Enquête

Robert Marconis : «  Contraindre la population, c’est s’exposer à la révolte »

Rédaction : ,
Photo : ,
le 6 juillet 2019 Temps de lecture : 6 min.
Partager : TwitterFacebookMail

Lorsqu’à la fin des années 1990 les enseignements de géographie ont été refondus, il a milité pour la mise en place d’un cours sur les mobilités, qu’il a ensuite assuré pendant plus de dix ans. « Parce que les mobilités mettent en rapport deux lieux, ce qui pour un géographe est important. » C’est donc tout naturellement que Boudu s’est tourné vers Robert Marconis, professeur émérite de géographie à l’Université Jean Jaurès, pour comprendre comment le concept de mobilités avait évolué au fil du temps pour s’imposer aujourd’hui comme un thème incontournable.

Pourquoi la mobilité déchaîne-t-elle autant les passions ?

Parce que la mobilité est extraordinaire, que c’est un élément de notre liberté. Vouloir la contraindre par des mesures coercitives, c’est s’exposer à des risques politiques majeurs. Surtout depuis que les décisions sont prises au niveau local davantage qu’à l’échelle nationale. Et le problème pour les élus, c’est que la durée nécessaire pour la réalisation des infrastructures n’est pas celui du mandat électoral.

Quand a-t-on commencé à parler de mobilités ?

Au début des années 1990. Avant, on parlait un peu des mobilités résidentielles, mais pas de manière très poussée. Le concept s’est progressivement imposé à mesure que l’on a pris conscience de l’extraordinaire diversité des comportements et des pratiques. Autrefois, on allait d’un point à un autre, et on se contentait de calculer le coût du déplacement ou la durée. Alors que la mobilité est quelque chose de plus fluide, qui ne relie pas nécessairement un point A à un point B. L’Homme est devenu mobile.

Ne l’a-t-il pas toujours été ?

Certes, il existait le nomadisme. Mais la mobilité est plus complexe. Et elle s’est démocratisée. Historiquement c’était réservé à une minorité, à des gens qui avaient du temps libre et pas de contraintes financières. La majorité de nos compatriotes était presque assignée à résidence. Lorsque vous vous implantiez dans un lieu, vous y aviez votre travail, et votre horizon était quand même très limité. Les choses ont changé à partir de 1936, avec l’apparition des congés payés. Pour la première fois, des gens sont revenus au pays. Petit à petit, la mobilité a gagné toute la population. Il y a même eu une sorte de revendication, de droit à la1

La suite est réservée aux abonnés.

Accédez à tous les contenus de Boudu en illimité.
Ou achetez directement le magazine en version pdf