retour haut de page

INTERVIEW

Anglicismes. Nadia Pellefigue : « Il ne faut pas abdiquer »

PAR Jean COUDERC et Sébastien VAISSIERE | Photographie de Rémi BENOIT
Temps de lecture min

Vice-présidente de la Région Occitanie en charge notamment de l’innovation et de la recherche, Nadia Pellefigue navigue au cœur d’un monde où l’anglais règne. Pas question, pour autant, pour celle qui brigue la mairie de Toulouse, de renoncer à défendre la langue de Molière.

Avez-vous le sentiment que l’anglais envahit de plus en plus notre quotidien ?

Peut-être pas dans la vie de tous les jours. Mais dans certains milieux économiques, en particulier celui des startup et de l’innovation, c’est très prégnant. J’étais dernièrement au salon des entrepreneurs de Paris. C’était excessif. Au lieu de dire « c’est simple », les intervenants disaient easy. Pour parler de mécénat, love-money, et meeting pour rendez-vous. Cela n’apporte rien.

Quelles sont les raisons de cette tendance ?

Elles sont multiples. Tout d’abord, c’est la langue anglaise qui domine les marchés internationaux. Ensuite il y a des mots qui n’existent pas en français, donc qui ne se substituent pas, comme startup. Le phénomène a été énoncé en même temps que son mot. La difficulté, c’est qu’aujourd’hui, on appelle startup n’importe quelle entreprise innovante en création. C’est une erreur. À la Région, dans notre dispositif Start Oc, on s’attache à une définition qui est : une entreprise en création de moins de 3 ans qui propose des solutions ou des produits en rupture avec le marché.

Comment expliquez-vous cet usage extensif pour ne pas dire abusif du terme startup ?

Il y a un modèle très fort qui est celui de la Sillicon Valley, l’écosystème innovant. Il engendre soit une forme d’idéal, c’est-à-dire l’envie d’appartenir à ce milieu. Soit une forme de complexe, et c’est plus embêtant, parce que cela veut dire que l’on ne se sent pas en capacité de tracer sa propre route. Et puis il y a aussi, reconnaissons-le, un phénomène de mode.

Est-ce dangereux ?

Oui, si c’est utilisé comme un instrument de reconnaissance, pour « montrer que j’en suis ». Ma crainte est que cela devienne excluant. Car pour être un territoire innovant, il faut que ce soit partagé par le plus grand nombre. En tant que puissance publique, on essaie d’être vigilant.

Comment ?

En étant pragmatique. Lorsque je suis dans le monde de l’innovation, j’emploie des anglicismes afin que l’on ait un vocabulaire commun. Mais dès que je m’adresse à un auditoire grand public, je fais l’effort d’utiliser des mots français. Par exemple, je remplace meet-up par rencontre pour réfléchir et concevoir des actions. Et les gens comprennent très bien ! Je fais de même avec mes équipes.

C’est-à-dire ?

J’ai décidé, il y a quelque temps, de remplacer benchmarking par son synonyme français qui est parangonnage. Au début mes équipes ne comprenaient pas. Elles s’y sont mises et désormais cela ne leur pose plus de problème. Il ne faut pas abdiquer. Je trouve par exemple dommage que l’on utilise Tech4good alors que la Responsabilité Sociale et Environnementale (RSE) est née en France.

N’est-ce pas perdu d’avance ?

Il ne faut pas se tromper de cible. Une partie de notre excellence passe par une évaluation à l’international qui se fait en langue anglaise. Idem pour le référencement. L’internet des objets connectés, qui se trouve dans un marché très concurrentiel, cela parle moins que l’IOT Valley. Mais on doit pouvoir affirmer la force d’un écosystème en langue française. Et puis n’oublions pas que notre singularité vient des valeurs que l’on promeut, comme dans la Tech où l’on est, par exemple, en capacité de mettre de l’éthique dans l’intelligence artificielle.

Partagez

Qui sommes-nous?

Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.