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PORTRAIT

Cap sur les dunes avec les Eghzaltées

PAR Charlotte CAUSIT | Photographie de Rémi BENOIT
Temps de lecture 5 min

Nathalie Lechat et Hélène Fabre se sont lancées le défi de participer au Rallye Aïcha les Gazelles.  Du 15 au 30 mars, les deux Toulousaines vont abandonner travail et routine, maris et enfants le temps d’une traversée du désert marocain. Pour son premier rallye, le duo embarque à bord de son 4×4, boussoles, saxo, cartes et bonne humeur.

Les Eghzaltées, le nom de leur équipage, « est un jeu de mot entre ‘ghzal’ qui signifie gazelle en marocain et ‘exaltées’ parce que nous le sommes ». Nathalie est saxophoniste professionnelle et professeure de musique, Hélène traductrice pour l’ONU. Les deux femmes, amies depuis dix ans rayonnent d’enthousiasme. La quarantaine, elles aiment leur profession, chérissent leurs familles mais s’interdisent de sombrer dans la routine. Le dépassement de soi est leur credo. Indispensable selon Nathalie qui évolue dans un « milieu où il y a énormément de concurrence ». « La réussite n’arrive pas comme ça », souligne-t-elle. Alors, ce mois-ci, elles partent à sa recherche, là où on ne l’attendrait pas : au Maroc, dans le rallye atypique d’Aïcha les Gazelles.

 

Un ovni dans la compétition automobile

Créé en 1990 par Dominique Serra, le rallye Aïcha les Gazelles fut le premier à être 100% féminin. Plus d’une centaine d’équipages, pas de moyens technologiques pour se repérer et « rien à gagner ». Une course d’orientation à l’ancienne en somme, entièrement hors-piste. Autre singularité : le refus de la vitesse, ô combien chérie dans le milieu automobile. Triomphe l’équipage qui parvient à valider le maximum de balises en réalisant le minimum de kilomètres. De fait, « ce pendant du Paris-Dakar est moins prestigieux pour nombre d’adeptes », regrette Hélène. Pourtant, il n’en est pas moins complexe et exigeant : les compétitrices doivent faire preuve de persévérance et d’entraide, sans quoi la course est perdue d’avance. Les équipes « s’aident à se désensabler » et s’encouragent. Si l’aventure est avant tout humaine, elle est sportive et éreintante. La course requiert patience et stratégie. Pas forcément du goût des hommes « qui préfèrent la vitesse et ont plus de mal à se concentrer.  C’est en partie pour cela que le rallye des Gazelles n’est pas un rallye d’hommes ». « Les femmes savent conduire et se repérer, parfois mieux que les hommes », soulignent-elles.

Il ne s’agit pas de faire vroum vroum dans les dunes.

« Il ne s’agit pas de faire vroum vroum dans les dunes », résume Nathalie. « Il y a la dimension environnementale, sociale et sportive. C’est un tout. » La compétition qui compense ses émissions de CO2 et appuyée par l’association Cœur de Gazelles qui prodigue une aide médicale gratuite aux populations locales.
Ainsi, lorsqu’Hélène lui propose d’y participer, il y a un an et demi, Nathalie n’hésite pas une seconde. Si son credo n’est pas le féminisme, cette néophyte souhaite néanmoins prouver que « quand on se donne les moyens, on y arrive ». Les deux amies considèrent leur participation comme un acte engagé. « Je dis toujours que le jour où la finale féminine du Roland Garros sera le dimanche et non pas le samedi, on aura gagné quelque chose », lance Hélène. Leur course sera suivie par des écoles et pourra ainsi inspirer, au-delà de leur entourage. Un entourage qui les a d’ailleurs beaucoup soutenues.  « Ma sœur m’a confié avoir toujours voulu participer à ce rallye » et « mon fils tient les comptes des partenariats », raconte en riant Nathalie. De son côté, Hélène n’en est pas à sa première équipée et sa famille y est accoutumée : l’été précédent elle prenait part à une expédition scientifique sur la terre Makay à Madagascar. Cette région, jamais explorée par l’homme, lui dévoilait ses précieux bijoux et attisait sa curiosité. Après la forêt vierge, le désert.

 

Seul mot d’ordre : oser

Durant 18 mois, le quotidien des deux aventurières a été ponctué par les coups de fil annonciateurs de bonnes ou de mauvaises nouvelles, par leurs réunions du jeudi soir et par les préparations à la compétition. « L’élaboration d’un site web, d’une page Facebook, l’ouverture d’un compte bancaire, le démarchage de sponsors… », énumère Nathalie. « Pas si simple » pour ces deux novices du marketing d’apprendre à convaincre, à se vendre. Pourtant, rien ne parvient à démotiver les deux femmes, plus soudées que jamais. « On se parle plus qu’avec nos propres maris » et « on a pris le parti de rebondir tout le temps », ironise Hélène.  Positiver et surtout « oser ». Oser se penser capable de tout faire. Oser préparer un rallye quand, comme Nathalie, on ne savait « qu’ouvrir le capot et tendre la carte bleue au garagiste ».

Oser même personnaliser leur expérience du tout au tout : choisir de porter le numéro 131 en référence à leur région, décider de démarcher de petits commerçants locaux et d’emporter le saxophone de Nathalie, comme Thomas Pesquet l’a fait dans l’espace. Les deux amies ne se refusent aucun caprice : elles ont décidé de faire décorer le troisième membre de l’équipage, à savoir leur voiture, de lions, par l’artiste Vincent Richeux, lequel reverse une partie de ses recettes à une association pour la protection de l’habitat du lion. De même, si elles ne « cassent pas », l’argent de la caution sera reversé à une association venant en aide à de jeunes mères au Ghana. À la veille de leur départ, les deux amies se disent « fières » de ce qu’elles ont déjà accompli et « prêtes » pour la grande aventure.

 

 

Le rallye des Gazelles va les changer, c’est une certitude. Au cours de la préparation elles se sont découvert « des qualités qu’[elles] ne se connaiss[aient ]pas ». Durant neuf jours, il leur faudra donner le meilleur d’elles-mêmes. Une seconde d’inattention, un obstacle inattendu, et c’est la panne. Pour Nathalie, la course nécessite de « lutter contre soi-même, de lâcher prise parfois ». Au cours d’un stage pratique, la musicienne a compris qu’elle devrait « accepter l’approximation, l’impossibilité de savoir exactement où [elles] se trouvent » en raison de l’imprécision des cartes et des calculs effectués. « On va se repérer sur des cartes en noir et blanc, faites par des militaires dans les années 50. Il n’y a donc presque que les montagnes qui n’ont pas bougées en soixante-dix ans », ajoute-t-elle en riant. À présent qu’elles sont formées à la mécanique et à la navigation, qu’elles ont appris à rouler sur les dunes et à descendre des marches rocheuses ; seules restent quelques appréhensions, insuffisantes toutefois pour entamer leur enthousiasme. « On va déplacer des dunes » et devenir « un peu des guerrières ».

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Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.