éviter ».

Arrivés au terme de ce tour d’horizon, il apparaît que la question de l’usage abusif de l’anglais et des anglicismes relève à la fois de la responsabilité collective et de la discipline personnelle. Et que personne n’est à l’abri de la contagion. Le maire de Toulouse lui-même, dont on connaît l’attachement à la langue et la passion pour Victor Hugo, semble même vaciller. C’est Bertrand Serp qui nous en fait la confidence : « Jean-Luc Moudenc reprend souvent ses collaborateurs en réunion quand ces derniers emploient des anglicismes. Pourtant, l’autre jour, je l’ai surpris en train de me dire : “Dites-donc Bertrand, pour ce dossier, quelle est votre deadline ?” »

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Qui sommes-nous?

Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.