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ÉTAT DES LIEUX

Conduire sans posséder

PAR Marie HIRTZBERGER
Temps de lecture 5 min

La voiture personnelle n’a plus la cote en ville. En posséder une n’est plus le marqueur social de jadis. S’en servir est devenu, pour beaucoup, l’ultime recours. Pour ces derniers, à Toulouse, deux opérateurs proposent de réserver des véhicules en libre-service pour un trajet donné, garés à différents endroits de la ville. Le service a mis quelques années à se développer, mais aujourd’hui l’autopartage est devenu un automatisme.

Si à Paris les Autolib’ ont déserté les rues depuis l’été 2018, à Toulouse, les véhicules partagés gagnent du terrain. « Notre chiffre d’affaires est en expansion depuis deux ans. Plus 42 % en 2017 et plus 17 % en 2018 », s’enthousiasme Céline Soulié, directrice générale de la coopérative Mobilib qui développe notamment les véhicules Citiz dans l’agglomération toulousaine. Citiz est le premier acteur privé à s’être lancé dans l’autopartage à Toulouse, il y a 11 ans. Le principe est de louer, pour quelques heures ou quelques jours, un véhicule stationné en ville ou proche banlieue, et de payer uniquement pour son utilisation. Pas de rendez-vous chez le garagiste ni de dépenses imprévues pour remplacer les plaquettes de frein.

Une voiture en autopartage, c’est 8 à 10 véhicules de moins sur la chaussée.

En 2009, lorsque Citiz démarre son activité, les utilisateurs sont peu nombreux. Il est d’autre part difficile de disposer de places réservées pour garer les véhicules. Si Autolib’ n’existe plus aujourd’hui à Paris, le modèle a paradoxalement permis à Citiz de se développer. « Lorsqu’Autolib’ est arrivé sur le marché à Paris, tout le monde a tout de suite compris de quoi on parlait », explique Céline Soulié. Du côté des pouvoirs publics, la Scop (Société coopérative et participative) a rapidement bénéficié du soutien de la municipalité, qui a mis à disposition des places de parking en surface. Logique, pour Céline Soulié : « L’autopartage rend un service public aux villes. Toulouse est en plein développement démographique. Les problématiques de stationnement et de qualité de l’air pèsent sur les collectivités. Une voiture en autopartage, c’est 8 à 10 véhicules de moins sur la chaussée. Il est très intéressant pour une ville que cela soit pris en charge par le secteur privé ».

En 2016, un nouveau modèle, Yea!, pendant de Citiz en version instantanée, est lancé pour les utilisateurs qui trouvaient l’ancienne formule avec réservation un peu contraignante. « Cela nous a permis de démultiplier le nombre d’utilisateurs », justifie Céline Soulié. Signe du succès de l’autopartage à Toulouse, une autre entreprise a vu le jour il y a deux ans, Iodines, dont le parc de véhicules est exclusivement électrique.

Aujourd’hui, Citiz compte 3 500 utilisateurs actifs. Les profils sont hétéroclites : « On accepte les jeunes conducteurs à partir de 18 ans, sans trop de pénalités financières, et les seniors ont également recours à nos services lorsqu’ils ne veulent pas racheter de voiture ».

L’autopartage concerne aujourd’hui aussi bien les particuliers que les professionnels. « Ils représentent une grosse partie du chiffre d’affaires », reconnait la directrice générale de Citiz, pour qui le système permet à la fois d’éviter l’usure de leur propre véhicule tout en n’ayant pas à amortir de frais.
« Et puis nos voitures sont disponibles également dans les zones où sont situées les entreprises, dans la première et la deuxième couronne toulousaine ». Entrepreneur de 36 ans, Eloi fait partie de la tribu des autopartageurs : « Nous utilisons Citiz ma femme et moi, depuis deux ans environ. Nous ne voyons pas l’utilité d’un véhicule personnel ». Une phrase qu’il était encore quasiment impossible d’entendre quelques années auparavant mais qui traduit l’évolution d’une société où la notion de propriété semble s’estomper au profit de la liberté. Myriam n’a pas hésité non plus avant d’opter pour l’autopartage. Guyanaise, elle ne vient que ponctuellement à Toulouse, où elle dispose d’une résidence secondaire : « Lorsque je viens ici, ce n’est que pour quinze jours ou trois semaines. Jusqu’à 2016, je louais des véhicules. Mais il fallait aller  les chercher et surtout trouver à se garer dans le centre-ville. Alors qu’avec l’autopartage, tout est plus pratique, même s’il existe parfois des problèmes de communication avec la centrale, en particulier en cas de retard ».

De plus, en 10 ans, les tarifs ont évolué à la baisse : « Avant, il était obligatoire de payer 40 euros de frais d’inscription et 150 euros de dépôt de garantie. C’était assez contraignant. Depuis mi-mai, Citiz offre désormais la possibilité de ne payer que 10 euros de droits d’entrée pour pouvoir louer un véhicule », explique Céline Soulié. À Toulouse et dans la région Occitanie, Citiz dispose de 72 véhicules. S’il reste encore beaucoup à faire dans la zone métropolitaine toulousaine, la coopérative n’exclut pas d’élargir son champ d’action aux zones rurales même si sa directrice reconnaît que la rentabilité serait moins au rendez-vous. La Scop projette néanmoins de se développer dans le Parc naturel régional des Grands Causses. « Nous avançons, prudemment. Il y a encore beaucoup de surface  à couvrir », affirme Céline Soulié, convaincue que l’autopartage va dans le sens de l’Histoire. 

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Qui sommes-nous?

Boudu est un magazine de société qui ambitionne de raconter Toulouse et sa région différemment. Généraliste et indépendant, il est distribué à 12 000 exemplaires dans la grande région toulousaine. Il s’agit d’un magazine de presse écrite, disponible chez les marchands de journaux. Il est édité par la Scop ARL Trente&Un, une coopérative fondée en 2014 par quatre journalistes toulousains.