Enquête

La société nuit gravement à la santé

Rédaction : ,
le 2 octobre 2019 Temps de lecture : 6 min.
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Nous avons beau naître libres et égaux en droit, dans les faits c’est une autre histoire. Avec son équipe Inserm, l’épidémiologiste toulousain Cyrille Delpierre travaille sur les inégalités sociales de santé. Ou comment le milieu social d’origine et les traumatismes de l’enfance influent sur la probabilité de développer certaines maladies chroniques. Voire de mourir prématurément. Leur objectif, entre autres : développer des campagnes de prévention et des politiques publiques plus efficaces pour résorber ces inégalités.

Comment avez-vous commencé à vous intéresser aux inégalités sociales de santé ?

En travaillant sur les inégalités de survie dans la population séropositive, j’ai constaté que ces inégalités étaient aussi liées au niveau social, et des pathologies autres que celles associées au VIH. Ce qui m’a poussé à m’intéresser aux inégalités sociales de santé de manière plus générale.

Comment résumeriez-vous vos travaux en quelques mots ?

Nous essayons de comprendre pourquoi il y a, en France, un écart d’espérance de vie de 6 à 7 ans entre les cadres et les ouvriers. Et comment ce que nous avons vécu enfant, le statut et le niveau social de nos parents, puis le nôtre une fois adulte, influent sur le déclenchement de maladies chroniques comme certains cancers et maladies cardio-vasculaires.

Quelles sont les premières réponses à ces questions ?

Il y a de nombreux déterminants et mécanismes. Au laboratoire, nous nous demandons si les stress auxquels on a été exposés depuis l’enfance, et qui sont en partie liés au milieu social dans lequel on a grandi, peuvent ou non modifier notre fonctionnement biologique et favoriser la survenue de maladies.

Quels sont ces stress liés au milieu social dans lequel on a grandi ?

Nous travaillons sur les adversités : des situations extrêmes comme le fait d’avoir subi des agressions sexuelles, vécu en foyer, eu des parents en prison, avec des problèmes de subsistance, ou suivis par des travailleurs sociaux. Ce qui survient statistiquement plus fréquemment dans des milieux sociaux moins favorisés.

Sur quoi vous appuyez-vous pour mettre en évidence le lien entre ces adversités, maladies chroniques et mort précoce ?

Nous travaillons sur des données issues du suivi de cohortes d’individus, dont certains1

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