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INTERVIEW

135 euros : Le héraut des vélos

PAR Valentin SCHOLZ
Temps de lecture 5 min

Il y a un an, un étudiant en informatique toulousain, cycliste amateur et livreur à ses heures, créait le compte Twitter 135 euros. Il y dénonce, photos et vidéos à l’appui, les comportements dangereux ou hors-la-loi des automobilistes. Un justicier 2.0 qui veut rester anonyme afin d’éviter les représailles.

Pourquoi ce compte ?

Je l’ai créé fin octobre sur un coup de tête, après une énième altercation avec un automobiliste stationné sur une voie cyclable. Ce n’est qu’après que j’ai commencé à filmer mes trajets. Au début, c’était juste pour me prémunir en cas d’accident. Et puis, au fil des semaines, je me suis dit que cela pourrait sensibiliser les autres usagers. 

Non content de filmer, parfois, vous écrivez au feutre effaçable sur les pare-brise des voitures en infraction… 

C’est dans l’espoir que celui qui a commis l’infraction y réfléchisse à deux fois le coup d’après. C’est un feutre à base de craie effaçable à l’eau et au doigt. Ce n’est donc pas vraiment de la détérioration de bien. Même si ça peut être perçu comme tel.

Écrire au feutre effaçable sur une vitre c’est grave, mais mettre la vie de cyclistes en danger, apparemment pas…

D’où l’anonymat et ce pseudo ?

Je tiens à ma vie privée, et je sais à quel point les réseaux sociaux peuvent la détruire. Quant au pseudo, il m’est venu naturellement après l’altercation avec l’automobiliste. Je me suis dit : « Ce con aurait dû prendre 135 €. Si seulement j’avais pu lui mettre la prune moi-même ! »

Comment réagissent les autres cyclistes, les automobilistes ?

Les réactions sont, disons… mitigées. J’ai beaucoup de soutien de la part d’autres cyclistes, mais je fais face à l’inévitable haine de certains automobilistes, qui n’aiment pas mes méthodes. Écrire au feutre effaçable sur une vitre c’est grave, mais mettre la vie de cyclistes en danger, apparemment pas…

Comment qualifieriez-vous l’ambiance entre les usagers au centre-ville de Toulouse ?

Les incivilités sont nombreuses et viennent de tous les usagers. Les plus récurrentes et les plus dangereuses : le stationnement sur bande cyclable, les arrêts aux feux dans les sas vélo, le refus de priorité aux passages piétons, la circulation des deux roues motorisés dans les voies de bus, sur le trottoir, sur pistes cyclables. Sans parler de leur stationnement sur trottoir… la liste est longue. Ce dernier point est celui qui me choque le plus : la totale impunité dont bénéficient les deux roues motorisés en stationnant sur le trottoir, c’est totalement illégal. Le trottoir, c’est pour les piétons !

Existe-t-il des spécificités toulousaines ?

On a les mêmes incivilités que partout et de mauvais aménagements sur les axes majeurs, ce qui rend la pratique du vélo repoussante pour beaucoup.

Les points noirs de Toulouse pour un cycliste ? 

Ça ne manque pas ! Rue du Faubourg-Bonnefoy pour les stationnements sur bande cyclable, rue de la République, et à François-Verdier, où je me suis fait agresser par un motard qui m’a percuté dans le sas vélo.

Comment retrouver l’harmonie ?

Très bonne question. En séparant les modes. En faisant des aménagements séparés pour les cyclistes comme pour les piétons et les motorisés. Le partage étant compliqué, autant, au maximum, sur les grands axes, aménager l’espace pour tous. Ça veut dire réduire l’espace donné aux motorisés pour en donner davantage aux modes actifs.

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Qui sommes-nous?

Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.