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FIÈVRE JAUNE

Bienvenue en place publique

PAR Margot FOURNIÉ
Temps de lecture 5 min

Pour faire bouger les choses, Place publique a choisi le contact direct avec le public. Début février, le mouvement politique a achevé à Toulouse son tour de France débuté le 23 novembre. Boudu a tendu l’oreille pour comprendre comment il comptait réconcilier les Français avec l’écologie et la gauche.

À 19h, en ce début du mois de février, la nuit est déjà tombée. De petits groupes et quelques loups solitaires se pressent le long d’une enfilade de hangars pour rejoindre la silhouette cubique de l’espace Cobalt. À son entrée, devant une large cour, un chapiteau blanc a été dressé. Sur la gauche, un camion de restauration rapide. Près de la porte principale, des bancs en bois. La file de nouveaux venus continue à grandir, en silence. Pour un peu, on se croirait devant une salle de concert, si ce n’est qu’aujourd’hui, cette la foule est venue causer politique. Fondé en août 2018, le mouvement Place publique regroupe des personnalités diverses peu présentes jusque-là sur la scène politique, parmi lesquelles l’essayiste Raphaël Glucksmann. Il prône une union des partis de gauche en vue des élections européennes. Simon et Marie, un couple de trentenaires, se tiennent par la main. Il est médecin interne, elle urgentiste. Ils ont été séduits par les grandes lignes du programme, écologie, lutte contre les inégalités et l’autoritarisme.

On est tous des urgentistes au chevet de nos idées.

Derrière eux des gens piaffent d’impatience. « On ne pourra jamais rentrer. Ils auraient dû prévoir plus grand. » Pourtant, bientôt on dépasse le point de contrôle et la paire de gardes immobile qui encadre l’entrée principale. Quelques boules à facettes scintillent au plafond, pendant que de la musique pop-rock résonne. Sur le côté gauche, contre le mur, un petit stand de goodies a été aménagé. Et la réserve qui caractérisait les gens à l’extérieur semble s’être évaporée. On se claque bruyamment la bise, on s’empoigne, des cercles se forment. Il y a des adolescents, des jeunes adultes, certains accompagnant visiblement leurs parents, tandis que d’autres sont là avec des amis. C’est en voyant l’événement sur Facebook que Juliette et Elia, toutes les deux en master 1 de droit, ont décidé de venir. Par curiosité. Un peu plus loin, se tient Jean-Alain grand retraité de 70 ans qui avoue suivre la politique « en dilettante depuis les dernières élections présidentielles ». Mais la naissance possible d’une gauche européenne mérite la mobilisation. Ce soir, il est venu voir quelle stratégie le mouvement comptait adopter pour cette réunification. Et en matière de stratégie, on ne la lui fait pas à Jean-Alain : « Ils auraient pu prévoir plus de chaises. Mais ils ont voulu montrer qu’ils étaient dépassés par le nombre ». Effectivement, les quelques rangées de sièges orange vif devant l’estrade ont déjà trouvé preneurs. La musique cesse. Les gens se taisent en se tournant vers l’estrade. Mathilde Maulat, jeune femme blonde en blazer à rayures, vante avec énergie les valeurs de partage de Toulouse, évoquant notamment l’accueil des réfugiés espagnols. Les intervenants d’associations toulousaines, comme Rachetons l’aéroport de Toulouse, se relaient à la tribune. La foule les écoute avec attention. Puis c’est au tour de l’un des fondateurs de Place publique, Thomas Porcher, cheveu hirsute et lunettes à monture épaisse, de prendre la parole. L’assentiment de la foule grandit lorsqu’il évoque la suppression de la TVA sur les produits de première nécessité ou la création d’un Erasmus pour tous. Une salve d’applaudissements lui répond lorsqu’il aborde « les insupportables décès en mer Méditerranée ». Vient ensuite le tour des politiques. Pierre Lacaze, représentant du parti communiste, et Carole Delga, présidente du conseil régional d’Occitanie, se succèdent avant qu’entre en scène Claire Novian, cadre de Place publique et fondatrice de l’association Bloom. Grande blonde aux cheveux courts, elle semble montée sur ressorts. Tandis que les ovations s’élèvent, elle justifie son propre engagement par la nécessité. « J’ai des enfants donc je n’ai pas le choix. » Chauffée à blanc, la salle s’emballe lors de l’arrivée de Raphaël Glucksmann qui, à grand renfort de mouvements de mains, délivre un propos qui se veut fédérateur. « On est tous des urgentistes au chevet de nos idées. Si la gauche ne se réunit pas ça sera Le Pen ou Salvini. » Les interventions se terminent avec le témoignage d’un homme ayant fait ses études en zone ZEP en Seine-Saint-Denis qui décrit la réalité d’un quartier sensible et le renoncement des politiques à la mixité. Il se fait interrompre violemment : « Ce n’est pas la gauche qui a fait ça. Macron a fait passer Sarkozy pour un social-démocrate ».

Il est un peu plus de 21h20 et l’heure est désormais à la détente. La musique revient. Une partie de l’assemblée se dirige vers la salle attenante où les attend une buvette. Alain, enseignant, et Fabien, fonctionnaire territorial, s’attardent devant la scène. Chez Alain on sent un enthousiasme certain : « Cette démarche unitaire dénote une certaine fraîcheur. Avec elle, on pourra faire face aux populistes ». Tous deux sont attirés par l’ambition écologiste du mouvement. « De toute façon, la question écologique est aussi sociale. » Un avis partagé par François qui « n’a pas envie de mourir intoxiqué. Donc il faut agir maintenant ». Lara, sa compagne, architecte urbaniste au Département, attend néanmoins des garanties avant de leur accorder son blanc-seing : « J’étais déjà convaincue par leurs idées. Quant à les suivre, ça dépendra de qui portera la casquette aux européennes ».

Pendant ce temps, des bénévoles ont commencé à empiler les chaises. Arnaud, développeur web venu avec ses parents et son grand-père, a été promu référent Lot-et-Garonne de Place publique depuis une semaine et demie. Avant, le fait d’être encarté le gênait. Mais les choses ont changé depuis qu’il est devenu père. L’histoire de Raphaël Glucksmann et Claire Novian, a trouvé une résonance chez lui. « À Place publique, ce sont des gens nouveaux sans forcément d’expériences politiques. » Après les avoir entendus, il est prêt à s’investir davantage. Nicolas, étudiant vêtu suivant les dernières tendances, se montre quant à lui plus circonspect, en particulier devant le manque de jeunes aux meetings. Remarque reprise aussitôt par un trio de quinquas désolés de voir aussi peu de jeunes lors de cette soirée tout en se montrant critiques envers les politiciens. « Ce sont toujours les mêmes intervenants politiques. Ce qui fait douter de l’avenir, c’est qu’ils ne peuvent pas faire sans les vieux dinosaures », souffle Isabelle. Mais ces réserves n’empêcheront pas le petit groupe de soutenir le mouvement aux européennes. « Ça sera eux ou les écologistes ! ». 

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Qui sommes-nous?

Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.