Enquête

La Grande Motte : un idéal de mobilité

Rédaction : ,
le 6 juillet 2019 Temps de lecture : 5 min.
Partager : TwitterFacebookMail

Il y a cinquante ans, en plein âge d’or de la civilisation automobile, l’architecte-philosophe Jean Balladur faisait surgir des sables mouvants du Languedoc une ville offerte au piéton, au cycliste, au végétal et à la lenteur. Une cité dont n’oseraient même pas rêver les associations pro-vélo d’aujourd’hui, et qui doit son existence aux atouts maîtres dont jouissait son concepteur : le temps, l’espace… et les pleins pouvoirs.

Le 14 juin dernier, c’est à La Grande Motte que le Conseil de l’ordre des architectes d’Occitanie a choisi d’organiser son traditionnel Rendez-vous de l’architecture. Sur les 400 professionnels présents, l’écrasante majorité s’est pliée à l’exercice de la visite guidée.
À cela, rien d’étonnant : la station balnéaire emblématique de l’aménagement de la côte languedocienne par de Gaulle et Pompidou a toujours eu la cote chez les architectes. Ses immeubles pyramidaux autorisant à chaque balcon une place au soleil ; sa proportion un tiers béton / deux tiers végétal ; son dialogue permanent entre dieu soleil, sainte famille et trinité républicaine ; ses inévitables sous-entendus maçonniques ; ses modénatures, ses jeux d’ombre et de lumière… Tout concourt à faire de cette cité de 9 000 habitants l’hiver et 100 000 l’été, le totem des architectes et des urbanistes.

À Toulouse ou à Montpellier, je trouve hallucinant qu’on ne pense jamais au confort du piéton. 

Pour les autres, le coup de foudre fut immédiat en 1968, mais la suite fut moins passionnée. Devenue le symbole abhorré du tourisme de masse, du béton et de l’indifférenciation, La Grande Motte fut traitée par le mépris au cours des décennies 1990 et 2000.

Depuis quelques années pourtant, le goût du vintage et l’intérêt croissant de la population pour la question de la mobilité douce braque à nouveau les projecteurs sur La Grande Motte. Il faut reconnaître qu’en matière de déplacement, le parti pris de l’architecte-philosophe Jean Balladur, cousin d’Édouard et ancien disciple de Jean-Paul Sartre, était culotté. Essayez d’atteindre le front de mer en voiture comme à Nice, par exemple, et vous comprendrez pourquoi. Les voitures en sont bannies, contenues sur des parcs de stationnement situés à dix minutes à pied de la mer. Le trajet s’effectue le plus souvent à l’ombre, via des1

La suite est réservée aux abonnés.

Accédez à tous les contenus de Boudu en illimité.
Ou achetez directement le magazine en version pdf